Quand le thermomètre dépasse 35 °C, la même question revient dans les bureaux, les ateliers et les chantiers : existe-t-il une température à partir de laquelle le travail doit s'arrêter ? Le Code du travail ne fixe aucun plafond chiffré, mais il impose depuis l'été 2025 des obligations bien plus concrètes qu'auparavant.
Aucune température maximale légale, mais une obligation de sécurité qui ne se négocie pas
Il n'existe aucun seuil de température au-delà duquel le travail serait automatiquement interdit en France. Ni 30 °C, ni 35 °C, ni 40 °C. Cette absence de chiffre déçoit, mais elle ne signifie pas que l'employeur a les mains libres.
L'article L. 4121-1 du Code du travail lui impose de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés. La chaleur entre donc dans les risques à évaluer et à traiter, comme le bruit.
Faute de seuil réglementaire, la prévention s'appuie sur des repères : l'INRS retient 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail physique, tout en rappelant que la température de l'air ne suffit pas. L'humidité, le rayonnement solaire et l'effort fourni pèsent tout autant.
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Depuis juillet 2025, la vigilance canicule déclenche des obligations précises
C'est le vrai changement. Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, a créé dans le Code du travail un chapitre entier consacré à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense, soit les articles R. 4463-1 à R. 4463-8.
Le déclencheur n'est plus laissé à l'appréciation de chacun. Un arrêté du 27 mai 2025 renvoie directement à la carte de vigilance de Météo-France : dès le niveau jaune canicule, l'épisode est qualifié de chaleur intense au sens du Code du travail et les obligations s'appliquent.
L'employeur doit évaluer le risque chaleur poste par poste, à l'intérieur comme à l'extérieur, et consigner cette évaluation dans le document unique. Il doit ensuite définir des mesures : aménagement des postes, adaptation des horaires, dispositifs qui réduisent le rayonnement solaire, information et formation des salariés.
Trois points méritent d'être connus de tous. L'employeur doit fournir de l'eau potable fraîche en quantité suffisante et prévoir un moyen de la maintenir au frais toute la journée, près des postes. Il doit adapter ses mesures aux salariés les plus vulnérables, en lien avec le service de prévention et de santé au travail. Il doit enfin organiser le signalement des malaises et le secours rapide, en particulier pour les travailleurs isolés : encore faut-il savoir reconnaître les signes d'un coup de chaleur.
| Niveau de vigilance canicule | Conséquence dans le Code du travail |
|---|---|
| Jaune | Épisode de chaleur intense : les obligations de prévention des articles R. 4463-1 et suivants s'appliquent |
| Orange | Mêmes obligations, renforcées si la chaleur s'intensifie, et ouverture du chômage intempéries canicule dans le BTP |
| Rouge | Mêmes obligations et même dispositif BTP, sur un épisode qualifié d'exceptionnel |
Sources : décret n° 2025-482 et arrêté du 27 mai 2025.
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Chantiers, télétravail, pauses : les cas qui reviennent le plus
Sur les chantiers du bâtiment, la règle est chiffrée. L'article R. 4534-143 du Code du travail impose une eau potable et fraîche permettant de se désaltérer et de se rafraîchir. Lorsque l'eau courante ne peut pas être installée, la quantité fournie ne peut pas descendre sous 3 litres par jour et par travailleur. Encore faut-il boire sans attendre la soif et éviter les boissons qui déshydratent.
Le bâtiment dispose aussi d'un filet de sécurité. Depuis 2024, la canicule figure parmi les intempéries visées par l'article D. 5424-7-1 du Code du travail : en vigilance orange ou rouge, l'entreprise peut déclarer un arrêt de travail et les salariés empêchés sont indemnisés au titre du chômage intempéries.
Le télétravail, lui, n'est pas un droit automatique quand il fait chaud : aucun texte n'oblige l'employeur à l'accorder, même si beaucoup d'accords d'entreprise le prévoient. Il déplace surtout la dépense vers le foyer, comme le montre notre calcul du coût réel d'une journée de télétravail l'été.
Quant aux pauses, aucun texte n'en fixe le nombre ni la durée : elles font partie des mesures que l'employeur définit après son évaluation et renforce à mesure que la chaleur monte.
Droit de retrait, CSE, inspection du travail : les recours en cas d'abus
Si rien ne bouge, le salarié dispose de leviers. Le premier est l'alerte. L'article L. 4131-1 du Code du travail impose de signaler immédiatement à l'employeur toute situation présentant un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Il peut alors se retirer de cette situation et l'article L. 4131-3 interdit toute sanction et toute retenue sur salaire à ce titre.
Le droit de retrait ne se déclenche pas parce qu'il fait chaud. Il suppose un motif raisonnable de penser que le danger est grave et imminent, ce qui s'apprécie au cas par cas : un poste en extérieur sans ombre ni eau par 40 °C n'a rien de comparable à un bureau à 29 °C. Un retrait jugé abusif expose à une retenue sur salaire.
Le comité social et économique peut aussi exercer un droit d'alerte et demander une enquête. L'inspection du travail, enfin, peut être saisie : elle contrôle l'accès à l'eau fraîche, l'évaluation du risque chaleur et les mesures réellement appliquées.
Le réflexe utile avant d'alerter
Relevez la température du poste à plusieurs moments de la journée, notez les horaires travaillés et l'absence éventuelle d'eau fraîche ou d'ombre, puis transmettez ces éléments au comité social et économique. Un signalement documenté pèse bien plus lourd qu'une réclamation orale.
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