🌡️ Pourquoi un logement bien noté peut virer à la fournaise l'été

Parce que le DPE regarde d'abord l'hiver. La lettre A à G que tout le monde surveille mesure surtout la consommation de chauffage et les émissions de gaz à effet de serre. Le comportement du logement pendant une canicule, lui, ne pèse quasiment rien dans cette note. Résultat : un appartement classé A ou B peut afficher un thermomètre à 32 °C au mois de juillet.

Points clés

  • Un logement classé A ou B peut être invivable l'été : la note A-G ne dit presque rien de la chaleur ;
  • le DPE évalue le confort d'été depuis 2021, mais via un indicateur séparé (insuffisant, moyen, bon), en page 2, hors de la classe ;
  • cet indicateur ne mesure que le confort passif (sans climatisation) : ventilation traversante, protections solaires, inertie ;
  • la loi Relance du logement (vote du Sénat le 8 juillet 2026) fait entrer le confort d'été dans la définition de la rénovation performante ;
  • les vrais leviers restent passifs : isolation de la toiture, volets, ventilation nocturne, avant toute climatisation.

La canicule de l'été 2026 remet le sujet sur la table : à quoi bon une bonne étiquette énergie si l'on ne dort pas la nuit ? Le diagnostic de performance énergétique commence tout juste à intégrer cette réalité.

Ce que le DPE mesure vraiment sur l'été (et ce qu'il ignore)

Le DPE n'est pas totalement muet sur l'été. Depuis la réforme du 1er juillet 2021, il comporte, comme le rappelle le ministère de la Transition écologique, un indicateur de confort d'été affiché en page 2 du rapport, sur une échelle à trois niveaux : insuffisant, moyen ou bon. Il évalue la capacité du logement à rester frais sans climatisation, à partir de critères comme la ventilation traversante, la présence de protections solaires extérieures et l'inertie des matériaux.

Le problème n'est donc pas l'absence de mesure, mais son poids. Cet indicateur reste purement qualitatif et n'entre pas dans le calcul de la classe A à G. La méthode 3CL, qui produit la note, est calibrée sur les besoins de chauffage : un logement peut cumuler une excellente étiquette énergie et un confort d'été « insuffisant » sans que cela change sa lettre. Dans les faits, très peu d'acheteurs ou de locataires regardent cette page 2, et les annonces immobilières n'ont pas l'obligation d'afficher l'indicateur. Pour améliorer sa note, on se concentre logiquement sur l'amélioration du DPE côté hiver, pas sur la fraîcheur estivale.

Autre limite : les leviers du confort d'été ne sont pas les mêmes que ceux du chauffage. Une isolation pensée pour retenir la chaleur l'hiver peut, mal conçue, aggraver la surchauffe estivale si rien ne protège les vitrages du soleil. C'est pourquoi une passoire thermique rénovée uniquement pour l'hiver ne devient pas automatiquement confortable en août.

Confort d'été : ce que la loi Relance du logement change en 2026

Les choses bougent enfin. Le 8 juillet 2026, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi Relance du logement, qui fait entrer le confort d'été dans la définition de la rénovation performante. Concrètement, une rénovation ne pourra plus être qualifiée de performante en ignorant la surchauffe estivale : la fraîcheur devient un objectif à part entière, au même titre que la performance hivernale.

Le texte poursuit sa navette parlementaire à l'Assemblée nationale, donc rien n'est définitif. Mais la direction est claire, et elle rejoint un autre chantier que nous suivons : la relocation des logements F et G contre un engagement de travaux. Le message pour les propriétaires : anticiper le confort d'été dans un projet de rénovation globale devient un pari raisonnable, pas une lubie.

📋 Vers un vrai « DPE confort d'été »

La réforme pourrait aller plus loin qu'un indicateur discret. Après les vagues de chaleur de l'été 2026, le ministre du Logement a annoncé la création d'un « DPE confort d'été » : une lettre dédiée qui informerait locataires et acheteurs de la tenue du logement en pleine canicule, à côté de l'étiquette énergie classique.

L'enjeu est considérable. Selon une étude du bureau Pouget Consultants publiée en juin 2026, portant sur 8,9 millions de DPE, à peine 10 % des logements obtiennent un confort d'été jugé « bon », tandis que près de la moitié sont classés « insuffisant », de véritables fournaises dès que le thermomètre grimpe. La forme exacte de cette nouvelle lettre n'est pas encore arbitrée, mais la direction est posée : rendre le confort d'été aussi visible que la performance hivernale. Batiactu confirme que le chantier avance.

🗓️ Où en est la réforme au 30 juillet

À la fin juillet 2026, l'annonce n'a toujours aucune traduction réglementaire. Le Journal officiel du jour ne contient aucun texte sur le DPE, pas plus que celui de la veille, et le ministère n'a rien publié sur le sujet depuis le 24 juillet. Le « DPE confort d'été » reste donc une intention : aucune lettre, aucune obligation, aucun effet juridique cet été.

Le reste du chantier DPE n'avance pas plus vite. Aucun arrêté touchant au diagnostic n'est paru cette semaine : les seuls textes sortis concernent les certificats d'économies d'énergie. Concrètement, rien ne change sur les étiquettes avant la rentrée, et un logement classé A qui devient une fournaise le restera aux yeux du diagnostic pendant tout l'été.

Une conséquence pratique est en revanche immédiate. Dans son bulletin de vigilance du 30 juillet, Météo-France a placé 21 départements en vigilance orange et décrit un « épisode caniculaire sur une portion est du pays, de la Franche-Comté à la Corse », encore annoncé pour le vendredi 31 juillet. Au plus fort de la chaleur, les installateurs saturent : dans le Jura, soit en pleine zone concernée, le quotidien Le Progrès décrivait le 29 juillet des chauffagistes débordés par la demande de climatisation. Un projet de rafraîchissement se prépare donc hors pic, quand les délais de pose et les devis redeviennent négociables, plutôt qu'en urgence au premier jour de canicule.

Les vrais leviers d'un logement frais (sans surdimensionner la climatisation)

Bonne nouvelle : les gestes qui comptent sont souvent les moins chers, et ce sont précisément ceux que l'indicateur de confort d'été récompense. Une démarche passive bien menée réduit le besoin de froid d'environ 70 %, avant même d'envisager un climatiseur.

Leviers passifs pour rafraîchir un logement : effet indicatif et coût (relevés Selectra et ADEME)
LevierEffet sur la températureCoût indicatif
Volets, stores extérieurs, brise-soleil-3 à -5 °C200 à 2 000 €
Isolation de la toiture et des combles-2 à -4 °C30 à 50 €/m²
Ventilation nocturne (ouvrir la nuit, fermer le jour)-2 à -4 °Cgratuit
Films ou vitrages à contrôle solaire-2 à -3 °C30 à 100 €/m²
Ventilateur de plafond-3 °C ressentis50 à 300 €
Climatisation réversible (en dernier recours)solution active1 500 à 12 000 €

Prenons Sabrina, locataire d'un studio sous les toits à Lyon. Son logement affiche un DPE classe C, correct sur le papier, mais dépasse 32 °C l'après-midi en été : pas de volets, une seule orientation, aucune ventilation traversante, son indicateur de confort d'été est « insuffisant ». En posant des stores extérieurs et en ventilant la nuit, elle a gagné 3 à 4 °C, sans installer la moindre climatisation.

L'isolation, et en premier lieu celle de la toiture, reste le socle : elle sert l'hiver comme l'été. La climatisation n'arrive qu'ensuite, pour les pièces qui restent inconfortables. Si vous franchissez ce pas, préférez une pompe à chaleur air-air réversible bien dimensionnée à un appareil surdimensionné, et lisez notre décryptage de la climatisation face à la canicule.

Faut-il attendre la réforme pour agir ?

Non. La réforme fixera un cadre, mais elle ne posera pas vos volets à votre place. Les leviers passifs sont efficaces immédiatement, éligibles à certaines aides quand ils s'intègrent à un bouquet de travaux, et ils valorisent le logement quel que soit le calendrier législatif. Attendre, c'est passer un été de plus dans la fournaise.

Notre conseil

Avant d'investir dans un climatiseur, traitez d'abord les causes de la surchauffe : isolez la toiture, installez des protections solaires extérieures et ventilez la nuit. Vous dimensionnerez ensuite, si besoin, une climatisation plus petite et moins chère à faire tourner.

Questions fréquentes

Un logement classé A peut-il vraiment être inconfortable l'été ?

Oui. La classe A récompense une faible consommation de chauffage et de faibles émissions ; elle ne garantit rien sur la chaleur estivale. Un logement A mal protégé du soleil, sans ventilation traversante, peut afficher un indicateur de confort d'été « insuffisant ».

Où trouver l'indicateur de confort d'été sur mon DPE ?

En page 2 du rapport, sous forme d'une échelle à trois niveaux (insuffisant, moyen, bon), accompagnée des caractéristiques du logement qui favorisent la fraîcheur et de recommandations de travaux. Il n'influence pas la lettre A à G.

La climatisation améliore-t-elle l'indicateur de confort d'été ?

Non. L'indicateur évalue le confort passif, sans tenir compte des systèmes de refroidissement actifs (à l'exception des ventilateurs). Seuls des travaux sur le bâti et les protections solaires le font progresser.

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