EDF cèdera bientôt son titre de premier électricien mondial à un concurrent chinois

Un nouvel acteur de l'énergie va voir le jour en Chine, après la fusion initiée par l'Etat chinois entre le leader national du charbon et la compagnie d’électricité China Guodian. Cette nouvelle entité reléguera EDF au second rang sur la scène mondiale.

L'électricien français est largement détrôné. Jusqu'à présent, EDF était le premier producteur d'électricité au monde avec ses 130 GW de capacités de production (avec une part de 56% provenant du nucléaire). Pourtant, Guodian se vantait déjà d'être devenu le numéro un mondial avec ses 143 GW de capacités installées l'an dernier, selon le site Internet du groupe. Une croissance éclair due à sa forte expansion dans l'éolien qui a poussé le groupe à devenir en quelques années l'un des plus importants développeurs locaux de projets d'énergie éolienne.

Complémentarité en vue de sortir de l'ère du charbon

Frank Yu, consultant du cabinet Wood Mackenzie, estimait début août que cette fusion serait profitable aux deux acteurs chinois, mettant en avant la complémentarité de leurs moyens de production, surtout en cette période où production d'électricité et charbon ne font pas bon ménage, du fait notamment de la volonté de Pékin de réduire drastiquement le recours à ce type de source.

Bloomberg New Energy Finance a pour sa part analysé la structure du mix énergétique du nouvel ensemble, qui sera encore composé à 77% par les capacités de production des centrales à charbon, le solde se répartissant entre l'éolien (14 %), l'hydroélectricité (8 %) et le solaire (1 %). Au final, le mariage permettra une meilleure répartition des risques sur les différents marchés de l'électricité.

La Chine a lancé depuis plusieurs années une stratégie consistant en une réduction du nombre d'entreprises d'Etat, au travers de projets de fusion, en vue de permettre à ses entreprises de consolider leurs finances et d'être ainsi fin prête à conquérir les marchés étrangers. Dans le cadre de cette stratégie, quelques projets ont déjà été initiés, notamment dans le secteur du transport maritime avec la fusion de Cosco et China Shipping, ainsi que dans la sidérurgie, avec celle de Wuhan et Baosteel Iron, alors qu'une récente rumeur fait état d'une probable alliance à venir entre le conglomérat ChemChina et Sinochem, deux poids lourds du secteur chinois de la chimie.

Poids lourds

En Chine, le groupe Shenhua est jusqu'à présent le leader incontesté du charbon. En effet, basé à Shanghai, ce dernier constitue le premier et plus rentable opérateur de mines dans le pays, avec des capacités estimées à 420 millions de tonnes. Louée pour l'efficacité de sa gestion, l'entreprise Shenhua bénéficie d'un mode de fonctionnement original qui allie l'extraction à la production d'énergie, pour près de 83 gigawatts de capacités. Une double casquette qui lui permet d'avoir un modèle économique solide face la variation des cours du charbon : si les prix montent, c'est l'activité d'extraction qui tire les résultats vers le haut, tandis que des prix bas vont bénéficier à son activité de producteur d'énergie.

Pour sa part, Guodian constituait déjà une des têtes d'affiche du secteur de la production d'énergie en Chine, avec ses 143 gigawatts de capacités et la possibilité d'extraire jusqu'à 65 millions de tonnes de charbon à l'année. Les infrastructures de Shenhua vont désormais lui permettre de s’approvisionner à bien meilleur coût.

Adéquation avec les objectifs environnementaux

Shenhua est par ailleurs confronté à une obligation de diversification ayant pour but l'intégration de plus d'énergies renouvelables. Frank Yu précise que sans fusion, ni acquisition, le groupe de Shanghai ne peut raisonnablement pas atteindre les objectifs gouvernementaux fixés pour 2020.

La fusion avec Guodian et ses 26 gigawatts de capacités éoliennes - avec les 7,4 gigawatts déjà possédées par Shenhua -, devraient permettre au nouvel acteur de respecter les préconisations de Pékin. Sophie Lu, analyste pour Bloomberg Energy Finance, précise qu'il s'agit d'un changement radical pour Shenhua, leader avec le charbon sur un marché désormais libéralisé, alors que l’éolien, le solaire, le nucléaire et l’hydroélectrique sont soumis à des tarifs garantis du fait des nouvelles régulations.

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