Neutralité du Net : l'Arcep lance l'application Wehe en France

Depuis son abrogation de l'autre côté de l'Atlantique, la neutralité du net, qui consiste en une circulation égalitaire et non discriminatoire du contenu sur internet, marche sur des œufs. C'est pourquoi l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) a mis en place pour la France l'application interactive Wehe en collaboration avec la Northeastern University de Boston. Découvrez le concept ici.

Neutralité du net : comment fonctionne l'application Wehe de l'Arcep ?

Cet outil, développé par l'Autorité, en collaboration avec l'université américaine Northeneastern University, est hébergé en France. Il permet à chaque citoyen de participer à la sauvegarde de la neutralité du net. Les utilisateurs de l'application peuvent ainsi aider à la détection d’éventuelles pratiques de bridage de flux internet. Volontairement, l'Arcep a voulu que Wehe soit développée sur le même concept que la plateforme participative "J'alerte l'Arcep" qui permet de dénoncer l'inefficacité ou le retard des opérateurs pour traiter les problèmes de leurs clients.

Techniquement, sous l'impulsion de l'utilisateur, Wehe analyse le trafic généré par l’application pour déterminer si l’opérateur est susceptible de limiter ou prioriser certains flux. Le test s'effectue en trois temps :

  1. Wehe simule une utilisation du service afin que l’opérateur traite le trafic généré comme du trafic réel issu de ce service.
  2. Ensuite, Wehe analyse une nouvelle fois le même trafic en remplaçant le contenu en clair (nom de l’application et des serveurs utilisés, etc.) par du contenu chiffré, invisible pour l’opérateur.
  3. L’application compare ensuite les débits mesurés aux cours des deux étapes cités, répète à nouveau le test pour éliminer au maximum l’impact de l’état du réseau, indépendant de la volonté des opérateurs, et indique si une différence de traitement a été constatée.

Schéma du fonctionnement de l'application Wehe

Si un abus est constaté alors par Wehe, l'application propose aux utilisateurs d’effectuer des tests plus approfondis afin de découvrir les éventuelles règles de Deep Packet Inspection (DPI) utilisées par les opérateurs pour contrôler le flux internet. L'Arcep précise bien qu'en cas d'abus, elle ne sanctionnera pas les opérateurs concernés, elle préfère discuter avec eux des solutions envisagées pour revenir au respect de la Neutralité du net.

L'application gratuite est disponible sur l'Apple Store pour les systèmes iOS et sur le Google Play Store pour les utilisateurs Android.

Qu'est-ce que le Deep Packet Inspection ?En télécommunications, le deep packet inspection (DPI) ou inspection des paquets de réseau (unité de transmission utilisée pour communiquer), correspond pour un équipement d'infrastructures de réseau, ici les opérateurs classiques SFR, Bouygues Telecom, Free et Orange, à analyser le contenu d'un paquet réseau (le paquet IP principalement) afin de publier des statistiques. .

Pourquoi la neutralité du net est-elle si importante ?

Le concept de neutralité du net a été popularisé en 2003 grâce à un article publié sur le sujet, intitulé Network Neutrality, Broadband Discrimination et rédigé par Tim Wu, professeur de droit à l'université de Columbia à New York. Il est en effet possible techniquement d'exercer une gestion limitée, voire discriminatoire du flux internet mais également de pousser jusqu'à l'interdiction de certains sites.

Dessin d'un homme devant son ordinateur

L'un des plus gros exemples à grande échelle qui existe dans l'esprit collectif est sans doute la censure de Facebook en Chine. Il s'agit d'une mesure gouvernementale appliquée par les opérateurs locaux (non initiée par eux) qui montre que l'accès à des sites internet peut être restreint.

  • Défendue par de nombreux géants du web aéricains : Facebook, Microsoft et Google, ou encore des personnalité notables de l'internet comme Tim Berners-Lee (principal fondateur du World Wide Web, fameux "WWW"), cette neutralité représente d'après eux une sûreté pour la concurrence loyale, l'égalité des consommateurs et le développement de l'innovation.
  • Mais d'un autre côté, les acteurs des télécoms aux Etats-Unis (AT&T, Verizon) revendiquent le fait que ce principe leur coûte très cher et que cela les empêche de renforcer le développement de leurs infrastructures et notamment la 5G.

C'est sans doute l'influence des opérateurs télécoms qui a finalement fait pencher la balance vers une suppression de la neutralité du net aux Etats-Unis. Sans oublier qu'Ajit Pai, le président de la Commission fédérale des communications (équivalent de l'Arcep en France) fut nommé par Donald Trump peu avant l'abrogation de ce grand principe.

En Europe, justement ce ne serait pas concevable et c'est pour cela que la Neutralité du Net a été introduite dans la Loi européenne en 2015. Sébastien Soriano, président de l'Arcep, faisait d'ailleurs l'éloge de cette loi dans une interview au quotidien le Monde en décembre 2017 :

La neutralité du Net a permis de mettre un terme définitif à toutes les pratiques de blocage et de bridage techniques. Les opérateurs qui empêchaient d’utiliser Skype ou le pair à pair, qui bloquaient la fonction modem des téléphones… Tout ça a été balayé par les règles européennes.

Existe-t-il des exceptions européennes à cette neutralité du Net ?

Des exceptions existent en effet ou ont existé dans l'Union européenne qui ne sont d'ailleurs pas sanctionnées par la communauté. La plupart du temps, c'est la politique du Zero rating qui est mise en oeuvre, c'est-à-dire lorsqu'un FAI (fournisseur d'accès à internet) propose à ses clients des offres internet ou mobile peu chères sous certaines conditions.

Dessin d'une fille sceptique

Ces conditions peuvent alors être considérées comme restrictives puisque l'opérateur mobile ou le FAI ne décompte pas le trafic Internet d’une application d’un forfait limité (Youtube, Netflix, Skype). Autrement dit, avec le Zero Rating, l'utilisateur ne pourra pas télécharger les applications dédiées. En revanche, s'il souscrit une offre illimitée, il pourra accéder à ces applications pour s'abonner à chacune d'elle en toute liberté.

Ainsi, en France l'opérateur low-cost de SFR, RED by SFR proposait un forfait 5 Go par mois à 25,99€ en 4G pour avoir accès uniquement à Youtube. Le reste des applications étant restreintes faute de moyens financiers de la part de l'utilisateur. Au Portugal, l'opérateur Meo propose un supplément payant à 4,99€/mois pour bénéficier en plus, soit des applications de messageries (What's App, Skype), soit des applications de vidéo (Youtube, DailyMotion), soit pour avoir accès aux réseaux sociaux (Facebook, Instagram). Pour les défenseurs de la neutralité du net, ces cas peuvent paraître très surprenants car, ils font comme vous pouvez le constater, augmenter le tarif des offres pour les utilisateurs.

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