Le Bitcoin consomme-t-il vraiment plus d'électricité que toute l'Irlande ?

Le bitcoin est une monnaie virtuelle qui consomme plus d'électricié que la plupart des pays dans le monde.

Les médias se font l'écho depuis quelques mois du danger que représente la consommation électrique de l'industrie du bitcoin. La sécurité de la cryptomonnaie est fondée sur des calculs complexes réalisés par des ordinateurs très puissants: c'est le mining. Selon l'article le plus relayé sur le sujet, le bitcoin consommerait autant d'électricité que l'Irlande, soit une trentaine de TWh annuels. Selectra reprend dans cet article les hypothèses, refait des calculs plus conservateurs... et en conclut que l'industrie du bitcoin consomme bien entre 12 et 30 TWh annuels. Un niveau incompatible avec le développement à grande échelle de la cryptomonnaie.

Selon certaines estimations, le Bitcoin mining représenterait la consommation électrique de 6 régions françaises

Le Bitcoin semble battre tous les records de consommation d'électricité avec une trentaine de TWh en rythme annuel début décembre 2017, quand on regarde des estimations comme celle de Digiconomist ou quand on lit des articles comme "Le montant ridicule d'électricité nécessaire au fonctionnement du Bitcoin" du journaliste scientifique Peter Fairley. À titre de comparaison, c'est la consommation de la ville de Houston aux Etats-Unis. Le Bitcoin consommerait plus que certaines régions de France comme la Normandie, les Pays-de-Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, la Bretagne, le Centre-Val-de-Loire et la Corse, si l'on compare les chiffres de Digiconomist avec les données fournies par RTE.

Cependant, ces chiffres issus de l'étude réalisée par The Digiconomist, un média spécialisé dans le Bitcoin, à partir d'hypothèses de calcul qui s'avèrent quelque peu bancales. En effet, le média s'appuie sur le chiffre d'affaires réalisé par les mineurs de bitcoin. De là il part du principe que la facture d'électricité représente jusqu'à 60% du chiffre d'affaires de ces mineurs. Une estimation particulièrement haute : comment est-il possible que le secteur soit rentable si 60% de son chiffre d'affaires est absorbé par la facture d'électricité ? Également, le site compare de manière peu orthodoxe la consommation électrique du Bitcoin en 2017 avec la consommation des pays en 2014.

Une contre-estimation conservatrice de la consommation d'électricité du Bitcoin par Selectra

C'est pourquoi Selectra a décidé de mettre au point ses propres hypothèses et sa méthode de calculs pour faire le jour sur cette controverse. Nous prenons l'hypothèse que tous les mineurs de Bitcoin travaillent sur la machine la plus moderne et efficiente énergétiquement du marché, l'Antminer S9, qui a une puissance électrique à plein usage de 1350 watts.

Le hashrate mondial du bitcoin étant a 1.48*10^19 et le hashrate du Bitmain Antminer S9 à pleine puissance de 1.4*10^13 hash/s, nous pouvons calculer la puissance électrique totale nécessaire à l'industrie du bitcoin.
L'hypothèse que toute l'industrie utilise un Antminer S9 est très conservatrice et il est donc probable que la consommation électrique de l'industrie du bitcoin, à son rythme actuel, se situe quelque part entre 12.9 TWh par an et 30 TWh (l'estimation de Digiconomist relayée par tous les médias). 

Détails de l'estimation Selectra pour la consommation électrique du Bitcoin
  Valeur Unité
Puissance électrique d'un Antminer S9 1 375 W
Puissance de calcul (hashrate) 1,4E+13 hash/s
Puissance/hash/s 0 W/hash
Hashrate totale du réseau 1,5E+19 hash/s
Consommation du réseau 1 473 214 286 Watts/seconde
5 303 571 429 kWh
5 303 571,43 MWh
Nombre d'Antminer S9 nécessaires 1 071 428,57  
Puissance nécessaire: 1 473 214 286 W
Puissance nécessaire en GW 1,47 GW
Consommation annualisée 12,91 TWh
Consommation quotidienne 35 357 142,86 kWh
Transactions par jour 355 791  
Consommation par transaction 99,38 kWh/transaction

Qu'est-ce que le mining ?

deux mineurs de bitcoin

Pour rassembler les transactions en bloc, il faut créer des algorithmes. C'est ce qu'on appelle le mining, minage en anglais. Le mining est une activité rémunérée - en Bitcoins évidemment - qui nécessite du matériel informatique spécifique et non des compétences particulières. Au départ, le minage était fait par des ordinateurs individuels. Aujourd'hui, l'essentiel de l'activité de minage est effectuée par des fermes à Bitcoins ou mining pools. La Chine a aujourd'hui le leadership du minage de Bitcoin. Cependant, certains pays, comme la Russie, veulent mettre en place de véritables politiques publiques pour concurrencer la Chine. Globalement, les pays qui accueillent ces fermes de minage ont une électricité peu chère. Certes, il y a l'Islande, qui utilise la géothermie, une source d'électricité renouvelable, mais il faut rester lucide : l'électricité peu chère reste majoritairement fossile.

Une alternative énergivore au système bancaire traditionnel

Les utilisateurs de Bitcoins chantent souvent les louanges de cette nouvelle monnaie, bien plus intéressante que les monnaies traditionnelles à leurs yeux. Horizontal, international, garanti sans paperasse, il est vrai que le Bitcoin a de quoi séduire. Pourtant, une transaction en Bitcoin consomme 100kWh, une quantité d'électricité relativement importante pour une opération que nous réalisons souvent plusieurs fois par jour.

infographie sur la consommation électrique d'une transaction bitcoin

Pour tous ceux qui sont méfiants vis-à-vis du système bancaire actuel, il existe cependant des alternatives bien plus respectueuses de l'environnement. Certaines banques se sont créées ces dernières années sur un modèle coopératif et respectueux de l'environnement. 

Pourquoi le Bitcoin consomme-t-il autant ?

centrale à charbon avec de la fumée

Au début, le minage était une opération simple, qui pouvait être faite par un ordinateur classique, à condition que celui-ci fonctionne en permanence. Cependant, à mesure que les transactions se sont multipliées, la construction des blocs est devenue de plus en plus complexe. C'est ce qu'explique un article paru dans la revue scientifique de premier rang IEEE. Les identifiants des nouveaux blocs sont toujours plus complexes. Ils requièrent donc une puissance de calcul de plus en plus importante. Aujourd'hui, un ordinateur classique ne peut pas faire de minage. Pour pallier les premières difficultés, les mineurs se sont d'abord tournés vers des ordinateurs munis de cartes graphiques. Puis ils ont utilisé du matériel informatique spécialement conçu pour cette activité ; un matériel qui consomme encore beaucoup d'électricité.

Le coût caché d'internetOn a tendance à penser que notre activité sur le net est neutre d'un point de vue énergétique. Or le stockage de données, auquel nous participons tous, est un véritable enjeu environnemental. Les plus de 10 milliards de mails envoyés dans le monde en 1 heure représentent 4000 tonnes de pétrole. Internet reste une technologie qui a simplifié nos vies, mais il ne faut pas oublier son impact sur l'environnemental. Pensez-donc à vider votre boîte mails régulièrement.

Qu’est-ce que le Bitcoin ?

Le Bitcoin est une monnaie virtuelle lancée en 2008. Si beaucoup connaissent son nom, son principe et son fonctionnement échappent à la plupart d'entre nous. Comment est-elle créée ? A quoi sert-elle ? Comment l'utilise-t-on ?

Le Bitcoin, une monnaie virtuelle

pièce de bitcoin

Le Bitcoin est une monnaie dite cryptographique. Elle permet de réaliser des transactions, comme une monnaie classique. Seulement toutes les transactions réalisées avec cette crypto-monnaie sont publiques et accessibles via la blockchain.

Une monnaie cryptographique

Le Bitcoin est une monnaie cryptographique et un système de paiement pair à pair, inventée en 2008 par Satoshi Nakamoto, un programmeur ou un groupe de programmeurs anonymes. C'est aujourd'hui la plus importante monnaie cryptographique décentralisée. Sa capitalisation était supérieure à 102 milliards de dollars à la fin du mois d'octobre 2017.

C'est une monnaie qui échappe au contrôle des États et des banques centrales ; elle repose sur un principe d'horizontalité, sans organisme de contrôle qui pourrait décider d'une dépréciation ou d'une valorisation. Contrairement à ce qu'on peut parfois entendre, il n'y a pas de patron du système Bitcoin. C'est ce qui séduit un certain nombre d'utilisateurs de cette monnaie : la possibilité de sortir du système bancaire tout en continuant à participer et à bénéficier du système économique classique.

Blockchain et Bitcoin mining

Cette monnaie sert à effectuer des transactions qui sont regroupées dans ce qu'on appelle des blocs, avec un en-tête indiquant :

  • La taille du bloc ;
  • Le nombre de transactions enregistrées ;
  • La date et l'heure ;
  • Une somme de contrôle interdisant toute modification du bloc et servant également d'identifiant unique au bloc ;
  • L'identifiant du bloc précédent.

Un bloc peut contenir un nombre variable de transactions, généralement entre 1000 et 2000. La taille des blocs est limitée à 1Mo. Les blocs s'imbriquent les uns dans les autres : c'est la blockchain. Comme tous les échanges sont publics, la blockchain est réputée infalsifiable. L'assemblage des transactions en blocs qui s'intègrent à la blockchain s'appelle le Bitcoin mining ou minage de bitcoins.

A quoi sert le Bitcoin et comment l'utiliser ?

Utilisations des bitcoins

main saisissant un bitcoin

Le Bitcoin a souvent mauvaise réputation du fait des possibilités d'utilisations qu'il offre. C'est avec des Bitcoins que les transactions sur le Darknet se font, car elles ont la réputation d'être plus difficilement traçables. Pour autant, il n'est pas impossible de savoir que vous avez acheté de la la drogue ou des armes en ligne. Pour ouvrir un portefeuille Bitcoin, il est nécessaire de fournir son identité. Le Bitcoin ne sert donc pas uniquement à alimenter les trafics illicites. C'est une monnaie qui est acceptée par certains commerçants, comme par exemple ceux du Passage du Grand Cerf à Paris. Il est donc possible de faire ses courses, de payer son loyer, ses voyages avec des Bitcoins. Des dizaines de milliers de sites internet classiques comme Expedia ou Microsoft acceptent aujourd'hui les Bitcoins. La commission électorale américaine accepte les dons en Bitcoins.

Le Bitcoin est-il légal ? L'utilisation des bitcoins est autorisée dans la plupart des pays, à condition que les biens achetés entrent dans le cadre de la loi. Acheter de la cocaïne en euros ou en Bitcoins reste strictement interdit. En revanche, la réputation sulfureuse des Bitcoins a conduit certains États et certaines entreprises à les interdire. C'est le cas de la Thaïlande, du Maroc ou encore du site de vente en ligne chinois Ali Baba.

Comment obtenir des bitcoins ?

Pour obtenir des Bitcoins, il faut tout d'abord installer un portefeuille virtuel sur son ordinateur ou sur votre téléphone portable. Il s'agit d'un logiciel qui va générer un numéro unique. Ce numéro peut être utilisé tel quel ou matérialisé par un QR code qu'il faudra faire flasher à chaque achat ou échange. Dans certains pays, comme les Etats-Unis ou la France, il existe même des distributeurs automatiques de bitcoins. Certaines entreprises commercialisent aussi des bracelets clé USB qui contiennent le portefeuille. Il vous faudra ensuite acheter des bitcoins. Il est possible de le faire sur internet ou bien dans certains points de vente. Vous pouvez aussi offrir une carte cadeau pour Noël ou un anniversaire à un proche séduit par le concept. Plus généralement, le Bitcoin regroupe autour de lui une communauté désireuse d'en faire la promotion.

Quelle est la valeur du Bitcoin ?

journal sur la valeur du bitcoin

La première question que l'on se pose au sujet de la valeur du Bitcoin, c'est bien pourquoi le Bitcoin vaut de l'argent tout en fonctionnant en dehors du système bancaire. Il faut savoir que toute monnaie repose sur un principe de confiance et de croyance. Un billet de 5 euros vaut 5 euros parce qu'on croit qu'il vaut 5 euros et que l'on accorde de la confiance à cette valeur. Sinon, ce serait un simple bout de papier imprimé. Or le bitcoin fait l'objet d'une forte spéculation sur sa valeur depuis sa création. Les investisseurs croient en sa valeur, ils ont confiance dans sa capacité à réaliser et faciliter des transactions, donc le Bitcoin a de la valeur. Ce qui participe aussi à la valeur du bitcoin, c'est le fait que c'est la crypto-monnaie de référence dont dépendent les autres crypto-monnaies. En d'autres termes, il fait office de "dollar dans le monde des monnaies virtuelles".

Si on excepte la chute en 2014, le cours du Bitcoin n'a cessé d'augmenter depuis sa création. Alors qu'au départ, un Bitcoin valait 1 dollar, il en vaut aujourd'hui 16 000. Il est bien entendu possible de réaliser n'importe quelle transaction, même pour des petites sommes. Il suffira juste de payer en centimes de Bitcoins. Rien que le 29 novembre 2017, le cours de la crypto-monnaie a augmenté de presque 13%.

 

Quel avenir pour le Bitcoin ?

un dollar et un bitcoin

Si beaucoup font le pari du Bitcoin face à des monnaies traditionnelles jugées archaïques et anti-démocratiques, son avenir reste pourtant incertain. OVNI monétaire, les observateurs sont quelque peu désemparés. Le Bitcoin peut être le nouvel Eldorado comme la prochaine bulle financière. Il pourrait aussi être remplacé par des monnaies virtuelles concurrentes. Ou encore interdit par un grand nombre de pays, car il faut garder à l'esprit que le Bitcoin reste un moyen d'alimenter le crime organisé ou encore de faire de l'évasion fiscale sans passer par un paradis fiscal.

Crash bitcoin : la bulle va-t-elle bientôt éclater ?

« Le bitcoin n'est pas une monnaie, c'est un outil de spéculation. »
Vitor Constantini, vice président de la Banque Centrale Européenne.

L'envolée du cours du Bitcoin laisse aussi présager le pire : une explosion de la bulle. Il y a de plus en plus d'utilisateurs à travers le monde, notamment dans les pays qui traversent une période de crise ou d'incertitude financière, comme l'Argentine, le Venezuela, la Grèce ou encore le Royaume-Uni post-Brexit. C'est ce qui a provoqué une hausse du cours. Le bitcoin apparaît comme un Eldorado. Pour les observateurs de la sphère financière, la possibilité d'un crash n'est pas à négliger. En effet, cette explosion du cours du Bitcoin peut entraîner un phénomène de défiance. Si des utilisateurs décident de vendre dans la crainte d'une chute du cours, cela pourrait entraîner une réaction de ventes en chaîne. Le cours du Bitcoin chuterait alors effectivement.

Fraude au Bitcoin : l'effraction dans la blockchain

Longtemps considérée comme un risque mineur, une effraction dans le système de la blockchain est de plus en plus plausible. Plus les Bitcoins deviennent célèbres, plus ils attirent les convoitises. Un piratage des mots de passe, l'injection de faux bitcoins dans le systèmes... Les scenarii de fraude sont nombreux et pourraient faire exploser le système des Bitcoins. Le plus plausible est appelé l'attaque de 51%. Si une ferme de minage venait à concentrer 51% ou plus de la puissance calcul totale, elle pourrait être piratée par des hackers. Le cours du Bitcoin chuterait alors drastiquement. Seulement la communauté des mineurs est sensible et sensibilisée à ce scénario. Aussi quand la ferme GHash.io a atteint les 42% en 2014, plusieurs mineurs ont décidé de partir pour des plus petites fermes. 

Monnaies concurrentes du Bitcoin

symbole de l'ethereum
Symbole de l'Ethereum

Le Bitcoin est un peu le dollar des crypto-monnaies. C'est à dire qu'il sert de référence et qu'il est la monnaie virtuelle la plus utilisée. Il représente 57% du marché des monnaies virtuelles. Les 10% restant sont occupés par les altcoins, des crypto-monnaies alternatives. Il en existe des centaines. Elles échappent aussi pour la plupart au contrôle des États et des banques centrales. Cependant, elles ne fonctionnent pas sur le même principe. Certaines ont un code simplifié et peuvent être minées par des ordinateurs classiques, comme le Litecoin. Elles consomment donc moins d'électricité. D'autres monnaies participent directement au financement de la production d'énergie solaire, comme Solarcoin, déjà acceptée par certains fournisseurs d'électricité verte français comme Ekwateur. Parmi ces monnaies virtuelles, il y a l'Ethereum, le concurrent le plus sérieux de Bitcoin. Cette crypto-monnaie fonctionne sur un principe différent : il s'agit davantage d'une manière de financer des projets qu'une réelle monnaie. Mais Ethereum peut aussi fonctionner comme une monnaie virtuelle classique. Début décembre 2017, elle a fait parler d'elle à travers la plateforme crypto-kitties, où il est possible d'acheter un chat virtuel pour des sommes atteignant les 100 000 dollars. Certains pays souhaitent aussi lancer des Bitcoins nationaux, et pas des moindres : la Chine, l'Inde et le Venezuela.

Les pays qui interdisent le Bitcoin

Une autre menace pèse sur le bitcoin : les législations dans les différents différents pays ne sont pas toutes aussi clémentes vis-à-vis du bitcoin. Certains pays l'interdisent ou vont l'interdire comme :

  • La Bolivie ;
  • L'Equateur ;
  • Le Kyrgyzstan ;
  • Le Bangladesh ;
  • Le Népal ;
  • L'Algérie (interdiction en 2018).

Certains pays interdisent eux les transactions entre monnaie traditionnelle et Bitcoins, comme la Chine, ce qui en complique l'utilisation. Cependant, toutes les élites politiques ne sont pas contre le Bitcoin. Les sénateurs français Philippe Marini (Les Républicains) et François Marc (Parti Socialiste) ont rendu un rapport favorable au Bitcoin en 2014. Par ailleurs, certains pays comme la Russie et la Thaïlande sont revenus sur l'interdiction de Bitcoin sur leur territoire.

Mise à jour le

Emma