Réseau 5G : Huawei exclu de plusieurs pays pour soupçons d'espionnage

L'arrivée de la 5G provoque à la fois fascination, promesses d'innovations mais aussi certaines réticences vis-à-vis des acteurs. Dans le collimateur des pays en course pour la 5G se trouve Huawei, le dragon chinois de la construction de smartphones et fournisseur de réseaux télécoms. En cause ? Des méfiances sur la cyber-sécurité de la part du fabricant chinois et plus haut, des soupçons d'espionnage de la Chine. Explications.

5G : l'Allemagne prête à suivre l'Australie pour bloquer Huawei

L'Allemagne serait le premier Etat membre de l'Union Européenne (UE) a vouloir empêcher Huawei d'entrer dans le marché de la 5G sur son territoire. Selon l'agence de presse anglaise Reuters, de hauts responsables allemands ont expliqué que la 5G de Huawei pouvait constituer un risque important pour la sécurité nationale.

Dessin de la 5G

Un appel d'offres devrait normalement avoir lieu en Allemagne début 2019 afin d'attirer plus de fournisseurs de réseau non-asiatiques. Parmi les entreprises en lice, on retrouve l'entreprise historique finlandaise Nokia qui s'est lancée sérieusement dans cette cinquième génération de réseau mobile ou encore la société suédoise de télécommunications Ericsson. En août dernier, pour des raisons de sécurité, l'Australie avait choisi sans autre forme de procès de retirer Huawei et ZTE (autre important constructeur chinois de smartphones et de réseaux télécoms) du déploiement de la 5G. Une décision qui a pu surprendre puisque cela faisait une quinzaine d'années que Huawei leur fournissait des infrastructures de réseaux mobile.

Camberra reproche au géant chinois d'éventuelles manœuvres d'espionnage avec la Chine, à travers Huawei et sa 5G. Autrement dit, l'empire du Milieu pourrait avoir la volonté de se procurer des informations précieuses sur les autres pays, notamment pour étendre leur influence économique. A ce jour, il est impossible de savoir si ces informations sont fondées ou non mais le gouvernement australien a préféré la prudence en considérant les risques potentiels. D'après des propos rapportés par le magazine économique Challenges, le ministre de l'Intérieur australien, Scott Morrison, et le ministre des Communications, Mitch Fifield, estiment :

Qu'il n'y a pas de combinaison de contrôles techniques de sécurité suffisants pour permettre d'atténuer suffisamment (les risques liées aux infrastructures de Huawei, ndlr)

Ce n'est pas la première fois que l'Australie barre la route de Huawei. En 2012, le pays avait déjà interdit au fabricant d'installer des câbles de fibre optique sous-marins dans le Pacifique.

Les Etats-Unis mettent eux aussi en garde contre les infrastructures 5G de Huawei

De l'autre côté de l'Atlantique, alors que les Etats-Unis étaient encore aux mains de Barack Obama, les infrastructures télécoms de Huawei avaient déjà été bannies du territoire américain. En 2018, c'est Donald Trump qui a décidé de boycotter les smartphones du constructeur asiatique.

Le Président américain a renchéri il y a quelques jours contre les risques d'une trop grande influence chinoise sur le développement de la 5G. Non seulement les Américains ne souhaitent pas que Huawei s'installe chez eux mais ils mettent en garde également les pays alliés : l'Allemagne, le Japon, l'Italie et la France.

Nokia, élève modèle pour la 5G ?Pour l'instant, les Etats-Unis se sont tournés vers Nokia, la compagnie de télécoms T-mobile et la société finlandaise ont en effet signé un contrat de 3,5 milliards de dollars le 31 juillet dernier pour construire et déployer la 5G. L'Union européenne a de son côté prêté 500 millions d'euros à Nokia pour développer la 5G.

En Europe, les choix ne sont pas tout à fait arrêtés mais des appels d'offres, à l'instar de l'Allemagne, devraient se dérouler courant 2019 pour savoir à qui sera attribuée la construction du matériel de la 5G : Samsung, Huawei, ZTE, Nokia ou encore Ericsson. Dans l'Hexagone, sous l'impulsion de l'UE, de l'Arcep et de la feuille de route émise par le ministère de l'Economie en juillet dernier, les opérateurs SFR, Orange, Bouygues Telecom et Free commencent à investir doucement mais sûrement dans de nombreux tests. Pour l'instant, ils se font en grande partie par l'intermédiaire de boîtiers 5G fournis par Huawei.

Accusations d'espionnage et 5G : Huawei se défend

Pour sa défense, notamment face à l'interdiction de l'Australie, Huawei a déclaré sur Twitter que les soupçons d'espionnage à leur encontre ainsi que la fragilité de leurs infrastructures 5G en termes de cyber-sécurité étaient infondés. Les représentants ont ajouté que Huawei est une entreprise privée et donc complètement indépendante du pouvoir chinois.

Photo de Huawei au Mobile World Congress de Barcelone
Huawei au World Mobile Congress de Barcelone en 2017. Crédit : Huawei

Dans un but pacificateur, d'après les informations recueillies par Reuters, Huawei a inauguré le 16 novembre dernier, un laboratoire de sécurité informatique voué, entre autres missions, à travailler avec l’Office fédéral de la sécurité des technologies de l’information (BSI), dépendant du ministère fédéral allemand de l’intérieur.

Reste à savoir si ces mesures réussiront à rassurer les pays sceptiques. Rien est moins sûr mais cela n'empêche pas le fabricant de continuer son ascension vers la 5G, dans son pays de naissance d'une part qui sera sans doute le premier équipé mondialement mais aussi sur le continent africain. L'Algérie participe déjà à des tests en collaboration avec Huawei et pourrait bien être un des premiers pays du continuent à profiter des innovations de la 5G.

Petite chronologie utile de Huawei (sources Wikipédia) :

  • L'entreprise a été créée en 1987 dans la ville chinoise Shenzhen. En 2003, Huawei installe des bureaux en France.
  • Le 28 septembre 2007, les soupçons commencent. Huawei Technologies et la société américaine Bain Capital tentent de racheter ensemble le fabricant d'équipements réseau américain 3Com pour un montant de 2,2 milliards de dollars mais le projet est abandonné. Les Etats-Unis accusent la Chine de cyber-espionnage international.
  • En 2009, Huawei installe le premier réseau européen LTE pour l’opérateur norvégien Teliasonera (aujourd'hui Telia Company) à Oslo.
  • Parallèlement, la même année, Huawei commence à fabriquer et à commercialiser ses propres smartphones sous Android qui cartonnent en Chine.
  • En 2010, Huawei devient le deuxième fournisseur mondial en réseaux télécommunications, derrière Ericsson et devant Nokia, Siemens Networks, Alcatel-Lucent, Cisco Systems et ZTE.
  • Toujours en 2010, Huawei réalise 65 % de son chiffre d'affaires par an à l'export, soit 27,36 milliards de dollars.
  • En 2013, 70 % du chiffre d'affaires de Huawei est réalisé à l'international, excepté les Etats-Unis, leur grande déception.
  • En avril 2018, Huawei déclare au journal américain Forbes ne plus vouloir s’implanter aux Etats-Unis. Ils ont expliqué que leur position faisait suite aux réticences du président Donald Trump vis-à-vis de la croissance de l'étendue économique chinoise dans le monde et des failles de la cyber-sécurité liée à leurs infrastructures commercialisées à l'international.
  • En 2018, Huawei est exclu du marché australien pour le développement de la 5G.
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