Interdiction du portable à l'école : une loi inutile ?

En décembre dernier, Jean-Michel Blanquer planchait déjà sur la loi pour l'interdiction du téléphone portable dans les écoles, collèges et lycées. Le texte a été définitivement adopté en fanfare par les députés ce 30 juillet mais est-il vraiment utile ?

Une loi boudée par la plupart des députés

illustration d'une cour de récréation

Si la loi sur l'interdiction des téléphones portables à l'école a été adoptée à 62 voix contre une, elle n'a pourtant pas fait l'unanimité dans l'hémicycle. Ce sont les voix des élus de la République en Marche, du MoDem et de l'UDI-Agir-Indépendant qui furent les seules à s'exprimer. En effet, les autres partis incluant Les Républicains, mais aussi les Socialistes, les Insoumis et les Communistes se sont abstenus, dénonçant "une opération de communication" pour les uns et "une loi de circonstance pour les autres qui ne va rien changer" pour les autres.

Le secrétaire général du Syndicat National des Personnels de Direction de l’Éducation Nationale (SNPDEN), Philippe Vincent, précisait quant à lui peu de temps après la publication du texte "qu'il leur semblait que l’écriture de l’article précédent du Code de l’éducation leur permettait déjà de régler la situation ou réduire de manière notable l’utilisation du portable au collège". Cette loi faisait partie des promesses d'Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle, il a donc décidé de l'honorer très rapidement.

Ce qui dit la loi sur l'interdiction du téléphone portable à l'école

Comme le précise Philippe Vincent précédemment, cette mesure existe déjà depuis le 12 juillet 2010. Il n'y en effet pas de grand changement par rapport à ce qu'indiquait l'article L511-5 inscrit au Code de l'Education, à savoir que :
Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l'utilisation durant toute activité d'enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d'un téléphone mobile est interdite." Selon une étude effectuée par l'Education Nationale, déjà la moitié des collèges ont ajouté cette mesure au règlement intérieur.

Aujourd'hui, la proposition de loi vient préciser que l'usage du téléphone portable sera interdit dans l'enceinte de l'établissement scolaire sauf dans des cas pédagogiques prévus par des professionnels de la santé des élèves, les enseignants ou encore les surveillants. De plus, le texte explique que le mobile sera aussi prohibé dans les cours de récréation. Une mesure que les élèves interrogés se disent aisément prêts à déroger. Cependant, les élèves peuvent garder leur téléphone éteint dans leur sac et l'allumer dès les grilles de l'établissement franchies.

Info en + :Le règlement intérieur d'une école, d'un collège ou d'un lycée, d'après l'Education nationale, est élaboré par le directeur de l'établissement en fonction du règlement départemental et des règles présentes dans le Code de l'Education. Le texte est ensuite examiné puis voté par le conseil de l'établissement. Il est mis à jour en cas de besoin, comme pour l'arrivée d'une nouvelle loi sur l'éducation, un nouveau plan Vigipirate etc.

Une loi difficile à mettre en place

Coup de théâtre, la députée Cathy Racon-Bouzon de la République en Marche proposait aussi un amendement à cette proposition de loi afin d'encadrer l'usage du portable pour les enseignants, à titre d'exemplarité. Cette idée a provoqué un vent de dénonciations de la part des syndicats d'enseignants et des associations, soulignant le manque de sécurité et de responsabilités que la suspension de ces appareils pourraient engendrer.

Illustration de sacs d'argent

Cet amendement a finalement été retiré car les députés ont considéré que le texte serait suffisamment compliqué à mettre en place : notamment pour récolter ces fameux téléphones portables. Les enseignants ne sont pas mandatés pour forcer un élève à le leur donner en arrivant en classe. Les plus rebelles pourront donc très bien les cacher, à leurs risques et périls. S'ils se font remarquer en train d'écrire un texto à leur dulcinée, l'établissement pourra prendre les sanctions qui s'en suivent : avertissements, renvoi temporaire éventuel... Rien de nouveau puisque ces sanctions étaient déjà mentionnées dans le règlement intérieur de nombreux établissements scolaires.

Une autre question pose problème, celle des outils pour stocker les mobiles. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a parlé de la mise en place de casiers mais certains députés, comme Les Républicains, se demandent qui va les financer et si l'argent public doit être utilisé pour de telles dépenses. Plusieurs millions de casiers sont en effet nécessaires, ce qui semble énorme. Le ministre a promis pour ce faire de rendre public un vademecum, autrement dit un document écrit et dit "utile" pour les enseignants sur l'ensemble des nouvelles dispositions, juste avant la rentrée des classes.

La loi sur l'interdiction du portable : une évolution vers l'ère numérique

Un passage important et nouveau de la loi est celui de l'utilisation du portable "à des fins pédagogiques", donc si l'instituteur(trice) ou le professeur(e) en a besoin pour un cours spécifique par exemple. Dans certains pays de l'Union Européenne, comme en Finlande ou au Luxembourg, l'utilisation des iPad et ordinateurs, et bien sûr du wifi sont monnaie courante à l'heure où le numérique prend de plus en plus de place dans nos vies. En France, à part dans les classes des cours de "technologie" ou "d'informatique", il n'était pas pensable de voir des outils digitaux utilisés à des fins scolaires.

Mais peut-être que ce "bout" de loi est le début d'une évolution vers le numérique dans les écoles. Un collège dans le Bas-Rhin a ouvert la voie en 2017, 280 élèves pouvaient utiliser leur téléphone portable comme bon leur semblait, dans un objectif pédagogique. Une enseignante de cet établissement explique d'ailleurs que lorsqu'un élève reçoit un texto, elle le laisse répondre : « si cela ne leur prend que quelques secondes pour regarder ce dont il s'agit, ce n'est pas un problème. C'est aux élèves de gérer leur téléphone, cela fait partie de leur apprentissage de l'autonomie». Pour elle, il s'agit avant tout d'une question d'abus, pas sûr que les élèves soient tous aussi sages.

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