Livret A : pourquoi la méthode de calcul pourrait bientôt changer

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Le Livret A affiche un rendement historiquement bas, compte-tenu de la faiblesse du taux brut par rapport à l'inflation. Faut-il s'attendre à une modification de la méthode de calcul du taux ?

En 2018, le rendement réel du Livret A aura été négatif : les intérêts n’ont pas couvert l’inflation. Une situation qui n’est pas inédite mais à laquelle s’attaquent les associations de consommateurs. Celles-ci demandent le retour à une méthode de calcul du taux du Livret A garantissant que les intérêts couvrent les effets de l’inflation.

Un taux réel historiquement bas

Au cours de la première semaine du mois de janvier, 55 millions de Français ont perçu les intérêts de leur Livret A ou de leur Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS), les deux livrets réglementés les plus populaires. Une récompense bien maigre toutefois : en moyenne, le Livret A a généré 34€ d’intérêts en 2018 (l’encours moyen sur un Livret A étant de 4 574€, rémunérés à 0,75%) et 60% des titulaires d’un Livret A ont touché moins de 11€ d’intérêts

A ces chiffres peu engageants, il faut ajouter l’inflation. Estimée par l’INSEE à 1,8% pour l’année 2018, l’inflation dépasse de plus d’un point le taux de rémunération du Livret A et du LDDS. Le rendement réel de ces livrets est donc négatif ; concrètement, les épargnants perdent en pouvoir d’achat en épargnant sur leur Livret A. Une personne ayant déposé 1 000€ sur son Livret A début 2018 a ainsi touché 7,50€ d’intérêts en janvier 2019, mais l’inflation ayant été de 1,8% sur la même période soit 18€, elle  perd en réalité 10,50€ de pouvoir d’achat.

Effet de l'inflation : perte réelle de pouvoir d'achat sur l'encours
Encours sur Livret A ou LDDS en 2018 Intérêts perçus au 1er janvier 2019 Perte réelle totale*
500 € 3,75 € 5 €
1 000 € 7,50 € 11 €
1 500 € 11,25 € 16 €
2 000 € 15,00 € 21 €
4 000 € 30,00 € 42 €
6 000 € 45,00 € 63 €
10 000 € 75,00 € 105 €
20 000 € 150,00 € 210 €

*Après versement des intérêts.

En soit, la situation n’est pas inédite : le Livret A a affiché un taux réel globalement négatif de 1968 à 1985, avec des écarts entre le taux brut et l’inflation annuelle grimpant jusqu’à 5 points au début des années 1980. La situation actuelle est néanmoins dénoncée par les associations de consommateurs, au premier rang desquelles la CLCV (Association Nationale des Consommateurs et Usagers) qui rappelle qu’à l’échelle de la France, le taux réel négatif du Livret A se traduit par une perte globale de plus de 3 milliards d’Euros de pouvoir d’achat.

Entre ce que nous avons placé voici un an et aujourd’hui, on ne peut plus acheter autant.

Méthodes de calcul et décisions gouvernementales critiquées

Que dénoncent les associations de consommateurs ? La rupture d’une règle tacite autour du Livret A : depuis les années 1980, celui-ci garantit un taux brut a minima égal à l’inflation, donc un rendement réel positif ou nul. Le Livret A protège ainsi l’épargne des Français à défaut de la faire réellement fructifier. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

En 2017, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un nouveau mode de calcul du taux brut du Livret A à partir de 2020. Le taux serait bloqué à 0,75% jusqu’à 2020, soit le taux en vigueur au moment de la décision. Dans un contexte de faible inflation, un taux à 0,75% semblait alors garantir un rendement réel positif ou nul ; mais c’était sans compter sur la reprise de l’inflation à partir d’août 2017.

Comment est calculé le taux du Livret A ?

Le taux brut du Livret A est déterminé par Bercy et le gouverneur de la Banque de France :

  • A partir de 2008, la formule de calcul du taux du Livret A consistait en une moyenne entre l’inflation et les taux d’intérêt à court terme (EONIA et EURIBOR), avec un plancher égal à l’inflation majorée de 0,25 point : le rendement réel était nécessairement positif.
  • En 2016, une nouvelle méthode fut proposée, face aux nombreux problèmes suscités par cette formule. Celle-ci ne fut finalement jamais appliquée.
  • A partir de 2020, la formule sera basée sur une moyenne entre l’inflation et les taux interbancaires, avec un plancher à 0,5% : le taux ne sera donc plus nécessairement supérieur à l’inflation.

Quelles perspectives à l’avenir ?

L’Association nationale des consommateurs et des usagers (CLCV) demande le retour à la méthode de calcul d’avant 2016, qui garantissait un rendement réel positif et protégeait ainsi l’épargne populaire.

Mais l’équation est complexe. Les fonds du Livret A sont en partie alloués au financement du logement social et à la politique de la ville sous forme de crédits. Plus le taux du Livret A est élevé, plus les bailleurs sociaux empruntent à un taux élevé. Un taux élevé pour le Livret A n’avantage donc pas le logement social.

Selon la CLCV cependant, le gel du taux du Livret A et la nouvelle formule de calcul répondent plus à une demande des banques que des bailleurs sociaux. De fait, dans un contexte de taux d’intérêt très bas, le rehaussement du taux du Livret A pénaliserait les banques et le financement de l’économie. Selon le président de la CLCV, François Carlier, les banques sont encore bénéficiaire et auraient donc les moyens de consentir à une hausse des taux du Livret A en plus du gel des tarifs bancaires accepté fin 2018 suite à la crise des “gilets jaunes”.

En outre, il faut tenir compte d’une donnée macroéconomique : l’objectif du gouvernement et de la Banque Centrale Européenne (BCE) est aussi d'aiguiller l’épargne vers des placements de long terme afin de financer l’économie, ce qui implique de rendre le Livret A moins attractif. Or, dans le contexte actuel, le Livret A reste mieux rémunéré que nombre de placements de long terme, pourtant moins liquides et plus risqués - par exemple les obligations d’Etat à 10 ans.

En conclusionLe Livret A se trouve vraisemblablement piégé par les intérêts contradictoires auxquels il est censé répondre (consommateurs, logement social, banques) et par certains enjeux macroéconomiques (réorientation de l’épargne vers des placements de long terme). Aussi vieux que le livret lui-même, le débat entourant la méthode de calcul du taux n’est visiblement pas près de s’arrêter.

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