Les ELD en France
La France compte environ 130 à 160 ELD qui distribuent l'électricité ou le gaz sur environ 5 % du territoire. Voici une carte des principales et un récapitulatif des plus importantes en nombre de clients.
Les 6 principales ELD en bref
Au total, la France compte environ 130 à 160 ELD qui couvrent ~5 % du territoire (villes moyennes, zones rurales). Voici les 6 plus importantes en nombre de clients :
Strasbourg
Mixte · élec + gaz
Élec : ES Strasbourg
Gaz : Réseau GDS
~565 000 points de livraison · 400 communes du Bas-Rhin
Metz
Mixte · élec + gaz
Élec et gaz : UEM
Réseau : Réséda
Régie municipale historique de Metz Métropole
Vienne (86)
Élec uniquement
Fournisseur : Sorégies
Réseau : SRD
Zones rurales du département de la Vienne
Deux-Sèvres (79)
Élec uniquement
Fournisseur : Séolis
Réseau : Gérédis
Zones rurales du département des Deux-Sèvres
Grenoble
Mixte · élec + gaz
Fournisseur : GEG
Réseau élec : GreenAlp
23 communes de la métropole grenobloise
Bordeaux
Gaz uniquement
Fournisseur : Gaz de Bordeaux
Réseau : Régaz-Bordeaux
46 communes de la Gironde · l'élec reste opérée par Enedis
En savoir plus sur Strasbourg, Grenoble et Bordeaux
ELD Strasbourg
À Strasbourg, c’est Strasbourg Électricité Réseaux (SER) qui s’occupe de la distribution d'électricité. Filiale à 100 % d’Électricité de Strasbourg (ÉS), SER gère le réseau sur plus de 400 communes du Bas-Rhin, avec environ 565 000 points de livraison. Pour respecter les règles en vigueur, SER se concentre sur la gestion du réseau, tandis qu’ÉS Énergies Strasbourg agit comme fournisseur local.
Pour le gaz, la distribution est prise en charge par Réseau GDS, un acteur historique qui dessert Strasbourg ainsi que plusieurs communes voisines.
ELD Grenoble
À Grenoble, Gaz Électricité de Grenoble (GEG), société d’économie mixte majoritairement détenue par la Ville, gère localement l’électricité et le gaz. GEG intervient comme fournisseur, mais aussi comme producteur d’électricité, notamment grâce à ses installations renouvelables.
Le réseau électrique est exploité par GreenAlp, filiale à 100 % de GEG, qui s’occupe de l’entretien et du développement du réseau sur Grenoble et 23 communes environnantes, incluant le déploiement des compteurs Linky.
Concernant le gaz, GEG assure la fourniture et la gestion technique des réseaux, en conformité avec les normes nationales.
ELD Bordeaux
À Bordeaux, Gaz de Bordeaux, société locale créée en 1875 et détenue majoritairement par Bordeaux Métropole, assure la fourniture d’énergie, proposant du gaz naturel et de l’électricité dans la métropole.
La gestion du réseau de gaz est confiée à Régaz-Bordeaux, filiale de Gaz de Bordeaux, qui exploite, entretient et développe le réseau sur 46 communes de la Gironde, dont Bordeaux, dans le respect des exigences de la CRE.
Pour l’électricité, la distribution est assurée par Enedis, gestionnaire national, qui maintient et développe le réseau électrique jusqu’aux compteurs des consommateurs dans la métropole bordelaise.
Mon Entreprise Locale de Distribution ne propose qu’une seule offre d'électricité, est-ce légal ?
Oui, cela peut être légal, mais cela dépend à la fois de la taille de l’ELD et des circonstances.
Si l’Entreprise Locale de Distribution dessert moins de 100 000 clients, elle est autorisée par la réglementation à proposer une offre unique, le tarif réglementé de vente, fixé par les pouvoirs publics et encadré par la CRE (Commission de régulation de l'énergie). Dans ce cas, la loi ne lui impose ni la séparation de ses activités (distribution et fourniture), ni l’obligation d’accueillir des fournisseurs alternatifs sur son réseau. Ce cadre particulier explique pourquoi certaines petites ELD n’offrent qu’une seule option à leurs clients. Cela reste tout à fait légal, bien que cette situation puisse limiter le choix des consommateurs.
En revanche, pour les ELD qui desservent plus de 100 000 clients, la réglementation est plus stricte. Elles doivent séparer juridiquement leurs activités de gestion de réseau et de fourniture, et garantir l’accès non discriminatoire de leur réseau aux fournisseurs alternatifs. Cela signifie qu’elles ne peuvent proposer une seule offre que si elles ont effectivement ouvert leur réseau à la concurrence et que personne d’autre n’a choisi de s’y implanter. Dans ce cas, l’absence de concurrents ne leur est pas reprochée, tant qu’elles respectent pleinement leurs obligations d’ouverture et de neutralité.
Pour améliorer la situation dans les zones desservies par les ELD, la CRE pilote plusieurs initiatives destinées à favoriser l’ouverture réelle à la concurrence. L’objectif est de lever les freins techniques, juridiques et organisationnels qui limitent aujourd’hui l’arrivée de fournisseurs alternatifs. Cela passe notamment par la modernisation des systèmes d'information des ELD, la création de portails de communication harmonisés entre les acteurs, et l’uniformisation des procédures d’accès au réseau, afin de les aligner sur celles du gestionnaire national Enedis. Ces efforts visent à garantir aux consommateurs situés dans les zones ELD les mêmes droits, la même transparence et les mêmes opportunités de choix qu’ailleurs sur le territoire national.
Ekwateur
Une des valeurs et des convictions très forte d’Ekwateur est que le futur de la transition énergétique se fera avec une décentralisation, et la possibilité de choisir son fournisseur d’énergie est très importante. Et les ELD étaient encore en situation de monopole. Nous avions à cœur de faire en sorte que les consommateurs des territoires à ELD puissent avoir le choix pour leur fournisseur d’électricité.Marine Le Bihan, Directrice de la Communication chez Ekwateurdans une interview pour Selectra
Ekwateur a été pionnier dans l'ouverture à la concurrence des zones desservies par des ELD, historiquement fermées aux fournisseurs alternatifs. Dès 2017, l'entreprise s'est implantée à Grenoble, puis à Strasbourg et Metz en 2018, offrant ainsi aux consommateurs de ces régions une alternative aux fournisseurs historiques. Les offres proposées dans ces villes sont identiques à celles commercialisées sur le reste du territoire français.
En savoir plus sur le catalogue des offres Ekwateur.
Les ELD à la conquête du marché national de l’énergie
Alors que les fournisseurs alternatifs rencontrent des difficultés à s’implanter sur les territoires traditionnellement desservis par les ELD, ces dernières étendent progressivement leur présence au-delà de leurs zones d’origine. S’appuyant sur leur savoir-faire historique et la libéralisation du marché, elles développent filiales ou s'associent pour proposer des offres à l’échelle nationale.
- Séolis a lancé Selia.
- Gazelec de Péronne a créé Énergies du Santerre ;
- Une soixantaine d'ELD se sont regroupées pour fonder Alterna ;
- Trois ELD ont uni leurs forces pour créer Proxelia.
- Trois autres ont fait de même pour donner naissance à Enalp.
- GEG a lancé l'offre nationale Yeli ;
- L'UEM a commercialisé pendant un temps des offres via sa marque Energem ;
- Enfin, d'autres ELD comme Gaz de Bordeaux, Gedia, Synelva, Lucia ou ES Énergies Strasbourg proposent des offres au-delà de leur territoire historique.
Les ELD et le médiateur national de l'énergie
Le médiateur milite pour la diversité des offres d'énergie chez les ELD
Depuis de nombreuses années, le médiateur national de l’énergie constate qu’il existe très peu, voire pas du tout, de concurrence en matière d’offres de fourniture d’énergie dans les territoires gérés par les ELD. En 2024, seul le fournisseur Ekwateur proposait des offres aux particuliers dans certaines zones ELD. Malgré les rappels réguliers du médiateur et la création en mai 2020 d’un groupe de travail piloté par la CRE, la situation reste quasi inchangée, privant ainsi les consommateurs de la possibilité de bénéficier d’une véritable concurrence.
Les clients des ELD peuvent saisir le médiateur national de l’énergie
Le médiateur national de l’énergie reçoit régulièrement des signalements concernant des difficultés rencontrées par les consommateurs dans les zones ELD, notamment en matière d’accès aux offres réglementées et à une qualité de service satisfaisante. Par exemple, en 2024 sur le territoire de Grenoble, un consommateur souhaitant souscrire au tarif réglementé TEMPO s’est vu refuser cette offre par la société GEG, en raison d’un problème technique lié au paramétrage des compteurs communicants gérés par GREENALP. Un cas similaire a été relevé chez OYA Énergies dans le Tarn, illustrant les difficultés opérationnelles parfois rencontrées. L’UNELEG (syndicat professionnel des ELD) a d'ailleurs indiqué que 20 % des ELD ne proposent pas le tarif réglementé TEMPO, alors même que la loi leur impose de fournir l’ensemble des tarifs réglementés, privant ainsi certains consommateurs de droits fondamentaux.
Les ELD ont parfois des interprétations réglementaires parfois défavorables aux consommateurs
Dans son rapport d’activité 2024, le médiateur national de l’énergie dénonce certaines pratiques d’ELD qui adoptent des interprétations juridiques défavorables aux usagers. À Laruns (Pyrénées-Atlantiques), la régie municipale s’est interrogée sur la possibilité de refuser un contrat au tarif réglementé à un client endetté, alors que ce droit est garanti par l’article L. 337-7 du code de l’énergie. À La Ferté-Alais (Essonne), la SICAE a envisagé de couper l’électricité à un usager durant la trêve hivernale pour défaut de relève de compteur, une mesure jugée injustifiée par le médiateur. Plus grave encore, la SICAE de la Somme et du Cambrésis a restreint l’énergie fournie à un couple pourtant protégé par un plan de surendettement, ce qui a nécessité une intervention pour obtenir le rétablissement immédiat de la fourniture. Ces cas illustrent les risques qu’un cadre local peu concurrentiel peut faire peser sur les droits des consommateurs.
ELD : définition, rôle et origine
Qu’est-ce qu’une Entreprise Locale de Distribution (ELD) ?
Une Entreprise Locale de Distribution est un acteur historique de l’énergie, souvent issu d’une régie municipale ou d’une société locale. Elle assure la gestion du réseau de distribution d’électricité ou de gaz sur une zone déterminée (raccordement, maintenance, relevé de compteur, etc.), et dans de nombreux cas, elle est aussi fournisseur d’énergie, notamment aux tarifs réglementés de vente (TRV) fixés par l’État.
Contrairement au reste du territoire, où Enedis (pour l’électricité) et GRDF (pour le gaz) gèrent les réseaux et où les consommateurs peuvent choisir librement leur fournisseur, les ELD ont une double casquette : elles sont à la fois gestionnaire de réseau et, souvent, fournisseur unique ou principal dans leur zone.
Ces zones ne représentent qu’environ 5 % du territoire français, mais elles concernent près de 130 à 160 entités, très majoritairement implantées dans des villes moyennes ou des zones rurales. Le choix de fournisseur y est souvent restreint, en raison du cadre technique et économique hérité de leur statut local.
Une histoire locale de l’énergie en France
L’existence des ELD s’explique par l’histoire même de l’électrification du pays. Bien avant la nationalisation de l’énergie en 1946, de nombreuses communes géraient localement la distribution de l’électricité ou du gaz, via des régies municipales ou des SICAE (Sociétés d’Intérêt Collectif Agricole d’Électricité). Ces structures ont joué un rôle décisif dans l’équipement énergétique du territoire.
Lors de la création d’EDF et GDF en 1946, l’État a proposé aux communes de transférer leurs compétences, ce que la majorité a accepté. Toutefois, certaines collectivités ont choisi de conserver leur régie locale. C’est cette exception qui a donné naissance aux ELD telles qu’on les connaît aujourd’hui.
Quelle organisation aujourd’hui ?
Depuis l’ouverture à la concurrence du marché de l'énergie dans les années 2000, les activités de distribution (qui restent un monopole local) et de fourniture (ouverte à la concurrence) doivent être séparées pour les ELD de plus de 100 000 clients. Cela implique une séparation juridique, comptable et managériale entre les deux activités.
C’est ainsi qu’on retrouve aujourd’hui, par exemple :
- À Strasbourg : Strasbourg Électricité Réseaux (SER) gère le réseau, ÉS Énergies Strasbourg fournit l'énergie ;
- À Bordeaux : Régaz-Bordeaux gère le réseau gaz, Gaz de Bordeaux fournit l'énergie (l'électricité reste opérée par Enedis) ;
- À Grenoble : GreenAlp gère le réseau électrique, GEG fournit l'énergie ;
- Dans les Deux-Sèvres : Gérédis gère le réseau, Séolis fournit l'énergie ;
- À Metz : Réséda gère le réseau, UEM fournit l'énergie.
Linky et les ELD d’électricité, Gazpar et les ELD gaz
Le déploiement des compteurs communicants Linky pour l’électricité et Gazpar pour le gaz a été généralisé par Enedis et GRDF sur la majorité du territoire. Dans les zones desservies par des entreprises locales de distribution, le déploiement a démarré plus tard, généralement entre 2019 et 2021, et n'est terminé.
Les ELD, qui assurent à la fois la distribution et parfois la fourniture d’énergie sur leur territoire, sont responsables du déploiement des compteurs communicants (Linky ou équivalent) dans leur zone. Le calendrier de déploiement est défini localement et soumis à validation par la CRE.
Par exemple, GÉRÉDIS, l’ELD des Deux-Sèvres, prévoit d’achever le déploiement de Linky entre 2019 et 2026, avec une éventuelle extension jusqu’à fin 2027.
Pour encadrer cette modernisation, la CRE impose un cadre incitatif : une ELD doit avoir équipé au moins 90 % des points de livraison avant de pouvoir facturer des frais de relève résiduelle aux clients non équipés.
Ces différences de rythme et de méthode avec les gestionnaires nationaux comme Enedis ou GRDF s’expliquent par l’autonomie technique et juridique des ELD. Chaque structure adapte son déploiement en fonction de ses ressources, de sa taille et de son organisation interne.