L'innovation technologique peut-elle nous sortir de la crise écologique ?

L’innovation technologique peut-elle nous aider à lutter contre la crise écologique ? Si certains en font une solution miracle, d’autres sont plus sceptiques. Alors, qu’en penser ? Cela peut paraître paradoxal, mais il est essentiel de prendre le temps de la réflexion face à l’urgence de notre époque, et ce pour pouvoir agir rapidement et protéger notre planète. Autrement dit, protéger notre futur.

Catastrophe écologique : des chiffres alarmants et des questions en suspens

Face à l’urgence écologique, nombreuses sont les personnes à se tourner vers l’innovation technologique pour trouver des solutions. Les menaces sont désormais clairement identifiées, et certaines conséquences se font déjà ressentir. Car le réchauffement de la planète s’accompagne de bien d’autres problèmes, tels que l’anéantissement progressif et rapide de la biodiversité par exemple.

D’après le Fonds mondial pour la nature – plus connu sous le nom de WWF –, 60 % des populations d’animaux sauvages perdues en 40 ans. Le rapport estimait que « nous sommes face à une accélération sans précédent de la pression exercée par l’Homme sur les écosystèmes : la demande en ressources naturelles tout comme en énergie explose. L’empreinte écologique mondiale, qui mesure l’impact des activités humaines sur les ressources naturelles, a doublé en un demi-siècle ». On peut ajouter à cela la pollution de l’air, qui selon une étude récente du European Heart Journal aurait tué 8,8 millions de personnes dans le monde chaque année, ou même l’acidification des océans, lesquels ont absorbé à peu près un quart des gaz à effet de serre produits par l’être humain.


De nos jours, l’urgence écologique concerne tout le monde.

Ces exemples ne reflètent qu’une partie des conséquences de la crise climatiques, car celles-ci sont nombreuses. Des études et des prévisions ne cessent d’être publiées ces derniers mois, sans que l’on sache exactement par où commencer. Les enjeux sont considérables et complexes, et il semble parfois difficile d’y voir clair. En revanche, on sait de manière certaine qu’un changement radical de notre mode de vie est nécessaire si l’on souhaite échapper au pire. Chose qui a été encore rappelée durant le Sommet de la jeunesse pour le climat le 21 septembre 2019. Pour l’activiste argentin Bruno Rodriguez, les dirigeants du monde « ont l’obligation de faire des changements radicaux », notamment dans notre manière de consommer et de produire.

Les propositions pour lutter contre la crise écologique sont multiples. Et la réponse qui revient le plus souvent est évidemment celle de l’innovation technologique. Mais celle-ci constitue-t-elle un remède miracle de l’ère moderne ou un mirage animé par le désespoir ?

Environnement l’écodomotique, c’est quoi ?La question de l’écologie et de son rapport à la technologie n’est pas nouvelle. Dans le domaine domotique, tout un pan du secteur est d’ailleurs dédié à l’environnement : l’écodomotique. Pour autant, si certains des objets connectés permettant une utilisation plus écoresponsable au quotidien ont prouvé leur utilité, leur déploiement n’est pas à ce jour suffisant pour être parfaitement efficace.

Environnement : comment changer notre rapport à la technologie ?


Comment sortir du modèle actuel de surconsommation ?

Il n’y a aucun doute possible : la technologie, et plus particulièrement la domotique, nous facilite l’existence. C’est là le principe même de l’innovation, laquelle vient au fil des époques améliorer notre qualité de vie. Depuis plusieurs années, l’Internet des objets a fait une entrée fulgurante dans le quotidien de monsieur et madame tout le monde, de l’enceinte connectée type Google Home, Amazon Echo ou HomePod, au thermostat intelligent permettant d’automatiser son chauffage et de faire des économies, en passant par les bracelets connectés offrant un suivi santé ou même des fours intelligents à contrôle vocal. Preuve de cette démocratisation, rien qu’en France, on estime qu’il y aurait 3,2 millions d’utilisateurs d’assistants vocaux.

Et le recours à la domotique, aux algorithmes et à l’intelligence artificielle – ou IA – est loin de se limiter à la maison connectée ou aux wearables. La technologie est aussi omniprésente dans nos infrastructures, nos services. Elle est partout. Et comment, alors, concilier le fait que l’innovation technologique passée est également à la source de la catastrophe écologique que nous vivons aujourd’hui ? Peut-elle être le problème et la solution en même temps ?

La réponse n’est certainement pas simple. Elle est à l’image de notre monde moderne : complexe, opaque, multiple. La question n’est peut-être pas tant de savoir si l’innovation technologique peut nous sauver, que de savoir ce que l’on veut en faire à l’avenir. Car le cœur du problème se situe sans doute ici : l’innovation peut être aussi dévastatrice que bénéfique, tout dépend de ce que l’on en fait. Dans le système de surconsommation et de course à la croissance qui est le nôtre, l’impact est négatif. On le sait aujourd’hui. Et cela continue d’être le cas, puisque la technologie est surtout utilisée de nos jours pour perpétuer ce modèle, voire pour le renforcer. Selon l’ingénieur et chercheur François Briens, « ce que nous offrent les “solutions” high-tech, c’est surtout une diversification, un élargissement de l’éventail des nuisances, des risques et des impacts environnementaux – entre lesquels l’arbitrage devient chaque jour plus délicat, à mesure que se renforce le caractère multidimensionnel, global et systémique de la crise écologique », explique-t-il dans une tribune sur Reporterre.

Mais qu’en serait-il si nous avions, à l’échelle mondiale, une utilisation éthique, morale et conscientisée de la technologie ? L’intelligence artificielle, la robotique, le big data, les algorithmes, la nanotechnologie et la domotique ne sont pas les grands méchants de l’histoire si on les utilise à des fins vertueuses. Les exemples sont multiples : ils permettent par exemple de mieux consommer, de produire des énergies dites propres et renouvelables, d’éliminer des emplois avec une grande pénibilité pour les travailleurs par l’automation des tâches les plus astreignantes.

Mais l’innovation ne peut être la seule et unique réponse. Face à des problématiques complexes, les solutions ne peuvent être simples. La crise écologique est plus rapide qu’anticipée par les spécialistes, et toutes les prédictions de ces dernières années ont largement été dépassées. De fait, la technologie, bien que mouvante et rapide, n’ira certainement pas assez vite pour résoudre les problèmes actuels et à venir. Pour les auteurs de Regards sur la Terre 2014: Dossier : Les promesses de l’innovation durable, « l’enjeu pour la puissance publique n’est pas de déployer tous azimuts une solution sociotechnique préalablement choisie, mais plutôt de mettre en œuvre des institutions et une multitude de politiques publiques qui donnent une direction, celle du développement durable, et de coconstruire, avec une pluralité d’acteurs, un assemblage inédit de solutions, tant dans un souci d’efficacité que pour répondre à la demande sociale et environnementale » (p. 131). Ce n’est donc que par une transformation radicale et commune, dans toutes les sphères de la société, que l’on peut espérer un avenir meilleur.

Écologie : le réveil des consciences ?Fin septembre 2019, des Marches des jeunes pour le climat ont eu lieu sur l'ensemble du globe. Les premiers à avoir manifesté sont les jeunes du Pacifique et d’Australie, suivis par les Sud-africains. En tout, c’était quelque 5 000 actions mises en place partout dans le monde. Rien qu’à Paris, 9 400 personnes ont défilé dans les rues.

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