« Nous avons retrouvé votre argent. » Au bout du fil, un prétendu enquêteur, policier ou avocat vous annonce ce que vous n'espériez plus après une escroquerie qui vous a coûté cher. Il ne vous resterait qu'à régler des frais pour débloquer la somme. Ce coup de téléphone est une seconde escroquerie. Une règle suffit à la reconnaître : un appel que vous n'avez pas sollicité, qui promet de rendre votre argent contre un paiement, est une arnaque. Le geste qui protège tient en deux temps : raccrocher, puis appeler vous-même un numéro officiel.
Qui reçoit cet appel, et ce que promet l'escroc
Ces appels visent des personnes qui ont déjà perdu de l'argent dans une escroquerie financière, comme une arnaque au placement ou aux cryptomonnaies. Dans les semaines ou les mois qui suivent, d'autres escrocs les contactent en promettant de retrouver les sommes perdues, avec un seul but : les escroquer une seconde fois.
Le déguisement change d'un appel à l'autre : faux policier ou gendarme, faux agent d'une administration, faux avocat. Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif national d'assistance aux victimes de cybermalveillance, revient sur ce piège dans sa lettre d'information du 1er octobre 2026. Son propre nom a d'ailleurs été usurpé fin 2024 par des messages qui promettaient d'indemniser d'anciennes victimes.
Le nom de l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui surveille les placements, a lui aussi été usurpé. Fin 2022 et début 2023, des épargnants déjà escroqués ont reçu l'appel d'un prétendu « enquêteur de l'AMF » ou d'un « agent du service des fraudes de l'AMF ». Il leur proposait de récupérer leur argent ou de les indemniser. Dans plusieurs arnaques aux cryptomonnaies, un « ingénieur » prenait ensuite le relais, censé les aider à récupérer leurs fonds « directement sur la Blockchain ». L'AMF range ce procédé parmi les « arnaques sur l'arnaque », observées dans de nombreux pays.
Que votre interlocuteur connaisse votre nom et ce qui vous est arrivé ne prouve pas qu'il travaille pour une autorité : des escrocs ont pu récupérer vos données personnelles.
Le numéro officiel affiché ne prouve rien
Un numéro connu sur votre écran ne garantit pas l'identité de l'appelant. Lors de la campagne signalée par l'AMF en janvier 2023, le numéro affiché semblait être celui du standard de l'AMF. Ce procédé, l'usurpation de numéro ou spoofing, consiste à falsifier le numéro qui s'affiche sur votre téléphone. Il est techniquement simple.
Les escrocs peuvent usurper le numéro exact d'une banque ou d'une autorité publique, et il devient alors impossible de vérifier à qui vous parlez pendant l'appel. Le même procédé sert aux faux conseillers bancaires, qui font apparaître le numéro d'une agence.
Depuis que les opérateurs vérifient l'authenticité du numéro affiché, une partie de ces appels est bloquée, mais pas la totalité. Pour vérifier de façon fiable, raccrochez, puis composez vous-même le numéro de l'organisme.
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Ce qu'aucune autorité ne vous demandera jamais
Aucune autorité publique ne vous appelle pour vous aider à récupérer des fonds perdus, ni pour vous réclamer une taxe en échange de leur restitution. L'AMF n'appelle jamais les particuliers de sa propre initiative, et ne propose aucune procédure de recouvrement de fonds dérobés. En cas d'escroquerie, seule la justice peut poursuivre les auteurs et ordonner une réparation.
L'AMF rappelle qu'elle n'a pas la compétence de récupérer ou restituer des fonds perdus par des épargnants et qu'elle ne demande jamais d'argent à des épargnants.
Plusieurs signaux trahissent l'arnaque à la récupération, et un seul suffit pour raccrocher :
- l'appel arrive sans que vous ayez rien demandé, des semaines ou des mois après la première escroquerie ;
- votre interlocuteur annonce que vos fonds ont été retrouvés, ou qu'une indemnisation vous attend ;
- un paiement est exigé avant tout versement, présenté comme une taxe, des frais ou des honoraires ;
- votre interlocuteur réclame une pièce d'identité, un RIB ou un justificatif de domicile ;
- l'appel se présente comme une campagne de prévention des arnaques au nom de l'AMF, qui n'en mène aucune par téléphone ;
- un prétendu technicien propose de récupérer vos cryptomonnaies « directement sur la Blockchain ».
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Raccrocher, puis appeler vous-même l'AMF ou la police
Le bon réflexe ne demande aucune vérification pendant l'appel : raccrochez sans rien communiquer, puis composez vous-même un numéro officiel, trouvé par vos propres moyens. Ne rappelez jamais un numéro dicté par votre interlocuteur : il vous ramènerait vers l'escroc, et un numéro en 08 peut être surtaxé.
Le bon numéro dépend du rôle que s'attribue l'appelant :
- s'il se réclame de l'AMF, contactez AMF Epargne Info Service au 01 53 45 62 00, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h 30. L'appel est facturé au prix d'un appel local ;
- s'il se dit policier ou gendarme, appelez vous-même le commissariat ou la brigade de gendarmerie de votre commune, avec un numéro que vous aurez trouvé de votre côté. Le 17 est réservé aux urgences ;
- s'il se présente comme avocat, cherchez le cabinet dans l'annuaire des avocats de France, puis appelez-le avec des coordonnées trouvées vous-même ;
- s'il parle au nom de votre banque, utilisez le numéro inscrit au dos de votre carte ou dans votre application.
Si les relances arrivent ensuite depuis un numéro qui n'est pas celui d'un organisme officiel, bloquez-le sur votre téléphone pour ne plus recevoir ses appels.
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Vous avez déjà payé ou envoyé vos papiers : que faire ?
Si vous avez versé de l'argent ou transmis des documents (pièce d'identité, RIB, justificatif de domicile), cessez tout contact avec l'escroc. Chaque nouvel échange vous expose à une perte plus lourde. Prévenez votre banque au plus vite pour tenter de bloquer le paiement, puis conservez toutes les preuves : numéros, messages, ordres de virement, relevés de compte.
Le formulaire de plainte en ligne, réservé à certaines arnaques sur Internet, exclut les faux placements financiers. La plainte se dépose alors au commissariat, à la gendarmerie ou par écrit auprès du procureur de la République. L'escroquerie est punie de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 € d'amende par l'article 313-1 du code pénal.
Signalez aussi l'appel à l'AMF, de préférence par son formulaire de signalement. Sa médiation, gratuite, ne traite pas les escroqueries : ces dossiers sont transmis au procureur de la République. Le numéro d'aide aux victimes du ministère de la Justice, le 116 006, vous met en relation avec une association qui vous accompagne gratuitement dans vos démarches. Elle est disponible 7 jours sur 7 de 9 h à 19 h. Si vous êtes recontacté après une première arnaque, vous n'y êtes pour rien : ces appels ciblent précisément les personnes qui ont déjà perdu de l'argent.
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