Baisse de la consommation d'énergie : la fausse bonne nouvelle ?

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Un premier objectif est atteint dans le plan de sobriété énergétique. La consommation d’électricité hexagonale ne cesse de baisser, d’après le gestionnaire de réseau électrique RTE. Le mois d’octobre 2022 observe à ce titre une baisse de presque 6% de la consommation d’électricité par rapport aux années précédentes. Mais sommes-nous réellement sur la bonne voie ?


Un automne très doux et une volonté de consommer moins

La consommation d’électricité est déjà en baisse au niveau national. Dans la dernière synthèse hebdomadaire publiée par le gestionnaire d’électricité RTE, on découvre que la consommation a encore reculé de 5.9% sur les 30 derniers jours, par rapport aux années précédentes 2014-2019). La dernière semaine d’octobre permet d’observer une baisse de 7,2%.

Cette tendance s’explique par différents phénomènes. Tout d’abord les températures automnales très douces observées en octobre ont contribué à réduire nos besoins d’énergie. RTE a d'ailleurs pris en compte cette donnée pour évaluer les efforts réalisés sur la facture énergétique.

Ce mois d’octobre a rencontré des températures très élevées, d’une moyenne de 16 °C, contre 13 °C l’an dernier. À ce titre, RTE ne néglige pas le réchauffement climatique et tient bel et bien compte de celui-ci dans ses calculs : “Octobre 2022 a été le mois d’octobre le plus chaud jamais enregistré en France, avec jusqu’à 7 degrés au-dessus des normales constatés le vendredi 28 octobre. Les températures douces en ce début d’automne réduisent en particulier les besoins d’électricité pour le chauffage dans les secteurs tertiaire et résidentiel”, précise le gestionnaire de réseau.

L’implication des particuliers en faveur de la sobriété énergétique n’est toutefois pas à écarter. À titre d’exemple, GRT gaz - distributeur gaz en France - estime que les particuliers ont consommé 45 % de gaz en moins durant octobre 2022 par rapport à la même période l’an dernier.

Le désir de poursuivre les efforts semble bien présent au cœur des foyers français. Déjà 300.000 personnes se sont inscrites aux alertes SMS et e-mail d’Ecowatt, la météo de l’électricité permettant de suivre quotidiennement l’utilisation du réseau électrique. Un autre outil, lancé par GRTgaz et nommé Ecogaz viendra compléter cette surveillance de la consommation mais cette fois sur le volet gaz.

Fermeture d’usines et chômage partiel réduisent la facture

Cependant il est important d’analyser en détail les phénomènes qui ont permis une baisse d’une telle envergure dans un laps de temps assez court. La volonté de consommer intelligemment n’a pas été le seul moteur. L’explosion des prix de l’énergie - électricité et gaz - a également été un argument de taille pour décaler, voire supprimer certains besoins énergétiques.

Dans la synthèse de RTE, on peut également constater que la grande industrie a particulièrement réduit ses besoins en électricité en octobre. En effet, en octobre 2021, le soutirage de la grande industrie était de 4177 GWh tandis qu’en 2022, celui-ci n’est que de 3654 GWH, soit une baisse d’environ 15%. Depuis 2014, c’est même le niveau de consommation d’électricité le plus bas.

Toutefois ce que ces chiffres n’évoquent pas, c’est le ralentissement voire la mise sur pause des activités de nombreux secteurs et usines qui ont permis de faire baisser la facture énergétique. Le 1er novembre a par exemple été marqué par la mise en chômage partiel des employés de Duralex, la fameuse entreprise de verre. Face à une facture d’électricité trop lourde, l’entreprise s’est ainsi vue contrainte de mettre ses fours en veille pour une durée de 5 mois, afin d’éviter la faillite.

"Notre facture est passée de 3 à 13 millions d'euros par an, soit 46% de notre chiffre d'affaires" expliquait le 2 novembre, José-Luis Llacuna, le PDG de Duralex, à BFM TV. Impossible de poursuivre la production de vaisselle à base de verre trempé dans ce contexte.

Duralex n’est pas la seule entreprise à réviser sa feuille de route par peur de l’asphyxie financière. Le groupe Safran, spécialisé dans l’aéronautique, de l'espace et de la défense a repoussé la construction d’une usine à Feyzin, dans la Métropole de Lyon. Le projet a été décalé de 3 à 4 ans en raison du coût de l’énergie. Cette usine devait pourtant générer 250 emplois dans la région lyonnaise.

Les menaces de délocalisation pèsent également sur certains secteurs. Une crainte évoquée par la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, en octobre. “Il y a un risque de délocalisation si l’énergie reste plus chère qu’aux Etats-Unis ou en Asie”, soutenait-elle dans le journal Le Monde.

D’autres entreprises adaptent leurs méthodes de travail pour poursuivre leurs activités. C‘est par exemple le cas de l’entreprise franco-américaine de textile Dickson Constant, installée dans le nord de la France. Celle-ci a en effet décalé une partie de sa production la nuit et le weekend, en vue de réduire le coût financier qu’implique l’énergie utilisée pour la production.

Baisse des prix de l’électricité, l’impact positif

Quelles que soient les raisons qui ont fait baisser la consommation de gaz et d’électricité, ces données sont encourageantes pour la suite.

Cette tendance a même eu un impact immédiat tel que la baisse des prix de l’électricité en raison d’une demande réduite. Même conséquence du côté du gaz. Avec une réduction de la demande et des stocks de gaz remplis avant le mois de novembre, les prix ont connu un recul. Le prix spot du gaz avoisine désormais les 60 euros le MWh, au lieu de 300 euros au cours du mois d’août. Cette réduction joue également un rôle positif dans la protection de l’environnement. Une baisse de la consommation d’énergie permet de fait une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Il faut toutefois rappeler que les objectifs de réduction de consommation d’énergie de 10% ont été placés à horizon 2024 par le gouvernement. La seconde étape sera de réduire de 40% la consommation d'énergie d'ici 2050 avec à l’esprit un objectif de neutralité carbone.

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