Banque éthique : définition et classement

Qu’est-ce-qu’une banque éthique ? De plus en plus d’établissements bancaires proposent aujourd’hui une alternative à leurs clients souhaitant participer au développement de l’économie sociale et solidaire. Qui sont ces acteurs et quelles sont leurs caractéristiques ?

Qu’est-ce-qu’une Banque Ethique ?

Banque éthique : définition

environnement
Les banques éthiques investissent dans des projets culturels, sociaux et environnementaux.

Une banque éthique se définit comme un établissement financier ayant vocation à oeuvrer pour le “bien commun” plutôt qu’à chercher uniquement à maximiser son profit, en investissant les fonds qu’il récolte par son activité dans des “projets culturels, sociaux et environnementaux”. C’est ainsi que la FEBEA (Fédération Européenne de Finances et Banques Ethique et Alternatives) définit ce nouveau type d’établissements financiers.

Les banques éthiques sont encore aujourd’hui peu nombreuses, mais font de plus en plus parler d’elles dans le secteur financier.

En effet, ces établissements offrent une alternative par rapport aux banques classiques, à la fois à leurs clients qui veulent savoir où sont investis les fonds qu’ils confient à la banque, ainsi qu’aux entreprises, coopératives ou mutuelles à vocation environnementale ou sociale qui cherchent des financements.

Banque éthique : comment ça fonctionne ?

En pratique, la banque éthique propose à ses clients des comptes, produits d’épargne ou crédits ayant un impact culturel, social ou environnemental positif. Les fonds déposés et une partie des bénéfices liés à son activité sont investis dans des projets s’inscrivant en général dans l'Économie Sociale et Solidaire.

Le rôle de ces établissement bancaires est donc particulièrement important pour les coopératives, associations ou mutuelles ou encore certaines PME qui cherchent à développer ce type d’initiatives et qui peinent souvent à trouver des financements auprès des banques classiques.

Le fonctionnement d’une banque éthique est donc basé sur la transparence de sa relation avec ses clients. Ces derniers sont très responsabilisés par rapport à une banque classique et savent exactement à quoi servent leurs fonds, et peuvent souvent même choisir entre plusieurs projets à vocation sociale, culturelle ou environnementale soutenus par la banque.

agriculture raisonnée
Les clients d'une banque éthique savent où vont leurs fonds.

Cette caractéristique offre un grand avantage aux banques éthiques par rapport aux banques traditionnelle, à l’heure où de plus en plus de scandales d’établissements bancaires ayant financé des projets destructeurs pour l’environnement, comme le financement du secteur du charbon, salissent l’image de ce secteur.

Dans cette optique de responsabilisation de leurs clients, les banques éthiques proposent souvent à leur clients de devenir sociétaires de la banque, comme c’est le cas pour La Nef et Le Crédit Coopératif, c’est-à-dire à la fois client et propriétaires d’une partie de la banque. Cela permet ainsi d’aligner les intérêts de la banque et ceux des ses clients, puisque ces derniers la possèdent.

Banques éthiques : le classement

En France, les initiatives de banques éthiques, bien qu’encore peu nombreuses, commencent à se développer au sein du secteur bancaire.

Les deux “banques éthiques” historiques françaises sont La Nef et Le Crédit Coopératif, mais d’autres établissements financiers traditionnels comme La Banque Postale commencent à suivre ce chemin avec des initiatives ayant un impact positif au niveau culturel, social ou environnemental.

Banques ethiques : les plus connues

La Nef et le Crédit Coopératif sont les deux banques les plus engagées dans une démarche éthique en France. On notera cependant l’avance de La Nef, qui en plus de ne financer que des projets inscrits dans l’Economie Sociale et Solidaire, s’est engagée dans une démarche de transparence totale vis à vis de ses clients.

Si le Crédit Coopératif est moins exclusif dans ses financements et offre une transparence plus limitée, ses efforts restent remarquables par rapport aux autres entreprises du secteur.

La Nef

energie renouvelable
La Nef est le seul établissement a publier la liste des prêts qu'il octroie.

Créée en 1988, La Nef est une coopérative financière qui offre des solutions d’épargne et de crédit permettant de financer des projets utiles d’un point de vue social, écologique et/ou culturel. Elle est considérée comme un Établissement de Crédit Spécialisé et à ce titre agréée et contrôlée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR).

La Nef n’est pas encore aujourd’hui une banque à part entière, mais elle a vocation à le devenir et à proposer à terme les mêmes services que ses concurrentes traditionnelles. Si l’établissement ne proposait au départ que des prêts à long terme, il vise en effet aujourd’hui à accompagner ses clients sur l’ensemble de leur besoins : compte courant, besoin en fond de roulement, crédit, etc.

La Nef a la particularité d’être le seul établissement bancaire en France à publier chaque année, et ce depuis sa création, la liste intégrale des prêts qu’elle octroie grâce aux fonds que lui confient ses sociétaires et épargnants. La banque n’a par ailleurs pas recours aux marchés financiers, et se finance exclusivement grâce aux fonds déposés par ses clients et au capital apporté par ses sociétaires.

Cette volonté de la plus grande transparence vise à inclure les particuliers dans une démarche de développement durable, au travers d’outils financiers de participation citoyenne. C’est cette vision plus durable de la banque qui rassemble les 37 000 sociétaires qu’elle possède aujourd’hui autour de sa devise “Pour que l’argent relie les hommes”.

Ainsi, La Nef a fait le choix de ne pas soutenir le secteur des énergies fossiles, du nucléaire et des agro-carburants, et de ne financer que des projets à impact écologique, culturel et/ou social positif.

Elle offre donc par exemple des prêts aux entreprises dont la démarche s’inscrit dans l’agriculture biologique et paysanne, les énergies renouvelable, le recyclage, les habitats participatifs et écologique ou encore le commerce équitable, mais également des projets tels que la création d’une librairie ou la mise en place d’un espace de coworking.

Le Crédit Coopératif

Le Crédit Coopératif est une banque coopérative française. Fondée en 1893, elle était à l’origine l’outil bancaire des Sociétés Coopératives et Participatives (SCOP) et des associations, coopératives et mutuelles de l'Économie Sociale et Solidaire, mais s’est peu à peu élargie à d’autres formes d’entreprises ainsi qu’aux particuliers.

Le Crédit Coopératif fait partie, avec 14 Banques Populaire et 16 Caisses D’épargne, des filiales de la maison-mère du groupe BPCE, qui est le deuxième groupe bancaire coopératif français. Il s’agit ainsi de la seule banque coopérative à exercer sur toute la France.

Le Crédit Coopératif propose l’ensemble des services bancaires d’une banque classique (compte bancaire, carte bleue, épargne et placement, crédits…), avec la particularité de proposer des produits et services à visée éthique et solidaire, notamment le livret Agir qui reverse automatiquement la moitié des intérêts de l’épargnant à des initiatives écologiques et solidaires.

Par exemple, 99% des financements dédiés au secteur de l’énergie sont consacrés aux énergies renouvelables. La banque accompagne ainsi aujourd’hui plus de 74 000 personnes morales, mutuelles, associations, fondations et institutions ancrées dans l’économie réelle.

La banque appartient toute entière à ses sociétaires, dont 532 sont investis dans toutes les décisions de la banque. Chaque voix de sociétaire a le même poids, quel que soit le nombre de parts détenu dans l’entreprise, c’est-à-dire quel que soit le capital que le sociétaire a apporté au départ.

Chaque sociétaire a ainsi le devoir de participer aux instances de dialogues et de décisions établies par la banque partout en France, au sein des 42 Conseils locaux et des 21 Comités de région.

Quelle banque éthique choisir ?La Nef est ainsi LA banque plébiscitée par les ONG et organismes de contrôle de l’activité des établissements bancaires pour ses engagements sociaux et environnementaux. Sa transparence complète avec ses clients et sociétaires par rapport à ses investissements est unique parmi les établissements bancaires, et en fait un exemple pour les autres banques cherchant à adopter un développement éthique. En revanche, la coopérative a longtemps peiné à devenir une véritable banque et offre encore une gamme de services limitée par rapport aux banques classiques, avec par exemple peu de produits d’épargne et de crédits.
De son côté, le Crédit Coopératif n’affiche pas une transparence totale sur ses investissements malgré un réel effort de privilégier les projets à impact socio-environnemental positif. En contrepartie, en tant que filiale d’un groupe bancaire aguerri, l’offre de produits bancaires du Crédit Coopératif est plus développée et complète.

Les banques “classiques” à initiatives éthiques

Parmi les établissements bancaires classiques, de plus en plus d’entreprises font des efforts pour inscrire leur activité dans une dimension plus éthique. Si leur engagement est loin d’être aussi poussé que celui des deux établissements cités plus haut, on peut noter les efforts intéressants réalisés par certaines d’entre elles.

La banque Postale et sa politique d’accès au plus grand nombre

La Banque Postale est la seule banque en France à qui il a été confié une mission d’accessibilité bancaire reconnue et définie par la loi. En effet la loi de régulation des activités postales fait obligation à cette banque de proposer des produits et services bancaires accessibles au plus grand nombre, notamment le Livret A.

Le Livret A distribué par la Banque Postale possède un certain nombre de spécificités par rapport à celui offert par les autres établissements bancaires. Il est en effet accessible à tous et les opérations bancaires essentielles sur ce livret peuvent être effectuées gratuitement comme par exemple :

  • le retrait et dépôt d’espèces à partir de 1,50 € (au lieu de 10€ pour les Livrets A des établissements bancaires classiques);
  • la réception de virements de prestations sociales versées par les collectivités publiques ou des organismes de sécurité sociale;
  • le prélèvement de l’impôt sur le revenu, des taxes foncières, des quittances d’eau, de gaz ou d’électricité, des loyers dûs aux organismes d’Habitation à Loyer Modéré, etc.;
  • la délivrance de chèque de banque au profit du titulaire du Livret A ou de son représentant légal;
  • les virements sur le compte à vue du titulaire du Livret A, de son représentant légal ou du titulaire d’une procuration sur le livret, quel que soit l’établissement teneur de compte;
  • la mise à disposition d’une carte de retrait utilisable dans les distributeurs automatiques de la Banque Postale.

Ainsi, le Livret A distribué par la Banque Postale peut être utilisé pratiquement par un compte courant, avec possibilité de réaliser des virements, payer des loyers et même de bénéficier d’une carte de retrait. Le fait de rendre ce livret accessible à tous sans conditions de versement, d’épargne ou de revenus en fait donc un produit d’accessibilité bancaire.

Les initiatives d’autres établissements

Selon les ONG qui surveillent l’activité des banques en France, la plupart des autres établissements bancaires français sont très à la traîne du point de vue éthique, et se font régulièrement épingler par les études d’associations comme Oxfam France, qui en 2015 a analysé l’activité bancaire des plus grands groupes français.

entraide
Les ONG mettent souvent en avant le manque d'engagement éthique des grands établissements français.

Ce type d’étude met en évidence le fait que la prise de conscience au travers d’engagements concrets par les établissements français est très loin d’être aujourd’hui au niveau de ce qu’attendent les ONG en France, que ce soit au niveau environnemental, de la fiscalité et de la corruption, des conditions de travail et des droits de l’homme ou encore du commerce des armes.

Au niveau environnemental, on peut noter que le Crédit Agricole est le seul établissement bancaire français classique à évaluer l’impact carbone des projets qu’il finance, même si la banque n’a pas encore développé de politique d’investissement plus respectueuse de l’environnement à long terme. De son côté, le Crédit Mutuel propose des éco-prêts à taux zéro à ses clients cherchant à faire des aménagements afin de réaliser des économies d’énergie.

De manière générale, on observe au sein du milieu bancaire français de plus en plus d’efforts faits de la part des différents acteurs pour se tourner vers des projets d’investissement plus respectueux des populations et de l’environnement. Ces initiatives sont notamment dues à un souci grandissant des clients de ces banques de réduire leur impact environnemental et social.

En revanche, les ONG sont nombreuses à reprocher encore aujourd’hui aux banques françaises leur lenteur de transition vers ce mode de développement plus durable. Selon ces organismes, si de nombreuses initiatives naissent, elles restent isolées par rapport au reste de l’activité des banques, notamment au niveau de leurs financements, et ne suffisent pas à contrebalancer l’impact négatif des projets dans lesquels investissent les banques. Il existerait ainsi encore à l’heure actuelle un gros écart entre la communication des banques et leurs actions réelles.

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