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100 % de gaz vert en France en 2050 : le défi sera-t-il tenu ?

Mobiliser la filière élevage pour produire du biométhane est l'une des préconisations de l'Ademe.

Dans son rapport 2018 "La France indépendante en gaz en 2050", l'Agence De l'Environnement et de Maîtrise de l'Energie (Ademe) propose une étude sur la faisabilité technico-économique d’un gaz d’origine 100% renouvelable en France à horizon 2050. Selectra revient sur cette étude ainsi que les débats qu'elle a suscités. En effet, pour respecter les accords de Paris et s'engager dans la transition énergétique, la France doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 40% d'ici 2030. De ce fait, elle doit utiliser au moins 10% de biogaz dans sa consommation de gaz.

Le gaz en France : un produit encore largement importé

En matière de gaz, la France est encore en grande partie alimentée par les ressources d'autres pays. En effet, comme l'explique l'Ademe dans son rapport, "le mix d’approvisionnement repose quasiment uniquement sur les importations". Dès lors, outre l'enjeu écologique, la production de gaz vert en France représenterait une belle opportunité en termes d'économie et de création d'emplois. De plus, cela aiderait l'Hexagone de se délester de 63 Mt CO2/an d'émissions directes soit d'économiser 12,6 milliards d’euros puisque la taxe carbone monte à 200 €/t de CO2.

Comment produire du gaz vert ? 

La production de gaz renouvelable passe par 3 processus distincts les uns des autres : 

  1. La méthanisation, un procédé biologique qui passe par la décomposition des matières organiques pour produire du biogaz ;
  2. La pyrogazéification ou gazéification, qui consiste à porter des matériaux, le plus souvent des déchets à des températures très hautes sans oxygène afin de générer du gaz ;
  3. Le power-to-gas (PtG), la transformation d’électricité en gaz de synthèse. 

Une filière d'avenir à construire

Si l'on en croit Patrice Geoffron, Président du groupe de travail sur les gaz renouvelables à la Fabrique Ecologique et Professeur à l’Université Paris-Dauphine, "le gaz vert représente aujourd'hui de l'ordre de 1% de la consommation française et, en l'état, la progression est même insuffisante pour viser le seuil de 10% prévu dans la loi de transition énergétique en 2030." Dès lors, il faut une véritable volonté politique pour se lancer dans la construction d'une filière gaz vert. Une impulsion a été lancée en janvier dernier par le gouvernement qui a établi un groupe de travail sur la méthanisation.

Or d'après l'expert, si les préconisations de ce groupe vont dans le bon sens, elles sont loin d'être suffisantes car "elles sont délibérément orientées vers le court terme, afin que les gaz renouvelables contribuent dès à présent à l'atteinte des objectifs fixés par la loi de transition énergétique.". 

L'agriculture au service du biogaz

Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, "le gisement global mobilisable à l’horizon 2030 pour la méthanisation a été évalué à 56 TWh d'énergie primaire en production de biogaz. Il est composé à 90 % de matières agricoles". A l'heure actuelle, la loi autorise uniquement aux agriculteurs d'avoir 15% de cultures dédiées à l'énergie. 

L'étude réalisée par l'Ademe cherche à proposer un scénario viable de mobilisation des ressources agricoles sans entrer en concurrence avec la production destinée à l'alimentation humaine. Dès lors, pour atteindre les objectifs de gaz 100% renouvelable, l'institution souhaiterait organiser la production en s'appuyant davantage sur le bois et la paille via par exemple, ou l'augmentation des surfaces de forêts. 

Par ailleurs, l'Ademe propose de mobiliser la filière élevage en faisant de la méthanisation à partir des déjections animales, puisqu'elle est relativement facile à mettre en place. Une opportunité de taille puisque l'agence estime que "le scénario retenu pour cette étude est basé sur la mobilisation de 10 millions de tonnes de matière sèche de déjection d’élevage, soit 67% de la masse produite"

Le power-to-gas : quand l'électricité verte se décline en gaz

Autre filière d'avenir, le power-to-gas. D'après Patrice Geoffron, "le power-to-gas soutiendra la montée en puissance du photovoltaïque et de l'éolien en assurant, aux côtés des différentes techniques de stockage et de la gestion simultanée de la production et de la demande". Cette technologie permet d'exploiter les surplus de production des éoliennes ou panneaux solaires pour la transformer de l'eau en hydrogène afin de l'injecter dans le réseau de gaz.

La gestion de la demande passera par la mise en place des smarts-grids qui se traduisent concrètement par l'installation des compteurs connectés Linky et Gazpar, qui permettront de mieux estimer les besoins en consommation des Français en énergie, donc en gaz et électricité. 

Les récentes avancées de cette filière ont permis d'ouvrir dans les Hauts-de-France, un démonstrateur Power-to-Gas "GRHYD" à Dunkerque. Ce projet vise à tester "l’injection d’hydrogène produit à partir d’électricité renouvelable dans le réseau de distribution de gaz naturel". Par ailleurs, il produit un gaz appelé "hythane®" qui sert à alimenter les bus GNV de la Communauté Urbaine de Dunkerque. Un autre projet similaire existe à Fos-sur-Mer, le système Jupiter 2000.

Valoriser les déchets pour en faire de l'énergie

La principale structure de pyrogazéification relevée par l'étude est celle de Gaya, une plateforme expérimentale située dans le Rhône à Saint-Fons mise en service par Engie en octobre 2017. Dans une logique d'économie circulaire, elle valorise les déchets naturels et issus de l'agriculture locale pour produire du biométhane. Il s'agit d'un projet encore unique en Europe. 

Dans sa reflexion sur la prochaine Programmation pluriannuelle de l'énergie, le gouvernement devrait prendre en compte les différentes préconisations de l'Ademe et des groupes d'experts pour gagner en indépendance énergétique et définir une feuille de route pour les énergies vertes et notamment le gaz. 

Du gaz vert chez moi ?Certains fournisseurs d'énergie se sont lancés dans le gaz vert. C'est la cas, par exemple, d'ekWateur qui propose une offre 100% biométhane. Outre les avantages environnementaux qu'elle présente, elle n'est pas forcément plus chère que d'autres offres concurrentes. 

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