Le téléphone sonne, et l'écran affiche le numéro de la brigade de gendarmerie de votre commune. Le « gendarme » vous annonce une fraude à votre nom, puis vous oriente vers un autre « service », qui envoie un coursier chercher votre carte et son code. Aucun de ces interlocuteurs n'est réel : le numéro a été usurpé, et la même équipe joue tous les rôles. Un seul geste déjoue le piège : raccrocher, puis composer vous-même le 17 ou le numéro de votre banque que vous connaissez déjà.
Des numéros de brigades usurpés en Sarthe et en Maine-et-Loire
Le 14 septembre 2026, le groupement de gendarmerie de la Sarthe a donné l'alerte, relayée par la radio publique ICI. Des escrocs font apparaître le numéro de brigades du département sur l'écran de leurs victimes pour leur soutirer des codes de carte bancaire.
Le 21 septembre, la commune de Gennes-Val de Loire, en Maine-et-Loire, a prévenu à son tour ses habitants. Plusieurs d'entre eux avaient reçu l'appel de prétendus gendarmes de la brigade locale. La police avait déjà signalé en août des numéros de commissariats usurpés. Dans la Sarthe, la ligne du commissariat de Coulaines a été usurpée à partir du 18 août, selon la police du département.
Fin août, une alerte de la Police nationale publiée sur X et reprise par la presse visait aussi des commissariats du Cher, des Deux-Sèvres et de la Vendée. Le procédé n'a rien de neuf : la gendarmerie de la Sarthe décrivait le même scénario dès janvier 2026. Les alertes connues viennent de l'ouest et du centre du pays, mais le numéro de n'importe quelle brigade peut être usurpé de la même façon.
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Un gendarme, un « service », un coursier : 3 voix pour une seule équipe
Chaque interlocuteur confirme ce que le précédent vient de dire. L'histoire prend ainsi l'allure d'une vérification croisée entre 2 institutions, alors que toutes les voix appartiennent au même réseau.
Le faux gendarme vous annonce une fraude
Le premier appelant se présente comme un gendarme de votre brigade. Il vous annonce qu'une plainte pour fraude a été déposée contre vous, comme le racontait déjà l'alerte de janvier 2026. À Gennes-Val de Loire, la version change un peu : la fraude aurait été repérée après un achat en magasin, avec une possible usurpation de votre identité.
Le « service fraude » répond à un autre numéro
Le faux gendarme vous donne ensuite le numéro d'un prétendu service de fraude à contacter. Au bout du fil, c'est encore l'équipe d'escrocs qui répond.
De faux agents de l'Arcep utilisent une ruse voisine. Le régulateur explique qu'ils « font croire à un transfert de l'appel, se faisant passer pour la police dans un second temps ». Il rappelle aussi qu'il ne contacte pas les consommateurs par téléphone.
Un coursier vient chercher votre carte
Le second interlocuteur annonce qu'un coursier va passer à votre domicile pour récupérer la carte bancaire. À Gennes-Val de Loire, les escrocs demandaient aussi d'écrire un courrier mentionnant le code confidentiel, puis de découper la carte sans abîmer la puce. Une fois la carte et le code en main, ils débitent le compte par des retraits aux distributeurs.
Le numéro de la brigade à l'écran ne prouve rien
L'escroc fait apparaître sur votre écran un numéro qui n'est pas le sien : c'est l'usurpation de numéro, ou spoofing. « Le numéro qui s'affiche sur votre écran peut être falsifié », résume la gendarmerie de la Sarthe.
Le numéro exact de la brigade du village rassure, et c'est tout le but. Le procédé est le même que lorsque le numéro de votre banque s'affiche lors d'un faux appel. La différence tient au relais : l'escroc ne se contente plus d'un numéro crédible, il fait intervenir une seconde « institution » pour appuyer la première.
Les réglages de votre téléphone ne suffisent pas ici. Filtrer les numéros masqués ne sert à rien, puisque le numéro s'affiche bel et bien. Le bloquer après coup n'a pas plus de sens : c'est celui d'une vraie brigade, que vous aurez peut-être besoin de joindre un jour.
Les réglages qui limitent le démarchage téléphonique restent utiles contre les appels commerciaux. Certains opérateurs proposent aussi, en option payante, un filtrage renforcé des appels indésirables, un critère à regarder quand vous comparez les forfaits mobiles. Aucun de ces outils ne sait pour autant distinguer un vrai gendarme d'un faux.
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Ce qu'un vrai gendarme ne vous demandera jamais
Dans son alerte du 14 septembre, la gendarmerie de la Sarthe pose la règle sans détour : elle ne demande « jamais de donner un code de carte bancaire par téléphone ». Aucun gendarme ni banquier, ajoute-t-elle, « ne mandatera un coursier pour récupérer votre carte bancaire ».
Chacune des demandes suivantes suffit à reconnaître l'arnaque, d'après les forces de l'ordre et la fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr sur le faux conseiller bancaire.
| Ce que dit l'appelant | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| « Rappelez le service fraude à ce numéro » | Le second interlocuteur appartient au même réseau, et il ne faut jamais rappeler un numéro donné pendant l'appel |
| « Donnez-moi le code reçu par SMS » | Aucun conseiller de votre banque ne vous le demande |
| « Un coursier passe chercher votre carte » | Aucun gendarme ni banquier n'envoie de coursier |
| « Découpez la carte et notez votre code sur un courrier » | La puce reste intacte : la carte et son code suffisent pour retirer de l'argent |
| « Faites un virement pour régulariser votre situation » | Aucun paiement ne se fait à la demande d'un appelant |
Sources : gendarmerie de la Sarthe (janvier et 14 septembre 2026), commune de Gennes-Val de Loire (21 septembre 2026), Police nationale, Arcep, Cybermalveillance.gouv.fr.
La fausse qualité de gendarme alourdit la peine. L'escroc qui se fait passer pour une personne dépositaire de l'autorité publique risque 7 ans d'emprisonnement et 750 000 € d'amende, prévoit l'article 313-2 du Code pénal.
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Raccrocher et rappeler vous-même : les gestes qui protègent votre carte
Dès qu'un appel parle de fraude sur votre compte, de code ou de carte à récupérer, raccrochez, même si le numéro affiché est celui de votre brigade. Ne rappelez pas le numéro donné pendant l'appel. Composez vous-même le 17 pour vérifier auprès des forces de l'ordre. Pour joindre votre banque, utilisez le numéro que vous connaissez déjà : celui de votre application, de votre relevé ou de votre agence.
Ne lisez jamais un code à voix haute au téléphone, qu'il s'agisse du code confidentiel de la carte ou d'un code reçu par SMS pour valider une opération. Ne remettez votre carte à personne qui se présente à votre porte après un appel. Ces réflexes valent aussi face à un faux conseiller bancaire qui vous appelle directement, sans passer par un faux gendarme.
Si vous avez déjà donné un code ou remis votre carte, faites opposition sans délai auprès de votre banque, puis déposez plainte au commissariat ou à la brigade de gendarmerie. Notre guide des démarches après une fraude à la carte bancaire explique comment contester les opérations débitées. Parlez-en aussi autour de vous : un proche qui voit s'afficher le numéro de sa brigade a toutes les raisons de décrocher sans se méfier.
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