Ces animaux qui produisent leur propre électricité !

ornithorynque

Alors que tous les moyens de production d'électricité sont passés au crible, il est à noter que la nature conserve toujours une longueur d’avance. En effet, parmi les “générateurs d’électricité”, on peut toujours compter sur nos amies les bêtes. Rien de surnaturel, seulement une poignée d'animaux électrogènes, dont le corps est capable de générer ou de détecter de l'électricité. Tour d’horizon de cette faune… Survoltée.


Des cellules génératrices d’électricité

De la médecine en passant par la biologie, ce phénomène appelé “électrogenèse” fait l’objet de toutes les attentions. En effet, il existe une série d'animaux capables d'émettre, mais aussi de percevoir un courant électrique à partir d’éléments étonnants. Des facultés qui pourraient s’avérer on ne peut plus utiles au cœur de nos sociétés humaines.

Dans la majorité des cas, cette énergie peut être produite grâce à un organe électrique ou tout simplement par des cellules dont disposent les animaux et que l’on appelle des “électrolytes”. Parmi ces animaux, certains sont par ailleurs capables d’envoyer des décharges électriques d’une étonnante puissance. Toutefois, cette puissance électrique - aussi impressionnante soit-elle - demeure mesurée, et inexploitable par l'homme.

L’électricité produite par ces animaux leur est notamment utile à survivre au cœur de leurs environnements naturels, à se nourrir, se défendre ou parfois tout simplement à s'orienter. Cette autonomie électrique animale fascine néanmoins la communauté scientifique. À tel point que ces mécanismes ont été étudiés par la médecine, afin de réutiliser certains procédés innés, en vue par exemple de soigner quelques maladies neurodégénératives.

Quels sont les animaux qui génèrent le plus d'électricité ?

L’anguille électrique, l’animal le plus redouté

L' eau - et surtout l'eau douce - abrite la plupart de ces espèces particulières. 350 espèces de poissons sont en effet capables de produire de l’électricité. Parmi elles, on trouve l’animal qui en produit le plus et surtout, le plus connu. Il s’agit de l’inénarrable anguille électrique. Elle peut générer une charge très importante, qui peut s’avérer mortelle pour ses adversaires. Une espèce d’anguille en particulier peut aller jusqu’à une puissance de 900 volts.

Cette électricité lui permet entre autres de se défendre face à ses adversaires ou encore d’étourdir ses proies. L’anguille utilise les électrolytes situées à l’arrière de son corps, qui peuvent représenter jusqu’à 80 % de sa masse. Elle dispose de trois organes spécifiques contenant ces cellules électriques.

Pour Kenneth Catania, biologiste, neuroscientifique et professeur à l'Université de Nashville, qui a étudié ces animaux, les décharges électriques à haute tension générées par les anguilles présentent un système “étrangement similaire à un taser”.

Les raies torpilles, lâchent des décharges si on les approche trop

Parmi les animaux aux propriétés pour le moins fascinantes, on peut également citer les raies torpilles, qui recourent elles aussi aux décharges électriques, pour s’en prendre aux quelques intrus qui dérangeraient son périple sous les eaux. On trouve notamment la raie torpille de la mer du Nord jusqu’aux rivages de la côte sud-ouest africaine.

Elle dispose de cellules musculaires qui ont évolué en électrolytes. Ces cellules permettent de générer des pics d’électricité pouvant atteindre jusqu’à 230 volts, soit la tension émise par une prise électrique. De quoi craindre une décharge impromptue. On compte environ 69 espèces de raies capables de produire de l’énergie, dont l’intensité varie en fonction de la taille.

Les poissons-chats d’Afrique partent en chasse

Toujours en Afrique, on peut également tomber nez à nez avec des poissons-chats de la famille des Malapteruridae - évoluant en eaux douces - aux propriétés électriques. On compte en effet pas moins de 19 espèces de poissons-chats capables d’émettre des décharges électriques, dont la puissance peut atteindre parfois jusqu'à 350 volts.

Cette charge est produite par un organe électrique, appelé électrocyte ou électroplaque, qu’ils activent lorsqu’ils chassent leurs proies. Il s’agit également d’un moyen efficace pour étourdir celles-ci avant de les saisir.

Il est à noter que ces poissons d’un genre particulier auraient été utilisés en Egypte ou en Grèce notamment, en vue de traiter l’arthrite ou certaines paralysies. En effet, le pouvoir anesthésiant et stimulant de ces décharges électriques puissantes aurait été longtemps considéré comme thérapeutique, à en croire certains traités antiques.

Le poisson-éléphant qui navigue en eaux troubles

Le Mormyridé, ou poisson-éléphant, dispose également d’un attribut qui génère du courant électrique. On le trouve dans les cours d’eau d’Afrique de l’Ouest. Ce poisson dispose également d’un organe électrique qui se présente sous la forme d’une petite “trompe” au niveau de la bouche, d’où son surnom. Mais cette fois, il ne sert pas à étourdir ses proies mais l’aide principalement à se déplacer dans l’eau, ce que l’on peut donc appeler une faculté électro-réceptive.

En somme, cet organe électrique lui sert de GPS au cœur des eaux troubles d’Afrique de l’Ouest. En effet, il arrive à émettre une petite tension éclectrique sans danfer, qui permet de communiquer et de localiser les espaces.

Le gecko : le lézard qui utilise l’électricité pour se déplacer

Le gecko est un lézard fascinant, capable d’adhérer à toutes les surfaces, mais également de s’y déplacer à des vitesses atteignant plusieurs m.s-1. Tête en haut ou tête en bas. Cette faculté enviable - et qui fascine depuis longtemps la communauté scientifique - aurait pour origine un procédé étonnant et unique : le gecko dispose de poils microscopiques très denses sous les pattes que l’on appelle “setæ” (ou seta au singulier). Ces poils parviendraient à échanger des charges électriques avec la surface sur laquelle la patte se pose. Le phénomène permettrait alors de générer une attraction électrostatique à l’origine d’une puissante adhérence, sur tous types de parois.

Ce processus relève de ce que l’on appelle les forces de Van der Waals, en l'honneur du physicien néerlandais Johannes Diderik van der Waals, prix Nobel de physique en 1910. Ces forces correspondent à une interaction électrique d‘intensité faible ayant lieu à courtes distances entre atomes et/ou molécules.

Le frelon oriental

Parmi les “espèces électriques”, le frelon oriental dispose d’une faculté bien particulière. Il est capable de produire de l’électricité à partir du soleil. Il est le seul animal en mesure de réaliser cette prouesse.

Ce sont en tous cas les résultats des travaux de Marian Plotkin, de l’Université de Tel-Aviv, en Israël, et de ses collègues, qui ont élucidé les mécanismes de ce “photovoltaïsme” animal.

Le frelon oriental dispose d’un exosquelette (cuticule) qui attire les rayons du soleil et les transforme en énergie électrique. Il utilise ses tissus marrons pour capter les rayons du soleil et ses cuticules jaunes pour les convertir en électricité, grâce à un processus photochimique.
Si le rendement s’avère faible, le frelon oriental demeure donc - à ce jour - le seul animal “solaire”.

Les animaux qui perçoivent les champs électriques

Il existe également des animaux qui ne produisent pas d'électricité, mais qui la détectent et l’utilisent à des fins de survie. Ces espèces animales sont donc capables d’électroperception ou d’électrolocalisation. Un "sens" leur permettant de déceler l’électricité et de l'utiliser pour se reproduire, s’alimenter, se déplacer ou encore se défendre.

Les abeilles et leur radar électrique

Ces insectes pourtant bien connus recèlent encore leur lot de mystères. Parmi ceux-ci, leur propension à mobiliser l’électricité. Les abeilles - comme les bourdons - utilisent en effet les champs électriques autour des fleurs pour butiner ou encore communiquer avec les membres de leur ruche. Pour ce faire, elles sollicitent leurs poils, grâce auxquels elles sont en mesure de déceler le potentiel de la fleur, en évaluant si elle est "butinable" ou non.

Lorsqu’elles battent des ailes, elles peuvent également générer un champ magnétique autour de la fleur et même changer leur charge électrique durant une centaine de secondes. Leurs essaims sont aussi capables de générer une électricité statique conséquente.

L’ornithorynque et son museau détecteur d’électricité

L’ornithorynque est un animal fascinant à bien des égards. Un bec de canard, une queue de castor, des pattes de loutre, à la fois mammifère et ovipare, autant de caractéristiques qui suffisent à susciter la curiosité. Après l’envoi des premiers spécimens en Europe par les explorateurs, le zoologue anglais Georges Shaw en 1799 avait par ailleurs écrit à son sujet :

“Ce spécimen donne naturellement l’idée d’une préparation trompeuse assemblée par des moyens artificiels.”

À lui-seul, l'ornithorynque pourrait faire l’objet d’une publication. Seulement, il possède une faculté bien particulière cachée dans son bec à laquelle il convient de s’intéresser plus spécifiquement. En effet, pour trouver sa nourriture, il active pas moins de 40 000 capteurs d’électricité, ou électrorécepteurs, disposés sur son bec pour s’orienter vers des lieux où il est sûr de pouvoir se nourrir, puisqu’il détecte le champ électrique généré par la contraction musculaire de ses proies. Cette capacité lui permet de chasser de nuit. Lorsqu’il active ses capteurs d’électricité, il peut mettre en sourdine tous ses autres sens sans être dérangé, puisqu’il devient aveugle sous l’eau.

Les monotrèmes - la famille à laquelle l'ornithorynque appartient sont les seuls mammifères à utiliser l’électrolocalisation pour chasser leurs proies.

Les requins et leurs ampoules

Les requins sont également capables d’utiliser l’électricité à leur avantage. S’ils ne la produisent pas, il sont toutefois en mesure de la repérer. Ce procédé est possible grâce à leurs “ampoules de Lorenzini”, ces récepteurs sensoriels propres aux requins, aux raies ou encore aux chimères, donc à tous les chondrichthyens, ou poissons cartilagineux.

Ces structures détectent les champs électromagnétiques les plus faibles et sont également sensibles aux gradients de température. Ce qui permet au requin de trouver les proies cachées, même celles qui se nichent sous le sable. La position de chaque ampoule est signalée par la présence d'un pore sombre sur la peau de l'animal. Celui-ci marque l'entrée d'un canal rempli de gelée qui mène à une poche tapissée de cellules électroréceptives.

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