Trafic internet : Netflix, roi de la vidéo en streaming

La menace de l'insatiable plateforme vidéo, Netflix, planait depuis quelques mois sur le trafic internet, la question était de savoir quand ils parviendraient à s'imposer. D'après le rapport rendu par la société californienne Sandvine pour le premier semestre 2018, ce fameux jour est arrivé. Vous retrouverez ici un bilan sur les résultats Netflix et les enjeux que sa dominance entraîne.

Netflix détrône Youtube en Amérique

La dominance de Netflix est sans appel d'après le rapport de Sandvine (société américaine spécialisée dans l'équipement des réseaux) sur les autres services de vidéo en ligne. En termes de chiffres, Netflix détient 15% du trafic global sur internet. Trois classements sont ainsi réalisés en fonction des trois régions du monde :

  1. Americas (Amérique du Nord et Amérique du Sud) : ici Netflix arrive en premier, suivi d'un autre type de protocole de service de vidéo en ligne, HTTP Media Stream, en troisième on retrouve la vidéo à travers Raw-Mpeg-TS, puis Amazon Prime Video en quatrième position et enfin Youtube en cinquième !
  2. EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) : pour l'instant, Youtube reste devant mais il est talonné par Netflix qui est deuxième. Le protocole HTTP Media Stream prend la troisième position et Amazon Prime Video arrive quatrième.
  3. APAC (Asie-Pacifique) : le protocole HTTP Media Stream demeure premier, suivi par Facebook et Netflix. Rappelons qu'en Chine, Facebook est interdit - il est remplacé par le réseau social local tout aussi influent, WeChat - c'est donc l'Inde qui détient le plus grand nombre d'utilisateurs, avec 241 millions de personnes inscrites, selon The Economic Times. 

Qu'est-ce que HTTP Media Stream et Raw-Mpeg-TS ?Ces deux termes, à l'allure complexe, présents dans les classements, ne sont autre que du jargon informatique pour désigner des systèmes de vidéo en ligne. Le HTTP Media Stream est surtout utilisé par Twitch et Apple pour les vidéos QuickTime X et iOS. Le Raw Mpeg-TS est un protocole davantage utilisé pour les services de télévision en streaming.

En Amérique, l'influence de Netflix est d'autant plus notable d'après le rapport que le populaire service de vidéos pour les séries, les films et les documentaires a devancé Youtube. Or, il est essentiel de souligner que mis à part Youtube Premium qui fonctionne sur un abonnement payant mensuel, le service historique de vidéos, racheté en 2006 par Google est entièrement gratuit. Netflix, lui, n'est accessible à ses utilisateurs qu'après la souscription à l'un des trois abonnements qu'ils proposent sur leur site. La gratuité n'est donc pas suffisante pour faire concurrence à Netflix.

Affiches de Netflix et de Youtube
Credit : sortiedvd.com

Le rapport de Sandvine vient également préciser que ce sont bel et bien les services de vidéo en streaming qui absorbent une majorité du trafic internet global. Ils monopolisent en effet 58% du débit descendant, et 21% du débit montant, des résultats impressionnants qui peuvent surprendre tant ils sont supérieurs aux autres domaines utilisés régulièrement par les internautes. Dans le rapport, on découvre ainsi les sites internet représentent seulement 17% de parts dans le trafic internet, loin derrière le streaming, tout comme les jeux vidéos qui sont à 7,78%, les réseaux sociaux à 5% ou encore les sites commerciaux ou d'achats à 4,61%.

Netflix étend son champs d'action vers les studios de cinéma

Avec "Netflix Originals", la plateforme de vidéos distribuait ou produisait déjà des dizaines de programmes en exclusivité comme les documentaires sur Whitney Houston, Lady Gaga ou encore la récente série qui a fait polémique dans les médias Insatiable. Mais le roi du streaming souhaite profiter de son succès pour investir dans des studios de cinéma afin d'étendre son domaine de production. Un investissement qui avait commencé en juillet dernier lorsque Netflix a annoncé qu'ils lançaient leur premier studio de production en Europe, basé à Madrid.

Affiche Netflix de la série Insatiable

Ayant constaté la réussite phénoménale de la série espagnole La Casa de Papel dont ils ont racheté les droits de production pour la troisième saison, ils souhaitent désormais produire plus de séries dans cette lignée, en espagnol, comme La Chicas del Cable et Elite où on retrouve quelques acteurs emblématiques de La Casa de papel. Ils évoluent parallèlement aux Etats-Unis, leur terre natale, où ils ont enfin acheté des studios, au Nouveau-Mexique. Huit plateaux de cinéma, qui ont servi à la réalisation de Breaking Bad, seront entièrement dédiés à la créativité de Netflix, ce qui risque d'en émerveiller plus d'un. Netflix a également annoncé qu'ils investiraient spécialement pour ce projet un milliard de dollars et boosteraient les emplois, en créant mille emplois en plus par an. En 2017, ils employaient déjà 5400 personnes dans le monde.

Qui a créé Netflix ?Deux hommes sont derrière les manettes de cette industrie créée il y a plus de vingt ans, en 1997. Il s'agit de Reed Hastings, titulaire d'un diplôme en intelligence artificielle à Stanford et de Marc Randolph aujourd'hui tous deux PDG de Netflix. Reed Hastings aurait eu l'idée de créer Netflix alors qu'il avait rendu une VHS trop tard à un loueur, se voyant octroyer une pénalité de 40 euros. L'entreprise, après être entrée en bourse en 2002 puis avoir signé des partenariats avec Disney et Pixar, compte désormais plus de 125 millions d'abonnés à travers le monde.

Qu'en pensent les autres acteurs de la vidéo en streaming ?

Si Netflix a marqué son territoire, les autres géants de la vidéo ne comptent pas se laisser faire pour autant. Youtube a lancé la semaine dernière sa toute première création originale intitulée Origin avec deux anciens acteur d'Harry Potter, elle en a donc l'exclusivité de la diffusion mais ne la produit pas. Amazon, de son côté, a pris ses quartiers au sein des légendaires studios Culvers en Californie, ces mêmes studios qui avaient accueilli Matrix et Kill Bill quelques années auparavant.

Apple qui ne manque pas de moyens se lance lui aussi dans le streaming (c'est pour bientôt) et va louer un immeuble de 12 000 m2 abritant quelques studios également à Hollywood, de quoi tenir tête (peut-être) à ses concurrents. Une démarche que le directeur des créations originales de Netflix, Ted Sarandos, lors du Vanity Fair New Establishment Summit à Los Angeles, estime mystérieuse. Il pense en effet "qu'Apple ne sait pas du tout dans quoi ils se lancent...Et que personne ne le sait vraiment". La production audiovisuelle n'a décidément pas terminé d'en mettre plein la vue à ses spectateurs, à un détail près, ce sont désormais les plateformes de streaming qui semblent mener la danse.

Mise à jour le