Engie privé de gaz : quelles conséquences pour les Français cet hiver ?

Livraisons Gazprom

L’énergéticien russe Gazprom a décidé de couper totalement l’approvisionnement en gaz du groupe Engie à partir de ce 1er septembre. Un scénario extrême qui a toutefois été anticipé par le principal groupe énergétique français. Faut-il néanmoins craindre des conséquences sur les stocks de gaz français ?


Engie sanctionné pour non-paiement des livraisons

C’était la principale crainte du côté de l’Hexagone, une coupure totale des approvisionnements en gaz russe, entraînant dans son sillon le risque d’une éventuelle pénurie d’énergie. Le 30 août 2022, la nouvelle est tombée comme un couperet. Gazprom a officiellement annoncé son intention de suspendre entièrement ses livraisons de gaz auprès du groupe français Engie, dès ce jeudi 1er septembre.

“Gazprom Export a notifié Engie d’une suspension complète des livraisons de gaz à partir du 1er septembre 2022 jusqu’à la réception en intégralité des sommes financières dues pour les livraisons.”

C'est ce qu'a expliqué Gazprom dans un communiqué publié le 30 août. L’interruption d’approvisionnement est censée durer trois jours.

Gazprom a également suspendu ses livraisons vers l’ensemble de l’Europe, qu’il assurait via le gazoduc Nord Stream. Pour les autres pays, le groupe russe évoque des urgences de maintenance à effectuer. Pour la France, c’est son différend financier avec Engie qui a été mis en avant. Le fournisseur russe évoque un décret signé par Vladimir Poutine en mars dernier qui "interdit de livrer davantage de gaz naturel à un acheteur étranger si l'acheteur n'a pas effectué le paiement en intégralité dans le délai fixé dans le contrat."

Il semblerait donc que la coupure devait survenir en dépit du contexte technique ou financier. La coupure totale intervient après la réduction progressive de l’approvisionnement en gaz des pays européens, enclenchée depuis le début de la guerre en Ukraine. Depuis le début du conflit, Gazprom a déjà réduit de 80% les stocks envoyés à l’Europe, via Nord Stream.

Gazprom déjà remplacé par d’autres fournisseurs

Engie a anticipé ce scénario en mettant en place des mesures pour pouvoir fournir à ses clients les ressources nécessaires, y compris en cas d’interruption des flux de Gazprom. En termes de volume, les stocks de gaz distribués par Gazprom représentaient une part de 4 % du total des approvisionnements d’Engie avant la coupure du 1er septembre 2022. Une part minime qu’Engie a les moyens de remplacer. Le groupe français avait d'ailleurs prévu cette éventualité. Le principal fournisseur de gaz en France avait expliqué dans un communiqué - le même jour que l’annonce de la coupure de gaz - avoir mis en place des mesures afin d’assurer de manière continue l’approvisionnement de ses clients.

Agnès-Pannier Runacher, la ministre française de la transition énergétique, a également rassuré les consommateurs. Dans un communiqué, la ministre rappelle que la dépendance initiale au gaz russe de l’ordre de 17% a déjà été révisée pour éviter le scénario catastrophe.

“Nous avons diversifié nos importations pour n’être plus dépendants qu’à hauteur de 9 % du gaz russe”, précise Agnès-Pannier Runacher dans ce même communiqué. En effet, la France s’est tournée vers d’autres fournisseurs de gaz naturel tels que la Norvège, l’Algérie, le Qatar ou encore les Etats-Unis. Même son de cloche du côté d'Emmanuelle Wargon, Présidente de la CRE :

Du côté des stocks de gaz, la France s’approche sereinement de l’objectif des 100% prévu pour le mois de novembre. D’après la plateforme européenne Agregated Gas Storage Inventory (AGSI) le pays a atteint un niveau de remplissage de 91,68 %.

Coupures de gaz : les particuliers épargnés

A priori, les Français.es ne devraient pas ressentir de conséquence directe sur leur quotidien. La France a encore de quoi répondre aux besoins jusqu’à cet hiver. Mais cette assurance est conditionnée. Si la période hivernale est exposée à des excès de consommation, notamment en raison de températures très basses, ou si les contrats avec les autres fournisseurs de gaz ne sont pas honorés, alors le stock pourrait ne pas suffire. Là encore, les particuliers ne devraient pas subir de pénurie.

“Les coupures, elles ne concernent pas les ménages (…), on ne va pas couper le gaz chez les ménages français, mais c’est [chez] nos entreprises, les gros consommateurs, qu’il pourrait y avoir des coupures.”

C'est en tout cas ce qu'a assuré la Première Ministre, Elisabeth Borne sur le plateau de l’émission Quotidien.

Pourtant le gouvernement continue d’appeler les citoyens à diminuer au mieux leur consommation en gaz et en électricité. Tout le monde est concerné par cet effort collectif. Certes, l’éventualité de délestages durant l’hiver concerne surtout des grosses entreprises considérées comme énergivores mais l’objectif idéal du gouvernement est de ne pas du tout recourir à des coupures.

“Tout ce qu’on peut faire pour baisser nos consommations nous évitera d’arriver à des situations où on devrait avoir des coupures”, estime encore Elisabeth Borne. La cheffe du gouvernement n’impose pas de mesures contraignantes aux entreprises ou aux particuliers mais rappelle ce besoin urgent de sobriété énergétique.

Même son de cloche chez Bruno Le Maire, le Ministre de l’Economie et des Finances. “Il faut que chacun d'entre nous comprenne qu'il sera nécessaire de réduire sa consommation d'énergie, chez soi, dans les transports, dans les entreprises, dans les administrations, dans les commerces", a-t-il martelé mardi 31 août. Pour le ministre, même si les particuliers seront épargnés, ils doivent contribuer à l’effort national en vue d’éviter les conséquences d’une “double complication” :

“parce qu'il ne faut pas ajouter une crise économique à une crise énergétique."

Le gouvernement et des experts énergétiques planchent actuellement sur une série de mesures simples à adopter au quotidien pour parvenir à réduire notre consommation. “Vous avez un panel de 500, 600 mesures qui peuvent avoir un impact sur la planète et un impact sur notre consommation énergétique cet hiver, certaines concernent l'Etat ou des entreprises, d'autres des Français”, a expliqué le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran. “Celles et ceux qui sont déjà en précarité énergétique ne sont pas ceux à qui on va demander des efforts, évidemment”, a-t-il toutefois souligné.

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