Beaucoup de foyers font en ce moment le même pari, souvent sans se le dire : bloquer leur prix du gaz pour un an, le temps de passer l’hiver, en comptant sur une accalmie en 2027. Ce raisonnement repose sur une promesse répétée depuis des années : l’arrivée massive de nouveaux terminaux de gaz liquéfié devait faire refluer les prix mondiaux.

Cette échéance vient d’être repoussée. L’Agence internationale de l’énergie a revu son calendrier, et cela change la réponse à une question très concrète : pour combien de temps faut-il bloquer son prix ?

Gaz −25 %

sur le prix du kWh vs Prix Repère Gaz Écart entre le prix du kWh TTC de l'offre Avantage Gaz 2 ans de EDF et le Prix Repère Gaz publié par la CRE (consommation de référence 5 420 kWh/an (appartement chauffé au gaz), zone tarifaire 1). Comparaison sur le prix du kWh seul (hors abonnement), donnée indicative.

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Le calcul que fait tout le monde en ce moment

Le point de départ est simple. Le prix repère du gaz a atteint un record en septembre, et nos calculs le donnent encore plus haut au 1er octobre, à 1 812 € par an pour un foyer chauffé au gaz consommant 10 000 kWh. Face à cela, un seul outil protège vraiment : l’offre à prix fixe, qui gèle le prix du kilowattheure hors taxes pour une durée choisie.

Reste à choisir cette durée, et c’est là que se joue l’essentiel. Bloquer un an coûte en général moins cher que bloquer trois ans, parce que le fournisseur couvre un risque plus court. Le pari implicite est donc le suivant : payer moins aujourd’hui, et espérer retrouver en 2027 un marché apaisé au moment de renégocier.

Une précision utile avant d’aller plus loin, car la confusion est constante : la durée d’un prix fixe n’est pas une durée d’engagement. Pour un particulier, ces contrats restent résiliables à tout moment et sans frais. Vous choisissez la durée de la protection, pas celle de la captivité.

Pourquoi l’accalmie attendue en 2027 a été repoussée

Le raisonnement du pari tenait tant que la vague de gaz liquéfié arrivait à l’heure et en surplus. Des dizaines de projets de liquéfaction, aux États-Unis et au Qatar, devaient mettre sur le marché assez de gaz pour faire retomber les prix mondiaux à partir de 2027.

Cette nouvelle capacité arrive bel et bien. Le problème est qu’elle ne crée aucun surplus : elle comble le trou laissé par le Moyen-Orient. Le graphique ci-dessous, publié par l’Agence internationale de l’énergie, décompose ce qui a fait bouger le marché depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. La baisse des chargements au Qatar et aux Émirats arabes unis y atteint près de 35 milliards de mètres cubes, et la nouvelle capacité de liquéfaction n’en compense qu’environ la moitié, le reste venant de l’amélioration de l’approvisionnement des usines existantes, des gazoducs et de l’ajustement de la demande.

Graphique de l’Agence internationale de l’énergie décomposant les facteurs d’offre et de demande qui ont influencé la formation des prix du gaz depuis la fermeture du détroit d’Ormuz : la baisse des chargements au Qatar et aux Émirats arabes unis approche 35 milliards de mètres cubes, partiellement compensée par la nouvelle capacité de liquéfaction, l’amélioration de l’approvisionnement des usines, les importations par gazoduc et l’ajustement de la demande européenne.
Facteurs d’offre et de demande ayant influencé la formation des prix depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, juin 2026. Chaque barre indique la contribution en milliards de mètres cubes. Source : Agence internationale de l’énergie, Gas Market Report, Q3-2026, licence CC BY 4.0.

Le rapport trimestriel de l’agence en tire une conséquence explicite : le choc sur la croissance de l’offre « se concentrera largement sur 2026 et 2027 », et les marchés « pourraient rester plus tendus qu’attendu au cours des deux prochaines années ».

L’ampleur du décalage se mesure à un autre chiffre : l’agence évalue les pertes cumulées d’approvisionnement en gaz liquéfié à 140 milliards de mètres cubes entre 2026 et 2030, soit l’équivalent de 15 % de toute la nouvelle production qui devait arriver sur le marché mondial durant cette période.

Le surplus n’est donc pas annulé, il est repoussé. Mais il ne sera vraisemblablement pas au rendez-vous de 2027, année où beaucoup comptaient renégocier.

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Ce que cela change sur la durée à bloquer

Un contrat d’un an signé aujourd’hui vous replace sur le marché à l’automne 2027, c’est-à-dire au moment où, selon l’agence, la tension n’aura pas encore reflué. Vous payez un peu moins cher aujourd’hui, et vous vous retrouvez de nouveau exposé juste avant un hiver incertain.

Un contrat de deux ou trois ans coûte un peu plus cher au départ, mais il couvre l’ensemble des années que l’agence décrit comme tendues, et il vous conduit jusqu’au moment où le surplus est désormais attendu. C’est un raisonnement d’assurance, pas de spéculation : vous ne cherchez pas à deviner le prix, vous payez pour savoir à l’avance ce que coûtera votre chauffage.

Deux limites à garder en tête. Le verrou ne porte que sur la part hors taxes : si l’État relève l’accise ou la TVA, votre prix augmentera malgré le contrat. Et il joue dans les deux sens, puisque vous continuerez de payer le prix convenu si les cours refluent plus vite que prévu. Comme nous l’avons détaillé, un prix fixe n’est pas un pari gagnant à coup sûr, c’est une protection contre la volatilité.

S’y ajoute le contexte de cet hiver : les stockages européens abordent la saison de chauffe nettement en dessous de leur niveau de l’an dernier, et le prix français suit le marché européen davantage que l’état des réserves nationales.

Le piège de l’offre indexée : le prix repère n’est pas un tarif réglementé

Voilà l’angle mort qui coûte le plus cher, et il concerne environ 6 millions de foyers. Depuis la disparition du tarif réglementé du gaz le 1er juillet 2023, il n’existe plus de tarif protégé pour ce combustible. Ce que publie chaque mois la Commission de régulation de l’énergie n’est pas un tarif, c’est un indicateur, destiné à comparer les offres du marché.

Beaucoup de contrats sont indexés sur ce repère, souvent avec un pourcentage de remise, et ceux qui les ont souscrites les prennent pour l’équivalent de l’ancien tarif réglementé. La différence est de taille : un tarif réglementé était encadré par l’État, une offre indexée suit mécaniquement chaque mouvement mensuel du repère, à la hausse comme à la baisse. Les hausses de septembre et d’octobre se répercutent donc intégralement, et automatiquement.

Le réflexe utile tient en une phrase : regarder son contrat de gaz au moins une fois tous les trois ans, au moment du renouvellement, plutôt que de le laisser courir en croyant être protégé. Le classement ci-dessous affiche les offres à prix fixe du moment, mises à jour en continu. Toutes ne figent pas la même chose, certaines bloquent le kilowattheure mais pas l’abonnement, et un conseiller Selectra fait le point gratuitement avec vous au 01 88 24 13 65.

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Un dernier mot, qui remet le prix unitaire à sa place. Une facture reste le produit d’une consommation par un prix : quand le prix grimpe, la consommation devient le seul levier qui vous appartienne encore. Isoler, ne pas chauffer les pièces inoccupées, viser 19 °C dans les pièces de vie, faire entretenir sa chaudière : ces gestes pèsent souvent davantage qu’une négociation de contrat, et ils valent quelle que soit la durée que vous choisissez de bloquer. Pour chiffrer l’écart entre votre contrat actuel et le marché sur votre propre consommation, un comparateur d’offres reste le point de départ.

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