Football Ligue 1 PSG - Montpellier : le match nul énergétique

Parc des Princes

Ce samedi 13 août marquera le coup d’envoi du match de Ligue 1, entre le Paris Saint Germain et le club de Montpellier. Si l’équipe de la Capitale a déjà remporté 8 de ses 9 dernières confrontations face à son adversaire, l’heure n’est pas à l’estimation du coût d’une nouvelle victoire éventuelle, mais bel et bien à celui de la dépense énergétique d'une telle rencontre sportive.


Sobriété énergétique : le foot paye l’addition

Alors que l’Europe est secouée - depuis plusieurs mois maintenant - par les conséquences d’une crise énergétique sans précédent, les 27 membres de l’UE s’affairent à la mise en œuvre de solutions efficaces et adaptées, en vue d’économiser l’énergie. À ce titre, la Commission européenne a exhorté les États membres à réduire leurs consommations énergétiques dès le mois d’août. De fait, le 26 juillet dernier, les ministres de l’énergie des différentes nations, se sont accordés sur un objectif de -15 % d’ici à mars 2023.

En France, le président Emmanuel Macron a annoncé - dès le 14 juillet - la promulgation d’un plan de sobriété énergétique pour la rentrée, reposant sur trois piliers essentiels :

  • la sobriété et l’efficacité énergétiques ;
  • l’accélération du développement des énergies renouvelables ;
  • la relance du programme nucléaire.

Si les grands acteurs sociétaux sont sous le feu des projecteurs - de l’industrie en passant par la grande distribution - il semblerait que le monde du divertissement n’échappe pas aux règles de sobriété en préparation. C’est en effet le sport et, plus précisément, les matchs de football, qui pourraient faire l’objet de quelques menus changements. De fait, les rencontres de football pourraient se voir interdites en soirée d’ici cet hiver, afin de réaliser d’importantes économies d'énergie.

L’ancienne directrice générale de la Fédération française de tennis et nouvellement ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, a donc indiqué que la question des pratiques sportives serait concernée par les mesures de sobriété. Si ce “plan d'adaptation de la pratique sportive au changement climatique” devrait être discuté à la rentrée, la question de la transition écologique et du football semble déjà faire grincer des dents.

Pourtant, comme le rappelle la plateforme Sami, spécialisée dans la réalisation de bilans carbones auprès des entreprises, le football, c’est en moyenne :

  • 1,2 milliard de personnes devant la finale de la Coupe du Monde ;
  • 250 millions de personnes dans le monde et 2,2 millions de licenciés en France ;
  • 30 000 matchs tous les weekends en France pour 15 000 clubs amateurs et professionnels ;
  • Environ 500 km2 de surface de terrains de foot en France, soit 0,1% de la surface du pays.

De quoi se pencher très sérieusement sur la question. Alors à l’approche d’un nouveau match qui se disputera ce samedi soir à 21h au Parc des Princes entre le PSG et Montpellier, il convient de s’interroger sur la dépense énergétique qu’une telle rencontre représente.

Un Parc des Princes énergivore

Ancienne forêt, à l’extrémité sud du Bois de Boulogne, le Parc de Princes est un monument incontournable pour tout amateur de ballon rond. Bon nombre de crampons ont foulé les pelouses verdoyantes de son enceinte, de pas moins de 17 000 m2. Trop petit, avaient argué certains lors de sa reconstruction, en 1972 - chapeautée par Roger Taillibert - et ce malgré ses 50 000 places, 48 000 aujourd’hui, en configuration Ligue 1.

Avec son enceinte ovale, ses 77 000 m3 de béton et ses tribunes raides, le nouveau Parc se pare alors de pas moins de 172 projecteurs, intégrés au toit qui protège les gradins. Un exploit technique à l’époque, sans compter la prouesse d'ingénierie que représente sa construction même, au-dessus du périphérique, alors tout juste sorti de terre.

On s’imagine alors aisément que ce mastodonte, septième stade le plus rentable au monde (78M€/an)1, derrière notamment l’Emirates Stadium (132M€/an), le stade Santiago Bernabeu (129,8M€/an) ou encore le Camp Nou (116,9M€/an), représente une colossale dépense énergétique. Puisqu’en effet, en matière de dépenses énergétiques, bien que les joueurs ne soient pas en reste, les dépenses en éclairage ou en chauffage restent les grandes gagnantes de la plupart des évènements sportifs disputés.

1. Source : Canal-supporter.com - "Le Parc des Princes, septième stade le plus rentable"

Éclairage des pelouse, retransmission du match sur les téléviseurs, ou sur les écrans géants LED disposés au coeur des “fanzones” mises à disposition pour les matchs les plus importants… Autant de dispositifs qui nécessitent de l’électricité, beaucoup d’électricité.

PSG - Montpellier : 7 fois la consommation annuelle d'un foyer

À l’approche du coup d'envoi, on s’interroge. Combien aurait coûté - en énergie - un PSG - Montpellier au Parc des Princes, hors soirée ?

S’il semble difficile de calculer avec une absolue précision la somme d’énergie mobilisée au cours d'une telle rencontre, on peut toutefois envisager une estimation de la dépense pour l’éclairage du terrain à lui-seul, inévitable lors d’un match disputé en soirée.

En 2011, pour remplir les conditions de la Fifa pour l'Euro 2016, le Parc des Princes faisait peau neuve, affichant fièrement un tout nouvel éclairage, en vue d’illuminer les plus grands matchs à venir. Pour remplir son cahier des charges, le stade s’était alors paré d’un niveau d'éclairage LED de pas moins de 2.000 Lux, pour un terrain de 105m x 68m. Pour rappel, les LED ont une efficacité de 80 à 300 lm/W. Pour une installation d’une telle ampleur, on peut supposer une fourchette de 250 lm/W. Du côté des projecteurs, si leur nombre n’a pas été communiqué récemment, nous pouvons nous référer à ceux de 1972, lors de la reconstruction du Parc, dans sa version actuelle. À savoir, pas moins de 172.

172 x 2000 = 344 000 LX
344 000lux x 17000m² = 5.84e⁹
5.84e⁹ / 250 = 23 392 kW

Calcul basé sur des hypothèses, tenant compte de la superficie de l'ensemble du stade.
Aucune donnée précise n'a été communiquée concernant le nombre exact de projecteurs disponibles au Parc des Princes en 2022.

23 392 kW, sur la durée minimale d’un match de football, à savoir deux périodes de 45 minutes chacune et une mi-temps de 15 minutes, c’est environ 37 000 kWh, pour le seul éclairage du terrain.

À titre de comparaison, d'après une analyse de la Commission de régulation de l’énergie datant de 2016, la consommation moyenne en électricité par mois et par foyer sur l’Hexagone est environ de 390 kWh, soit 4 679 kWh par an.

L’éclairage de la pelouse du Parc des Princes à l’occasion d’un match Paris - Montpellier, un samedi soir à 21h, équivaut donc en tout et pour tous à sept fois la consommation d’un foyer français.

Matchs en soirée, une mesure vraiment utile ?

Dimanche 7 août dernier, un détail a troublé plus d’un spectateur lors de la rencontre TFC - OGC Nice. En effet, alors que Niçois et Toulousains s’affrontaient sur les pelouses du Stadium de la ville rose, il est apparu aux supporters des deux équipes que les 17 projecteurs étaient bel et bien allumés. Pour rappel, le match s’est déroulé à 13 heures, alors que le thermomètre affichait 35 °C.

En réponse à ces interpellations, le Toulouse Football Club a assuré que “les projecteurs [étaient] allumés conformément aux règlements de la LFP”. En effet, il n’est pas du ressort du Stadium toulousain, ni même de Toulouse Métropole de s’emparer de la question de l’éclairage de son enceinte sportive, mais bien de la Ligue de football professionnel.

“La LFP (Ligue de Football Professionnel) impose une homogénéité d'éclairage sur tout le terrain, que cela soit pour des matchs en journée ou en soirée. C'est pour prévenir d'un changement de temps lors de la rencontre. Il arrive qu'un match débute avec du soleil et se termine par du mauvais temps.”

Le Toulouse Football Club

Selon OuestFrance, l’autre raison qui pousserait les organisateurs à faire fi des recommandations environnementales, en laissant leurs éclairages allumés à toute heure, n’est autre que la réponse à “un besoin télévisuel”. En effet, pour garantir un match entièrement retranscrit, dans une qualité irréprochable et ce, sous tous les angles, un éclairage permanent serait impératif. Bien que le Toulouse Football Club n’ait pas confirmé cette information.

Si ces affirmations sont confirmées par la Fédération, la mesure envisagée par la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, visant à annuler les matchs de football en soirée apparaît donc comme une solution en trompe-l'œil. À moins qu’elle ne s’accompagne d’un véritable programme de réforme du secteur du football, en collaboration avec la Fédération Française de Football.

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