Un écran rouge se fige au milieu d'une page web, une alarme sonore se déclenche, et un message annonce que votre ordinateur est infecté. Il ne resterait plus qu'un numéro de support à composer. Ce décor est fabriqué de bout en bout, le numéro appartient aux escrocs, et la sortie tient dans une combinaison de 2 touches.

Les 2 touches qui referment tout, sur Windows comme sur Mac

La page qui vous alarme reste une page web. Elle ne verrouille pas l'ordinateur, elle occupe l'écran et met en scène un blocage. Refermer la fenêtre fait donc disparaître d'un coup le message, l'alarme et le numéro, sans cliquer nulle part dans la page.

Sur Windows, la combinaison est Alt + F4. La page officielle des raccourcis clavier dans Windows ne lui donne qu'un seul effet : fermer la fenêtre active. Le navigateur se referme avec tous ses onglets.

Sur Mac, la combinaison est Commande + Q. La liste officielle des raccourcis clavier du Mac la décrit comme celle qui quitte l'app active, ici le navigateur. Si un message du type « Maintenez Commande + Q pour quitter » s'affiche, gardez les 2 touches enfoncées un instant.

Dans les 2 cas, l'opération prend quelques secondes et ne laisse rien derrière elle : aucun logiciel installé, aucun paiement, aucun numéro composé. Ne restaurez surtout pas la session précédente à la réouverture, sinon la page piégée revient avec elle.

Ces 2 touches supposent que la fenêtre réponde encore. Quand la page ouvre une boîte de dialogue en boucle ou que le navigateur ne réagit plus, il faut monter à 3 touches : Ctrl + Maj + Échap ouvre le gestionnaire des tâches de Windows, où le navigateur se termine avec « Fin de tâche », et Option + Commande + Échap ouvre la fenêtre de fermeture forcée de macOS. La touche Échap seule, elle, ne fait que sortir du plein écran : la page reste ouverte. En dernier recours, la fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr conseille de redémarrer l'ordinateur.

Un écran bloqué, une alarme, un numéro : la mécanique de la peur

La page piège arrive rarement par hasard : régie publicitaire détournée, faux bouton de téléchargement, lien reçu par courriel. Le navigateur bascule en plein écran, un son d'alerte tourne en boucle et le curseur paraît figé.

Le message imite l'interface d'un système d'exploitation connu. Aucun diagnostic n'a pourtant été réalisé : une page web ne peut pas inspecter le contenu de votre disque dur. Le texte est écrit à l'avance, identique pour tous les visiteurs. Une variante récente vous pousse même à taper vous-même la commande piégée, comme le montre notre article sur le faux CAPTCHA ClickFix.

Le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr classe cette fraude au 4e rang des menaces pour les particuliers en 2025, avec 5,9 % des demandes d'assistance et une progression de 39 % en un an.

La variante téléphonique joue sur le même ressort : un appel entrant, un interlocuteur qui se présente comme le service technique d'un grand éditeur de logiciels, une licence expirée à régulariser sans délai. Le support d'un éditeur n'appelle jamais spontanément un particulier.

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Pourquoi le numéro affiché ne doit jamais être rappelé

Composer ce numéro revient à entrer dans un script rodé. L'interlocuteur fait ouvrir l'observateur d'événements de Windows, présente des avertissements parfaitement banals comme des preuves d'infection, puis chiffre un dépannage payant.

L'étape décisive vient ensuite : la prise en main à distance. Le faux technicien fait installer un logiciel de télémaintenance légitime, du type AnyDesk ou TeamViewer, et obtient alors un accès complet aux fichiers, à la messagerie et aux mots de passe enregistrés dans le navigateur.

La consigne officielle de la fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr ne souffre aucune exception : ne donnez pas l'accès à votre ordinateur à distance. Une fois la main cédée, la victime ne voit plus qu'un écran mis en scène par son interlocuteur.

L'ampleur du préjudice varie fortement d'une victime à l'autre. La même fiche réflexe situe les montants constatés de quelques centaines d'euros à des dizaines de milliers d'euros, selon que l'escroquerie s'arrête au faux dépannage facturé ou se prolonge jusqu'aux comptes bancaires, que le faux technicien prétend ensuite sécuriser.

2 demandes qui trahissent la fraude

Un support technique authentique ne réclame jamais de paiement par carte cadeau ou en cryptomonnaie. Il ne demande jamais de vous connecter à votre banque en ligne pendant qu'il voit votre écran.

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Après la fermeture, le nettoyage en 4 étapes

Tant que personne n'a pris le contrôle à distance, l'attaque ne dépasse pas le navigateur : rien n'a été installé sur l'appareil.

  1. Refermez la fenêtre avec les 2 touches vues plus haut, sans cliquer sur le moindre bouton de la page.
  2. Rouvrez le navigateur sans restaurer la session précédente, videz le cache et supprimez les cookies du site concerné.
  3. Lancez une analyse complète avec l'antivirus déjà présent sur la machine, sans acheter le moindre logiciel supplémentaire.
  4. Si un outil de prise en main à distance a été installé, coupez la connexion internet, désinstallez-le, puis changez vos mots de passe en commençant par la messagerie et la banque.

La dernière étape est la plus déterminante : elle conditionne la sécurité de vos comptes en ligne. Pour l'analyse, la protection livrée avec Windows fait déjà le travail, comme le détaille notre comparaison sur l'utilité d'un abonnement antivirus payant.

Où signaler, et quoi faire après un paiement

Le guichet de référence est 17Cyber, lancé en décembre 2024 par la police nationale, la gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr, et disponible 24 h/24 et 7 j/7. Quelques questions suffisent à obtenir un diagnostic, puis un tchat avec un policier ou un gendarme si la situation le justifie.

Un paiement par carte impose 2 gestes immédiats : l'opposition auprès de votre banque et une demande de remboursement. Déposez ensuite plainte, car la banque peut en réclamer une copie pour instruire le remboursement. 2 lignes gratuites accompagnent les victimes, Info Escroqueries au 0 805 805 817 et France Victimes au 116 006.

Quand la sollicitation est arrivée par téléphone, signalez le numéro au 33700, par SMS ou depuis le formulaire en ligne de la plateforme, un service gratuit. Les signalements sont transmis tous les jours aux opérateurs, qui peuvent alors couper le numéro émetteur du spam comme le numéro surtaxé vers lequel il renvoie.

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Ce que les opérateurs changent sur l'affichage des numéros

Le numéro qui s'affiche ne prouve rien. L'usurpation de numéro, c'est-à-dire l'affichage d'une identité d'appelant qui n'est pas celle de l'émetteur, fait apparaître un numéro français sur un appel passé depuis l'étranger.

Les signalements d'usurpation de numéro enregistrés sur la plateforme J'alerte l'Arcep sont passés de 531 en 2023 à plus de 19 000 en 2025, devenant la cause de signalement la plus fréquente adressée au régulateur des télécoms d'après son communiqué du 29 janvier 2026.

Depuis le 1er janvier 2026, les opérateurs doivent masquer tout numéro mobile français non authentifié sur un appel venu de l'étranger. Cette authentification repose sur le MAN, le mécanisme d'authentification des numéros, une chaîne de confiance dans laquelle les opérateurs se transmettent les informations d'authentification. Le régulateur a aussi ouvert le même jour une enquête administrative auprès de l'ensemble des opérateurs attributaires de numéros du plan national de numérotation.

La conséquence est directe : un appel affiché en « Numéro masqué » qui se présente comme un support technique se raccroche sans discuter. Le même réflexe vaut pour les appels en absence vers un numéro surtaxé et pour les faux SMS de colis, et le calendrier des mesures figure dans notre point sur la lutte contre les appels frauduleux.

Une fois la machine assainie, vous pouvez faire le point sur vos abonnements depuis le comparateur télécom de Selectra.

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