Hydrogène blanc : la France à deux doigts de la révolution énergétique ?

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Début décembre et pour la première fois en France, le gouvernement a autorisé un projet de recherches d'hydrogène blanc. Ce combustible naturellement présent dans le sous-sol pourrait largement participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'industrie et des transports. On vous en dit plus.

L’hydrogène blanc : du mythe à la réalité ?

C’est dans les souterrains du bassin minier du puits Folschviller, en Moselle, qu’une gigantesque réserve d'hydrogène blanc a été découverte. La plus grande jamais dévoilée à ce jour. Jusqu’à récemment, cette ressource faisait pourtant presque figure de mythe dans le paysage énergétique Français, en témoignent d’ailleurs les déclarations d’une des figures de proue du secteur, Jean-Marc Jancovici qui, quelques mois auparavant, balayait d’un revers de manche ce fantasme d’un gaz décarboné et renouvelable, à la “formation très lente”, et présent en quantités “très faibles”, selon lui. Pour l’ingénieur, à peine de quoi assurer le fonctionnement de “quelques bus à Strasbourg”, affirmait-il, non sans un brun de sarcasme, sur le plateau de Thinkerview en septembre dernier. Une position loin d’être isolée toutefois, puisque dans son rapport sur “Le futur de l’hydrogène” publié en 2019, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) ne prenait même pas la peine de faire mention de la ressource qui attire aujourd’hui toutes les convoitises, aussi bien en France qu’à l’international.

 

Changement de paradigme à l’aube de 2024, puisqu’à en croire les travaux menés par de nombreux géologues, non seulement, le fameux hydrogène blanc - ou hydrogène naturel - existerait, mais il semblerait en plus qu’il soit produit continuellement par la Terre et en grande quantité. Il ne faudrait donc plus parler de réserve, comme pour les énergies fossiles déjà bien connues, mais bel et bien de flux.

Retour en Moselle, donc, où les experts auraient découvert une source continue d’hydrogène estimée à pas moins de 46 millions de tonnes. Suffisamment donc pour couvrir les besoins de la France à horizon 2050, estimés à environ 3 millions de tonnes par an par le cabinet Asterès. De quoi faire de l'Hexagone “un des pays pionniers dans cette énergie du futur”, a assuré Emmanuel Macron après avoir annoncé des “financements massifs pour explorer le potentiel d’hydrogène naturel”. Un parcours jalonné d’incertitudes, mais qui pourrait néanmoins représenter un progrès de taille si les premières hypothèses venaient à se confirmer.

La ressource de l’avenir ?

Pour atteindre ses objectifs de transition énergétique, l’Hexagone s’intéresse de très près à la production et à l’utilisation de l’hydrogène bas-carbone et renouvelable. S’il est à ce jour essentiellement mobilisé dans le secteur de la chimie ou celui du raffinage, selon l’IFP Energies nouvelles (IFPEN), il pourrait toutefois participer “à décarboner certains secteurs industriels, assurer le stockage de l’électricité ou alimenter le secteur des transports”. Dans un dossier publié en février 2023, l'État présentait d’ailleurs ce composant comme la “clé de voûte de la décarbonation de l'industrie”, utilisable “en substitution au charbon et au gaz naturel dans de nombreux procédés industriels”.

Si cette ressource est donc particulièrement convoitée pour le potentiel de décarbonation qu’elle offre aux industries et à la mobilité, elle se heurte toutefois à de nombreux freins, à commencer par ses modes de production. À ce jour, 95 % de l'hydrogène produit est en effet fabriqué à partir d’hydrocarbures, via un processus largement émetteur de CO2, l’un des plus importants gaz à effet de serre (c’est ce que l’on appelle l’hydrogène gris). Tout l’inverse de l’effet escompté, donc. Une autre méthode consiste à procéder à l’électrolyse de l'eau. Beaucoup plus coûteux et mobilisant de nombreuses ressources, ce procédé attire toutefois la convoitise du Gouvernement, qui lui a alloué une enveloppe de de 9 milliards d'euros pour l’horizon 2030.

La route semble donc encore longue et sinueuse pour produire un hydrogène peu coûteux et respectueux de l’environnement. En ce sens, l’hydrogène blanc représente une source d’espoir inestimable. Naturellement présent dans les sols et probablement renouvelable (l'hypothèse restant à confirmer), sa production ne s'accompagne d'aucune émission de dioxyde de carbone.

Si les hypothèses avancées jusqu’alors venaient à se confirmer, il se pourrait bien que la France entre dans une nouvelle ère énergétique dans les années à venir. Le gouvernement vient quant à lui de donner de nouveaux détails sur la révision de sa stratégie hydrogène, via un document publié sur le site du Ministère de la Transition Energétique, le 19 décembre dernier et faisant écho aux annonces du Président de la république. Dans le cadre de France 2030, l’État entend ainsi lancer une “étude exploratoire sur l’hydrogène naturel”, afin d’évaluer d’ici à 2025 les potentiels d’extraction en France, mais également les intérêts économiques et impacts environnementaux. Affaire à suivre, donc.

De plus en plus de chercheurs sont convaincus que l’hydrogène blanc sera la prochaine source d’énergie majeure, capable de faire pivoter en une décennie l’industrie fossile vers cette nouvelle ressource, parfaitement écolo. Vu la ruée actuelle, on y verra plus clair, assez vite. Et cela pourrait être une des rares vraies bonnes nouvelles que la planète nous envoie depuis quelques temps.

Hervé Poirier, rédacteur en chef au magazine Epsiloon, interrogé par FranceInfo

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