Elles ressemblent à des lunettes de soleil ordinaires, et une caméra est logée dans la monture. Le régulateur français des données personnelles décrit un contexte de multiplication de ces appareils, et a ouvert en mai un chantier sur leur encadrement. Reste la question la plus concrète : ce que vous pouvez exiger de la personne qui les porte.

Ce que ces lunettes enregistrent, et ce qu'elles gardent

Une paire de lunettes connectées est une monture ordinaire, de vue ou de soleil, avec un micro et une caméra dans le cadre. Elle se relie au téléphone par une application, et la prise de vue se déclenche au doigt ou à la voix.

Ces lunettes ne filment pas en permanence, la captation démarre sur commande. La documentation du principal fabricant précise que les photos et les vidéos restent d'abord stockées dans les lunettes (documentation Meta, juillet 2026). Leur propriétaire choisit ensuite de les importer, ou non. Les images tournées cet été par les joueurs espagnols pendant la célébration du titre mondial ont fait connaître l'objet au grand public.

La différence avec un téléphone tient en une phrase, et c'est celle du régulateur :

les lunettes filment tout ce que leur porteur regarde
CNIL Les lunettes connectées : la CNIL appelle à la vigilance, 11 mai 2026

Dans un sondage mené pour la CNIL fin janvier 2026 auprès de 2 128 personnes, 67 % y voient un risque pour la vie privée. Sur un smartphone, le point vert ou orange en haut de l'écran sert d'avertisseur. Sur une monture, ce rôle revient à une diode de deux millimètres.

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Le petit voyant blanc, et ce qu'il vaut devant un juge

Cette diode blanche se trouve à l'avant de la monture. Le fabricant indique qu'elle clignote brièvement pour une photo et pendant toute la durée d'une vidéo. Il précise aussi qu'elle ne dispose d'aucun interrupteur.

Ce voyant n'est pas un simple témoin technique. L'article 226-1 du code pénal punit la captation d'images dans un lieu privé. Il présume le consentement des personnes filmées « au vu et au su des intéressés sans qu'ils s'y soient opposés ». Un signal visible protège donc aussi celui qui filme.

La CNIL juge toutefois la portée de ces dispositifs limitée, et relève qu'ils sont absents pour certains usages. Deux millimètres se remarquent mal à trois mètres, en plein soleil.

Filmé sans votre accord : ce que vous pouvez exiger

Votre première réaction a une valeur juridique. Dès lors que vous manifestez votre opposition, la présomption de consentement ne joue plus. La suite dépend de ce que la personne fait de ses images.

01

Dites-le sur place

Demandez l'arrêt de l'enregistrement et la suppression de la séquence. Une opposition exprimée devant témoins pèse plus qu'un reproche formulé trois jours après.

02

Réclamez le retrait à l'auteur

Si la vidéo est publiée, écrivez à la personne qui l'a mise en ligne, puis signalez la publication à la plateforme. Gardez copie de vos demandes.

03

Saisissez le juge en urgence

L'article 9 du code civil autorise le juge à ordonner en référé toute mesure faisant cesser une atteinte à la vie privée.

04

Portez plainte si la scène était privée

Logement, vestiaire, cabine d'essayage, salle d'attente : la plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou auprès du procureur.

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Ce que le porteur a le droit de faire, et où cela s'arrête

Filmer dans la rue pour un usage strictement personnel n'est pas interdit. Le droit français ne réprime pas, en soi, la captation d'une scène publique, ni une image de groupe où personne n'est individualisé.

La ligne rouge se situe à la publication. Diffuser l'image d'un tiers reconnaissable sans son accord porte atteinte à son droit à l'image, y compris pour une scène filmée dans la rue. Le régulateur demande de réserver le partage en ligne aux images acceptées par les personnes visibles.

Dans un lieu privé, l'enregistrement lui-même devient un délit. Filmer une personne qui s'y trouve sans son consentement expose à un an d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. La diffusion est punie des mêmes peines. Un appareil connecté renvoie par ailleurs plus de données que prévu, comme le montre le cas des téléviseurs connectés.

Les endroits où il faut éteindre, et le cas des enfants

Les lieux où la caméra n'a rien à faire

Vestiaires, cabines d'essayage, toilettes, salles d'attente et cabinets médicaux relèvent du lieu privé. La CNIL cite d'ailleurs plusieurs d'entre eux parmi les endroits où un fort degré d'intimité est attendu.

Le tribunal ajoute une interdiction propre. L'article 38 ter de la loi du 29 juillet 1881 interdit tout appareil d'enregistrement dès l'ouverture d'une audience. La sanction atteint deux mois d'emprisonnement et 4 500 € d'amende, avec confiscation du matériel.

Le fabricant demande lui-même d'éteindre les lunettes en consultation médicale, en vestiaire, à l'école et dans un lieu de culte. La consigne du régulateur est plus simple : éteignez-les partout où votre téléphone devrait l'être.

Les enfants, un régime à part

L'image d'un mineur reconnaissable ne se diffuse jamais sans l'accord de ses parents, même sur une photo de groupe devant une école. La loi du 19 février 2024 a réécrit l'article 372-1 du code civil. Les parents y protègent en commun le droit à l'image de leur enfant, et l'y associent selon son âge et sa maturité. Le mouvement est celui de l'encadrement des réseaux sociaux avant 15 ans.

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Ce que risque réellement le porteur

Il faut dire les choses sans les noircir. Filmer une rue avec ses lunettes, sans rien publier, n'expose en pratique à aucune poursuite. Le risque naît de deux gestes : la mise en ligne d'un visage reconnaissable, et l'enregistrement là où l'intimité est la règle.

Dans le premier cas, la sanction est d'abord civile : retrait de la publication et dommages-intérêts. Dans le second, la voie est pénale. Un objet légal devient illicite selon l'usage, comme les traceurs Bluetooth glissés dans une valise.

Quant au voyant masqué, il ne constitue pas une infraction à lui seul. Il fait tomber la présomption de consentement, et rend une bonne foi difficile à plaider. Le fabricant a annoncé en juillet que la caméra se désactive quand la diode est masquée, une mise à jour étendant ce blocage aux diodes trafiquées ou détruites. Le signal devient la condition technique de l'enregistrement.

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