Un propriétaire de panneaux solaires vend aujourd’hui son surplus à un prix connu d’avance, inscrit dans un contrat signé pour vingt ans. Chez nos voisins suisses, cette certitude disparaît le 1er janvier 2027.

Le kilowattheure injecté y sera payé au prix du marché, réévalué toutes les quinze minutes, et ce prix pourra passer sous zéro. La question se pose forcément pour la France, où les prix du marché de gros changent déjà tous les quarts d’heure. La réponse tient dans un arrêté de juin dernier, et elle prend le contre-pied du modèle suisse.

Électricité −8 %

sur le prix du kWh vs tarif réglementé Écart entre le prix du kWh TTC de l'offre PleniWeb Électricité de Plenitude et celui du tarif réglementé de vente (TRV) en vigueur, à option tarifaire (Base) et puissance (9 kVA) identiques. Comparaison sur le prix du kWh seul (hors abonnement), donnée indicative.

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Ce que la Suisse appliquera au 1er janvier 2027

Le principe est exposé par l’Association des entreprises électriques suisses : la rétribution du courant renouvelable injecté correspondra au prix du marché suisse, quart d’heure par quart d’heure, sauf accord différent avec le distributeur. Le prix retenu est celui publié la veille pour le lendemain.

L’électricité produite en milieu de journée sera donc payée au moment où elle vaut le moins cher, puisque tous les autres toits produisent en même temps. En fin de journée, quand la production solaire s’effondre et que la demande repart, le même kilowattheure vaudrait beaucoup plus, mais il n’y en a plus à vendre.

Le décompte restera trimestriel. Ce qui change, c’est ce qu’il additionne : non plus une moyenne de trimestre, mais 96 prix différents par jour. Et lorsque le réseau sature, ce prix peut devenir négatif, ce qui revient à payer pour injecter son surplus.

Deux garde-fous existent. Un complément est versé si le prix de référence passe, sur un trimestre entier, sous le minimum fixé par la loi. Et les distributeurs restent libres de proposer un autre modèle de rétribution, notamment sur décision cantonale ou communale.

La volatilité, elle, est déjà là. Romande Energie a repris le kilowattheure photovoltaïque à 10,26 centimes au premier trimestre 2026, puis à 3,89 centimes au deuxième. Le passage au quart d’heure ne crée pas l’instabilité, il la rend visible sur chaque décompte.

Nous avons installé 30 panneaux solaires sur notre toit en 2020, avec des promesses de rentabilité dans les 15 à 20 ans. J’ai l’impression de passer un peu pour un pigeon par rapport à ces nouveaux prix de l’électricité.
Stéphane propriétaire d’une installation solaire RTS, On en parle

La France a déjà tout ce qu’il faut pour faire pareil

Le mécanisme suisse suppose une bourse capable de donner un prix par quart d’heure. La France en dispose depuis le 1er octobre 2025 : le marché spot est passé ce jour-là d’un pas horaire à un pas de quinze minutes, comme le rappelle la Commission de régulation de l’énergie dans son avis sur le décret prix négatifs. Le régulateur y recommande même de calculer le soutien public sur ce même pas de quinze minutes.

Le signal, lui, est devenu brutal. D’après notre suivi quotidien des prix de l’électricité, les douze derniers mois totalisent 545 heures à prix négatif, et l’année 2026 en comptait déjà 492 au 7 septembre, contre 460 sur la même période l’an dernier. Le record annuel reste 2025, avec 513 heures. Le 1er mai, le prix est même descendu à -498,7 €/MWh selon RTE, tout près du plancher réglementaire.

Ces prix nuls ou négatifs se forment en milieu de journée, exactement lorsque les panneaux produisent le plus. Les outils sont donc en place, et le signal aussi : rien n’empêcherait techniquement d’indexer le rachat du surplus des particuliers sur ce prix. C’est la même saturation qui pousse Enedis à préparer un pilotage à distance des installations en basse tension.

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Le choix français, écrit dans un arrêté de juin

Le choix français est déjà fait, et il est écrit dans l’arrêté du 1er juin 2026. Pour toute demande de raccordement déposée depuis le 5 juin, le surplus est acheté 1,1 c€/kWh hors taxes, un prix fixe indexé de 2 % par an sur toute la durée du contrat. La prime à l’autoconsommation a disparu, et au-delà de 1 600 kWh par kWc et par an, l’électricité injectée n’est plus payée du tout. Ces conditions de rachat ne valent que pour les nouveaux dossiers : les contrats plus anciens gardent le tarif signé à l’époque.

Plutôt que d’exposer les particuliers au prix du marché, la France les en tient à l’écart, avec une rémunération stable mais très basse. Le prix, elle le fait porter aux gros producteurs : RTE indique que 7,4 GW d’éolien et de solaire sous obligation d’achat peuvent désormais réduire leur production quand le prix devient négatif, et 2,5 TWh n’ont ainsi pas été injectés au premier semestre.

Rachat du surplus solaire : le modèle français et le modèle suisse
Ce qui est comparéFrance, nouvelles installationsSuisse, à partir de 2027
Prix du kilowattheure injecté1,1 c€, fixeprix du marché, réévalué toutes les 15 minutes
Évolution prévue+2 % par anaucune, le marché décide
Le prix peut-il devenir négatif ?NonOui
Volume payéplafonné à 1 600 kWh par kWc et par anpas de plafond de ce type
Filet de sécuritéaucuncomplément si le prix du trimestre passe sous le minimum légal
Rémunération moyenne attendue1,1 c€/kWh, quelle que soit l’heureenviron 8 centimes suisses, soit 8,5 c€/kWh

Sources : arrêté du 1er juin 2026 pour la France, Association des entreprises électriques suisses et Romande Energie pour la Suisse. Conversion des centimes suisses en euros par Selectra, au taux de la Banque centrale européenne du 7 septembre 2026.

Les deux systèmes ne se comparent pas terme à terme : les niveaux de prix diffèrent entre les deux pays, et le montant français est un soutien administré, pas une valeur de marché. La direction, elle, est claire. La Suisse rend le prix visible et mouvant. La France l’a rendu invisible et minuscule.

Ce que cela change pour vous, avec ou sans panneaux

Pour un foyer équipé, la conséquence est arithmétique. Un kilowattheure acheté au tarif réglementé coûte 0,2001 € en option base depuis le 1er août, quand le même kilowattheure revendu en rapporte 0,011 €. L’écart est tel que consommer sa production sur place est devenu le seul calcul qui tienne.

Lave-linge, lave-vaisselle, chauffe-eau ou recharge de la voiture gagnent donc à tourner en milieu de journée, quand les panneaux produisent. C’est exactement ce que la réglementation organise déjà : parce que le solaire sature le réseau à ces heures-là, les heures creuses basculent en partie l’après-midi. La règle des huit heures creuses par jour ne change pas, mais jusqu’à trois d’entre elles peuvent désormais tomber entre 11 h et 17 h, en plus d’au moins cinq heures la nuit. Après une première vague de 1,7 million de foyers, 9,3 millions d’autres suivront d’ici octobre 2027.

La France répond donc à l’abondance solaire de la mi-journée en déplaçant vos heures creuses, pas en payant votre surplus à son prix du moment. C’est aussi ce qui rend une batterie domestique défendable, alors qu’elle ne l’était pas tant que le surplus était correctement payé.

Pour un foyer sans panneaux, le prix dynamique est déjà là, mais de l’autre côté du compteur. Ces offres à tarification dynamique restent rares : deux fournisseurs seulement en proposent aujourd’hui en France, Sobry et Frank Énergie. Le prix que vous payez y suit le marché heure par heure, avec les mêmes creux en milieu de journée et les mêmes pointes le soir. C’est le principe suisse, appliqué à ce que vous achetez plutôt qu’à ce que vous vendez.

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La Suisse laisse ouverte une question que la France a refermée : payer le solaire domestique à sa valeur réelle, quart d’heure par quart d’heure, ou lui garantir un prix stable en acceptant qu’il soit très bas. Les prochains arrêtés tarifaires diront si la position française bouge, mais les tarifs de revente en vigueur laissent peu de place au doute. En attendant, l’autoconsommation reste le seul levier que vous maîtrisez sur vos panneaux.

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