Cambridge Analytica : retour sur le scandale Facebook

Depuis que nous sommes petits, on nous dit de faire attention à ce que l'on met sur le web car ce qui est mis sur Internet restera sur Internet. Ces données personnelles sont une mine d'or que de nombreuses entreprises souhaitent obtenir. C'est le cas de Cambridge Analytica qui a collecté de façon illégale des milliers de données provenant de Facebook. Retour en arrière pour comprendre le scandale Cambridge Analytica - Facebook.

Une affaire vieille de plusieurs années

L'affaire Cambridge Analytica remonte à l'année 2014 lorsque des chercheurs du Centre psychométrique de l'université de Cambridge réussissent à développer une solution pour analyser le profil psychologique d'un utilisateur Facebook par le biais de son activité sur le réseau social grâce aux "likes".

Cette technique intéresse de nombreuses entreprises et notamment Cambridge Analytica. Il s'agit d'un cabinet spécialisé dans les études de consommation et d'opinion politique situé à Londres et créé en 2013. Son activité se base essentiellement sur le marché politique américain.

Aleksandr Kogan
Le Dr Aleksander Kogan

Le cabinet Cambridge Analytica s'est alors rapproché des chercheurs du centre afin de travailler avec eux, mais sans succès. Tous refusent, sauf un. Il s'agit du Docteur Aleksandr Kogan, le professeur russo-américain en psychologie. Fort de son savoir et de celui de ses confrères, Aleksandr Kogan lance sur le marché son application ThisIsYourDigitalLife en juin 2014. Elle propose à de nombreux utilisateurs Facebook d'effectuer des tests psychologiques en accédant à leurs données personnelles présentes sur le réseau social en échange d'une compensation financière. Le Docteur Aleksandr Kogan signale à Facebook que ces données sont collectées dans le cadre d'une étude. Or, le russo-américain collecte les données Facebook pour les revendre au cabinet Cambridge Analytica. La soi-disante étude aurait rassemblé plus de 270 000 personnes. Ainsi les données de ces 270 000 personnes ainsi que de leurs amis ont été récupérées illégalement par le cabinet, pour une somme d'environ 50 millions de dollars en 2014 et 2015, selon le journal The Observer. Facebook connait donc l'une des plus importantes collectes de données illégales de son histoire.

En 2015, le journal The Guardian avait dévoilé les méthodes illégales de Cambridge Analytica. En effet, à l'aide de ces données, Cambridge Analytica a fourni des solutions publicitaires ciblées au camp du Brexit et aux campagnes présidentielles de Donald Trump.

Le réseau social réagit aussitôt en excluant l'application ThisIsYourDigitalLife en cause et demande au cabinet et à Aleksandr Kogan de supprimer l'ensemble des données récoltées illégalement. Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, prend des mesures et les développeurs d'applications se voient restreindre les données accessibles.

Les révélations éclatent grâce à un lanceur d'alerte

Christopher Wylie
Le lanceur d'alerte Christopher Wylie

De nombreux médias anglophones tels que The New York Times et The Guardian ont mené l'enquête sur cette affaire avec l'aide d'un lanceur d'alerte. Il s'agit d'un ancien salarié du cabinet Cambridge Analytica, Christopher Wylie. Le samedi 17 mars 2018, ils informent le monde entier de l'ampleur du scandale en n'oubliant pas de mentionner les 50 millions de dollars récoltés par le cabinet britannique en outrepassant le consentement des utilisateurs.

The New York Times et The Guardian ont révélé que malgré la demande de Facebook en 2015, les serveurs de Cambridge Analytica contiennent encore les données des utilisateurs de Facebook. Le responsable des relations de Facebook avec les entreprises, Sandy Parakilas, en poste au cours des années 2011 et 2012, ajoute que cette affaire n'est peut-être pas la seule.

Une fois que les données quittaient les serveurs de Facebook, il n'y avait plus aucun contrôle, et aucun moyen de savoir ce qu'il se passait.

Récupérer une copie de ses données Facebook Pour récupérer une copie de vos données Facebook, nous vous guidons pas à pas dans notre article sur le sujet.

Des conséquences immédiates pour Facebook

Si Facebook n'a pas donné délibérément les données personnelles de ses utilisateurs à Cambridge Analytica, le réseau social est mis en cause pour la conservation et la protection des données. Il n'aurait également pas vérifié que toutes les données obtenues par Cambridge Analytica et le Docteur Aleksandr Kogan aient été supprimées. En plein dans la tourmente, Facebook connait une crise interne, financière, politique et d'image de marque :

  • Des tensions sont apparues au sommet de la hiérarchie avec le départ prochain du chef de la sécurité du réseau social, Alex Stamos.
  • L'action en bourse de Facebook a chuté de 6,77% ainsi que sa capitalisation boursière (- 60 milliards de dollars).
  • Les procureurs des états de New-York et du Massachusetts ont débuté une enquête judiciaire. Tandis que la Federal Trade Commission (FTC) - l'ARCEP américain - ouvre une enquête à l'encontre de Facebook.
  • En Europe, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a convié Mark Zuckerberg à s'expliquer et promet que les eurodéputés vont enquêter.
  • L'ICO - Information Commissioner's Office - souhaite mener elle-même l'enquête en récupérant les données stockées par Cambridge Analytica. L'ICO correspond à la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) britannique.
  • Sur Twitter, des utilisateurs de Facebook ont lancé une campagne devenue aujourd'hui virale avec le #DeleteFacebook. Ils se sont également retournés contre le réseau social pour avoir accès aux données qui ont été collectées lors de leurs connexions. Dans leurs recherches, ils se sont aperçus que Facebook conserve les historiques des appels et des SMS envoyés et reçus sur les appareils Android. Il ne s'agit pas du contenu mais des dates, heures, patronymes des correspondants et durées des appels. Pourtant, lors de l'installation de Facebook Messenger et Facebook Lite, nous recevons une demande d'autorisation pour se connecter à tel ou tel service.

#DeleteFacebook Brian Acton
Brian Acton, co-fondateur de Whats'App participe au mouvement #DeleteFacebook

Facebook n'est pas le seul

Et oui ... Facebook n'est pas le seul à collecter nos données personnelles. On l'utilise tout le temps pour tout : mail, Internet, GPS, téléchargements d'applications, partager des documents avec d'autres personnes, regarder des vidéos en streaming, ... Il s'agit bien de Google ! Grâce à votre compte Google et à votre smartphone aussi, ce géant du web sait où vous êtes, où vous allez et ce que vous faites à telle heure. Vous êtes curieux de savoir ce que Google sait sur vous ? Connectez-vous à votre compte Google puis, suivez vos déplacements ou vos dernières activités sur votre smartphone et ordinateur.

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