Qu'est-ce que le remboursement des bénéfices de l'assurance emprunteur ?
Le remboursement des bénéfices : un peu d'histoire
Le scandale du remboursement de l'assurance emprunteur a éclaté en 2007 au Royaume-Uni, mais l'affaire concerne tous les pays de l'Union européenne et remonte aux années 1990. À l'époque, les assureurs ont avancé qu'il était très compliqué d'estimer les risques représentés par leurs clients. L'État a donc autorisé les compagnies d'assurance à surfacturer les contrats pour couvrir les risques assurés : en échange, les assurés devaient être remboursés d'une partie de cette surprime à chaque fin d'année civile si elle n'était pas utilisée pour couvrir un sinistre.
Les primes d'assurance emprunteur ont donc fortement augmenté, mais les bénéfices engendrés par les contrats n'ont jamais été remboursés aux assurés. De plus, les surprimes non utilisées sont placées et rapportent des intérêts supplémentaires aux assureurs : on estime à plus de 15 milliards d'euros la part totale des bénéfices qui devraient être redistribués aux assurés, soit en moyenne 1 500 € par emprunteur.
Si certains assureurs ont réellement reversé une partie des bénéfices des primes aux établissements bancaires, ces derniers les ont conservés sans les redistribuer aux emprunteurs. Suite à ce constat, une association de défense des consommateurs a engagé une action en justice en 2007 contre deux établissements : CNP Prévoyance et la Caisse d'Épargne et de Prévoyance.
Le 23 juillet 2012, le Conseil d'État a donné raison à cette association et a déclaré illégal l'article du Code monétaire et financier utilisé par les banques pour justifier leur refus de rembourser les assurés.
Cependant, cette avancée n'est qu'une victoire en demi-teinte : selon le TGI de Paris et l'arrêt du 5 mars 2015 de la Cour de cassation, les assurés ne disposent pas d'un droit individuel à la participation aux bénéfices, mais uniquement d'un droit collectif. La loi ne permet donc pas à un emprunteur isolé de réclamer le remboursement des bénéfices de son assurance emprunteur.
Aujourd'hui, la législation reste floue : si elle oblige théoriquement les banques et compagnies d'assurance à reverser à leurs assurés les bénéfices engendrés, de nombreuses lacunes juridiques donnent lieu à interprétation. En pratique, les établissements de crédit et les compagnies d'assurance peuvent contourner la loi et nier le remboursement de l'assurance emprunteur.
Qui est concerné par le remboursement de l'assurance emprunteur ?
Si près de 10 millions d'assurés seraient concernés par le remboursement des bénéfices, toutes les assurances ne sont pas éligibles. Selon la finalité du prêt (immobilier ou consommation) et sa date de fin, les périodes concernées varient :
- Pour les prêts immobiliers : les prêts contractés entre 1996 et 2005 peuvent faire l'objet d'un remboursement de l'assurance emprunteur ;
- Pour les prêts à la consommation : les prêts signés entre 1997 et 2007 sont éligibles au remboursement des bénéfices.
Comment calculer le remboursement d'une assurance emprunteur ?
Lorsqu'un assuré n'a subi aucun sinistre, la banque ou la compagnie d'assurance est censée lui rembourser les surprimes qui n'ont pas été utilisées pour le remboursement du prêt. La loi reste floue sur le mode de calcul. Plusieurs données sont cependant prises en compte pour estimer le montant dû à l'assuré :
- la différence entre les montants payés par l'assureur en cas de sinistre et les primes versées par l'assuré ;
- le montant des intérêts générés par les primes d'assurance ;
- les dépenses administratives de l'assureur : frais de dossier, gestion du contrat.
Le calcul du remboursement nécessite des documents comptables de la banque ou de l'assureur : un assuré seul ne peut donc faire qu'une estimation grossière. Il est recommandé de faire appel à une association de consommateurs agréée ou à un organisme comme Action Civile pour obtenir le montant précis auquel il peut prétendre.
On estime à plus de 15 milliards d'euros la part des bénéfices qui aurait dû être redistribuée aux assurés pour les prêts contractés entre 1996 et 2005. À titre indicatif, une association de défense des consommateurs a estimé qu'un emprunteur ayant assuré un prêt immobilier de 100 000 € sur 20 ans, à un taux d'intérêt de 5 % et un taux d'assurance de 0,40 %, pourrait prétendre à un remboursement d'environ 1 669 €. Pour Action Civile, un assuré pourrait récupérer jusqu'à 3 000 € pour un emprunt de 200 000 € sur 20 ans.
Comment se faire rembourser son assurance emprunteur ?
À la fin de son prêt immobilier, un assuré peut théoriquement demander le remboursement des bénéfices de son assurance emprunteur. Trois conditions sont à remplir pour être éligible :
- les surprimes appliquées ne doivent pas avoir été utilisées pour rembourser les mensualités suite à un sinistre ;
- le prêt doit avoir été contracté entre 1996 et 2005 pour un prêt immobilier ;
- la demande doit être faite dans un délai de deux ans après la fin du crédit immobilier.
Pour récupérer son assurance emprunteur, deux méthodes sont possibles : l'action individuelle ou l'action collective.
L'action individuelle
Dans le cas d'une action individuelle, la demande auprès de sa banque ou de sa compagnie d'assurance nécessite de faire appel à un avocat. Cette méthode est donc coûteuse et longue : les banques retardent souvent le traitement des dossiers individuels pour décourager les demandes. Si elle n'est pas recommandée par les experts en raison de l'aléa judiciaire, voici la marche à suivre :
- 1 Estimer le montant auquel vous pouvez prétendre : une étape compliquée, l'assuré n'ayant pas accès aux documents comptables de sa banque ;
- 2 Envoyer un courrier de réclamation à votre banque ou assurance en précisant que vous souhaitez « percevoir la participation aux bénéfices, conformément à l'article L 331-3 du code des assurances » ;
- 3 en cas de non-réponse, contacter le service client ou le siège social de votre banque ou assurance.
L'action collective
Les actions de groupe en justice sont autorisées par la loi Hamon si au minimum 100 000 plaignants se réunissent. Concernant le remboursement de l'assurance emprunteur, Action Civile a intenté en juin 2016 une action en réunissant 215 169 emprunteurs. Plus de 50 000 lettres de mise en demeure ou de demandes de médiation auraient été envoyées à 32 banques françaises.
Pour l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) et l'État, l'assuré ne peut pas prétendre à un droit individuel au remboursement : l'action collective est donc le moyen le plus recommandé pour demander un remboursement.
Que faire en cas de refus de la banque ?
Si la banque ou la compagnie d'assurance refuse de vous rembourser les bénéfices de votre assurance emprunteur, vous pouvez faire appel au médiateur de l'assurance ainsi qu'à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) en leur envoyant une copie de votre demande de remboursement.
À défaut d'être remboursé des bénéfices, il reste possible de faire des économies en choisissant une assurance emprunteur moins chère, tout aussi couvrante. Grâce à la loi Hamon, il est possible de changer d'assurance emprunteur au cours de la première année du crédit. La loi Bourquin autorise quant à elle les emprunteurs à changer d'assurance chaque année, à la date anniversaire de l'offre de prêt.
La marche à suivre pour changer d'assurance emprunteur
- 1 Comparer les offres pour obtenir plusieurs devis personnalisés ;
- 2 Choisir le contrat le plus avantageux et y souscrire ;
- 3 Envoyer les conditions générales de votre nouveau contrat ainsi qu'une demande de résiliation à la banque pour qu'elle valide l'équivalence des garanties ;
- 4 Attendre l'accord écrit de la banque sous 10 jours ouvrés : pour une assurance groupe, la résiliation est automatique ; pour une assurance individuelle, il faut envoyer cet accord et une lettre de résiliation à la compagnie d'assurance.
Qu'est-ce que l'équivalence des garanties ?
Grâce au principe de l'équivalence des garanties, vous êtes certain d'être aussi bien, voire mieux couvert qu'avec votre ancien contrat. Attention cependant, d'autres critères que le montant de la prime doivent être pris en compte pour trouver le bon contrat :
- les délais de franchise ;
- les délais de carence ;
- les exclusions de garantie.
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