Lydia : “Plus de 110 000 nouveaux utilisateurs par mois” - Cyril Chiche, cofondateur

Selectra a interviewé Cyril Chiche, cofondateur de la startup Lydia, bien connue pour son application permettant entre autres de réaliser des virements de façon ultra-simplifiée. Une innovation initiale, suivie par bien d’autres, orientées vers le même objectif : proposer aux utilisateurs une interface unique pour effectuer toutes leurs opérations bancaires, partout, et de façon simple et immédiate.

logo lydia

Avec plus de 2 millions d'utilisateurs, Lydia connaît un réel succès et est même passée dans le langage courant (“je te fais un Lydia”). Comment expliquez-vous le succès de Lydia ?

Cyril Chiche : Le succès de Lydia s’est construit petit à petit, jusqu’à ce que se mette en place un effet réseau ou “effet boule de neige”, porté par la fonctionnalité du paiement entre particuliers. Nous sommes d’ailleurs très fiers que les utilisateurs viennent à dire “je te fais un Lydia” : cela prouve à quel point les personnes se sont approprié notre service.

Ce qui a surtout fait le succès de Lydia, c’est la manière dont nous travaillons. Concrètement, nous observons les attentes et les évolutions du comportement et nous y répondons. Or aujourd’hui on s’attend à ce que tous les services, grâce à la technologie mobile, soient accessibles simplement, immédiatement et partout. Cela s’applique aussi aux services financiers et nous avons répondu à cette attente.

Concrètement, comment Lydia répond-elle aux attentes des consommateurs ?

Nous apportons à l’utilisateur une surcouche de simplification, en utilisant en arrière-plan le système bancaire qui, lui, est complexe.

C.C. : Les banques opèrent un système complexe et forcent les utilisateurs à se plier à cette complexité. Pour faire un virement, il faut par exemple saisir un IBAN très long, patienter plusieurs jours le temps que le bénéficiaire soit validé par la banque, etc. Or, cette complexité n’intéresse pas l’utilisateur, dont le seul intérêt est d’effectuer une opération bancaire simplement.

Chez Lydia, nous n’avons pas l’intention de changer le système bancaire de l’intérieur, ni de devenir une banque différente des autres. En revanche, nous apportons à l’utilisateur une surcouche de simplification, en utilisant en arrière-plan le système bancaire qui, lui, est complexe.

Le succès se poursuit-il ? Combien de nouveaux utilisateurs Lydia compte-t-elle chaque mois ?

Lydia acquiert plus de 110 000 nouveaux utilisateurs par mois. Cette acquisition est régulière, ce qui est bon signe. Nous bénéficions d’une “viralité naturelle” et de l’effet de réseau : plus il y a de monde sur la plateforme, plus elle devient utile ! Ainsi nous avons mis 5 ans pour atteindre 1 million d’utilisateurs, et seulement 350 jours pour atteindre les 2 millions.

Observez-vous la même croissance quant à l’utilisation de l’application ? Combien de transactions comptez-vous chaque jour ?

C.C. : En ce qui concerne le remboursement entre amis, Lydia traite chaque jour plus de 100 000 transactions. Cette année, nous visons un total de 2 milliards d’euros de transactions.

Une autre donnée que nous suivons de près est l’usage du sans contact en magasin. 66% des paiements avec la carte Lydia sont des paiements sans contact mobile. Cette proportion est sans aucun doute au moins dix fois supérieure à ce qui se passe dans les banques en France !

En ce qui concerne le remboursement entre amis, Lydia traite chaque jour plus de 100 000 transactions

fondateurs Lydia
Antoine Porte et Cyril Chiche, fondateurs de Lydia

La publicité joue-t-elle un rôle dans la croissance de Lydia ?

C.C. : Non ! Ce sont les utilisateurs de Lydia qui convainquent eux-mêmes leurs proches de se doter de l’application. Nous n’avons quasiment jamais fait de publicité et nos seules campagnes de publicité (deux en 6 ans) venaient plutôt remercier nos utilisateurs qu’en convaincre de nouveaux. Notre dernière campagne était un simple slogan : “Je te fais un Lydia.” ; si vous n'êtes pas déjà un utilisateur, ça ne peut évidemment pas vous convaincre.

Le succès de Lydia semble cependant toucher avant tout les jeunes. Comment s’étendre vers un public plus âgé ?

C.C. : 78% de nos utilisateurs ont entre 18 et 30 ans, et ce chiffre a tendance à baisser car nous touchons un public de plus en plus âgé. Dans les débuts de Lydia, les 18-24 ans représentaient l’immense majorité de nos utilisateurs, du fait de notre action sur les campus. Or aujourd’hui, les 25-30 ans sont le groupe le plus important et augmentent plus vite que tous les autres. Il y a un effet viral ; lorsque des jeunes entrent dans la vie professionnelle, ils convainquent leurs collègues d’adopter l’application.

Parlons des dernières innovations de Lydia. Vous avez lancé une fonctionnalité “compte partagé”...

C.C. : Nous en sommes très fiers car avec cette fonctionnalité, nous avons à nouveau créé quelque chose qui n'existait nulle part ailleurs !

Lorsque vous avez des dépenses à gérer à plusieurs, ouvrir un compte en banque n’est pas une solution simple, et s’avère même inadapté si le groupe est nombreux et les dépenses partagées sur une courte durée.

Notre réponse à cela, c’est la création d’un sous-compte Lydia : on choisit dans le carnet d’adresse les membres du compte, on donne les droits à ces personnes, qui peuvent l’alimenter et en dépenser l’argent. Pour chacun, le sous-compte partagé va apparaître dans l’appli. L’argent peut être directement dépensé par les membres, en désignant le compte comme source pour leurs cartes Lydia physiques ou virtuelles, en un clic.

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La fonctionnalité crédit instantané de Lydia permet d'obtenir un prêt en quelques secondes.

Lydia a lancé d'autres innovations récemment. Quel est le bilan du lancement du crédit instantané, après environ 6 mois ?

C.C. : C’est un succès extraordinaire ! Depuis le lancement, nous constatons chaque mois une croissance de 40% quant au nombre de crédits souscrits, pour un crédit moyen de 260€. Au total, deux fois plus de crédits que ce que nous avions imaginé ont été souscrits.

Cette fonctionnalité a été lancée sans aucune publicité. Nous avons donc répondu à un manque, et nous y avons répondu de manière performante. Nous allons maintenant aller plus loin dans le développement du crédit sur Lydia.

Vous avez aussi lancé la fonction Lydia Premium : quel bilan tirez-vous de ce lancement un an plus tard ?

C.C. : Aujourd’hui, plus de 20% de la base d’utilisateurs actifs de Lydia utilise les fonctions avancées de Lydia dont Lydia Premium. Chez ces personnes, les KPIs d’utilisation sont spectaculaires et montrent que celles-ci ont adopté Lydia Premium dans leur quotidien.

Nous ne sommes pas encore où nous voudrions être sur le sujet mais cela avance bien. Il reste encore beaucoup de pédagogie à faire pour que tout le monde s’approprie le potentiel de praticité et de sécurité que fournit la combinaison de ces fonctionnalités. C’était déjà le cas au début de Lydia avec les échanges entre particuliers. Changer les habitudes prend du temps, c’est normal. Il faut être persévérant !

Plus de 20% de la base d’utilisateurs actifs de Lydia utilise les fonctions avancées de Lydia

Quels sont les prochains champs d’innovation vers lesquels vous comptez orienter Lydia ?

C.C. : Ils sont nombreux ! Nous pensons notamment à l’assurance, un secteur dans lequel il y a de nombreux aspects “qui piquent” : ces complexités du secteur que l’utilisateur n’a pas à supporter, comme avec la banque. De la même manière, nous avons en tête le crédit et les systèmes de récompense pour fidélité. Il y aurait des choses à faire dans le secteur de l’investissement et de l’épargne aussi, mais ce n’est pas notre première priorité.

L’application Lydia, dans sa version standard, est entièrement gratuite et il n’y a aucune commission. Comment Lydia gagne-t-elle de l’argent ?

Nous ne vendons pas les données des utilisateurs !

C.C. : Dans le monde de la banque, l’utilisateur final ne voit pas toutes les opérations qui sont effectuées pour lui délivrer un service. Or, celles-ci donnent lieu à des paiements entre acteurs bancaires. Par exemple, lorsqu’un consommateur dépense de l’argent avec sa carte bancaire, sa banque perçoit une commission d’interchange. Il y a de nombreux exemples d’opérations similaires, qui sont effectuées par Lydia contre rémunération mais sans frais directs pour le consommateur.

Nous avons également développé nos services payants, par exemple le crédit instantané, Lydia Premium, l’assurance mobile… Et nous allons les étendre.

Dans tous les cas, nous ne vendons pas les données des utilisateurs !

Qu’en est-il de l’extension de Lydia dans de nouveaux pays ?

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Startup internationale, Lydia a conservé son siège à Paris.

C.C. : Nous avons lancé notre offre en “test” au Royaume-Uni, en Irlande, au Portugal, en Espagne et plus récemment en Belgique. Nous parlons de “test” car nous ne lançons pas immédiatement toutes les fonctionnalités de Lydia, mais une version plus simplifiée, comme celle qui existait en France en 2016.

Nous sommes très satisfaits des résultats : nous comptons déjà plus de 150 000 utilisateurs dans ces nouveaux pays ! Nous nous implantons d’abord sur des campus étudiants, de la même manière que nous avons commencé en France. Au Royaume-Uni, Lydia a ainsi été lancée sur les campus d’Oxford et de Cambridge, ce qui représente 43 000 étudiants ; en un an, Lydia y a conquis 12 000 utilisateurs et réalisé 1 million d’euros de transactions !

Quels sont vos principaux concurrents ? Le développement de néobanques comme N26 ou Revolut met-il en danger le succès de Lydia ?

Nous sommes à la fois “fans et paranos” de Paypal, car nous savons qu’il y aura un jour un combat face-à-face avec PayPal !

C.C. : Il y a beaucoup d'initiatives qui sont plus ou moins inspirées de Lydia, que l’on regarde de près. Nous ne sommes pas inquiets.

Paypal pourrait apparaître comme notre concurrent direct, mais ça n’est pas le cas actuellement. Nous sommes à la fois “fans et paranos” de Paypal, car nous savons qu’il y aura un jour un combat face-à-face avec ce service de paiement américain !

Quant au néobanques, elles ne sont pas des concurrentes pour Lydia, elles le sont pour les banques. De la même manière, Lydia n’est pas un concurrent de ces néobanques. A la fin, nous participons tous d’une même révolution, à laquelle nous apportons des innovations différentes.

carte lydia
Connectée à l'application Lydia, la carte bancaire Lydia peut ainsi être connectée à la tous les comptes bancaires du titulaire.

Les néobanques développent pourtant des systèmes de virement entre amis, inspirés de Lydia…

C.C. : Oui mais les néobanques restent des banques : elles veulent que vous ouvriez un compte chez elles et elles veulent y voir votre salaire. Ces fonctionnalités ne sont donc utilisables que par des particuliers qui disposent tous deux d’un compte dans la même néobanque ! C’est l’inverse de notre philosophie. La force de Lydia, c’est justement de proposer un système universel.

Le Libra, nouvelle monnaie virtuelle que projette de lancer Facebook, pourrait-il concurrencer Lydia ?

Absolument pas ! L’objectif de Facebook, n’est en rien de s'approprier le marché du paiement entre particuliers. C’est un objectif bien différent, qui est l’aboutissement du rêve libertarien de certains entrepreneurs de la Silicon Valley qui souhaitent remplacer le rôle des Etats. Ce sont surtout les banques centrales qui sont visées par ce projet. Dans tous les cas, une monnaie n’est pas concurrente des services financiers, elle en est l’un des composants.

Pensez-vous que la disparition progressive des espèces puisse créer des laissés-pour-compte, à savoir les personnes qui ont besoin des espèces pour vivre de la mendicité ?

C.C. : Ne nous trompons pas de problème. Le cœur de la question, c’est la générosité. Aujourd’hui, l’absence d’espèces est plus un prétexte pour ne pas donner qu’un réel problème.

De plus, dans les pays où le cash a quasiment disparu, comme en Chine, la mendicité n’a pas disparu : elle s’est également digitalisée avec les fintechs. Certains acteurs ont développé des solutions qui permettent à ces personnes de toucher des aumônes par QR Code. Cela permet en plus d’éviter que le manque de monnaie serve de prétexte !

Et vous, chez Lydia, comment contribuez-vous au bien social et au bien-être ?

C.C. : Améliorer le quotidien de tous est dans notre ADN. Nous rendons la vie plus simple, et en résolvant certaines complexités, nous améliorons le bien-être. De plus, nous rendons possibles certaines choses qui ne l’étaient pas avant, notamment des solidarités. Aujourd’hui, grâce à Lydia, vous pouvez donner de l’argent à un proche dans le besoin, instantanément et où qu’il soit !

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