Le régulateur a fixé une échéance, et elle tombe dans moins d’un mois. Dans un rapport publié cet été, la Commission de régulation de l’énergie demande à Enedis d’écrire avant le 1er octobre 2026 les règles qui permettront de commander à distance des installations solaires raccordées en basse tension, afin de réduire leur production quand le réseau sature.

Une question reste entière, et c’est celle qui décidera si des dizaines de milliers de foyers sont concernés : à partir de quelle puissance une installation entrera dans le champ. Ce seuil n’est pas encore écrit.

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Ce que la CRE demande exactement à Enedis

Le passage tient en deux phrases, et il vise deux populations différentes. Pour les installations à venir, « la documentation technique de référence d’Enedis doit évoluer avant le 1er octobre 2026 afin de prévoir notamment les critères de mise en place d’une commande à distance des projets qui seront applicables pour les futurs projets de production d’énergie renouvelable en basse tension ».

Pour les installations déjà en place, la CRE va plus loin. Elle écrit que pour les projets « ayant déjà obtenu une proposition de raccordement ou déjà raccordés en basse tension dans les zones présentant des contraintes », l’installation de ces dispositifs « constitue le seul levier identifié » pour éviter de mettre le réseau en difficulté, et qu’elle « doit donc être mise en œuvre par Enedis dans les zones concernées ».

Deux limites méritent d’être posées tout de suite, parce qu’elles sont dans le texte et qu’elles sont souvent perdues au résumé. La mesure est locale : la CRE parle de « certaines zones » et de « zones présentant des contraintes », jamais de la France entière. Et elle ne concerne que la basse tension, qui va jusqu’à 250 kVA et couvre donc surtout des toitures professionnelles, agricoles et tertiaires, en plus des installations de particuliers.

Aujourd’hui, aucune installation en basse tension n’est pilotée à distance

C’est le point qui remet la nouvelle à sa place. Rien de tout cela n’existe encore. Le boîtier qui permet aujourd’hui à Enedis de demander une baisse de puissance équipe les installations raccordées en moyenne tension, et sa version capable de recevoir une consigne de puissance n’est généralisée qu’au-dessus de 250 kW.

La procédure de raccordement des producteurs publiée par Enedis, dans sa version en vigueur, ne couvre par ailleurs que les installations de plus de 36 kVA, et ne contient aucune mention d’une commande à distance. Une toiture de pavillon de 3 à 9 kWc se situe très en dessous de ces seuils, et ne relève même pas de ce circuit.

Autrement dit, la CRE demande la construction d’un dispositif, elle ne constate pas son existence. Ce qui se joue d’ici au 1er octobre, c’est l’écriture des critères, pas leur application.

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Le bridage existe déjà ailleurs, et il est indemnisé

La logique n’est pas nouvelle, et c’est ce qui permet d’anticiper ce à quoi elle ressemblera. Avec son dispositif Reflex, Enedis raccorde depuis 2021 des installations au-delà de ce que le poste électrique local peut normalement absorber. Le producteur y gagne 1 à 5 ans sur son délai de raccordement, et accepte en échange de voir sa production limitée quand le réseau ne suit pas.

Le marché est explicite : les limitations se font, écrit la CRE, « sous réserve de l’acceptation du producteur et en contrepartie d’une indemnisation ». Les volumes restent d’ailleurs modestes. Sur les 28 189 MWh d’énergie non injectée en 2025, 671 MWh seulement relèvent de Reflex, dont 653 MWh déjà indemnisés pour 48 532 €. Le reste vient de contraintes sur le réseau de transport.

Mais la CRE prévient que la marche va monter : « Les mises en service attendues en 2026 et 2027 se traduiront progressivement par un besoin de flexibilités plus significatif, ou à défaut par des limitations d’injection. » Nous avions déjà documenté cette tension dans notre carte des zones saturées, où les ordres de limitation se comptent par milliers depuis le début de l’année.

Qui sera concerné ? Tout tient dans un seuil non écrit

C’est la vraie question, et personne ne peut y répondre aujourd’hui, pas même un propriétaire de panneaux. Le rapport ne contient aucun seuil de puissance, aucune liste de communes, et n’emploie jamais les mots « particulier » ou « résidentiel » à propos de ce pilotage. Les critères sont précisément ce qu’Enedis doit publier.

Deux éléments permettent malgré tout de se situer. D’abord la géographie : Enedis et RTE publient déjà une carte des zones en contrainte pour le raccordement de nouveaux projets, à la maille du poste source. Elle ne préjuge pas des zones où un bridage serait imposé, mais elle dessine les territoires sous tension.

Ensuite l’ordre de grandeur : la France compte plus d’un million d’installations solaires raccordées en basse tension. Piloter individuellement ce parc coûterait cher, et c’est la raison pour laquelle Enedis mobilise jusqu’ici d’autres leviers, notamment des appels d’offres de flexibilité auxquels les producteurs participent volontairement et contre rémunération.

Si vous avez des panneaux solaires, la conduite à tenir d’ici octobre est simple : rien à faire, mais deux choses à surveiller quand le texte sortira. Le seuil de puissance retenu, et le sort réservé aux installations déjà raccordées, en particulier la question de savoir qui paie l’équipement et si l’énergie non produite sera indemnisée comme elle l’est sous Reflex. Le rapport ne tranche ni l’une ni l’autre.

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Le sujet dépasse le solaire. Ce que la CRE met en place, c’est l’idée qu’une production raccordée au réseau doit pouvoir être modulée quand celui-ci ne suit plus, en échange d’un raccordement plus rapide et d’une compensation. Cela vaudra demain pour l’autoconsommation comme pour les batteries domestiques, et cela se jouera d’abord dans un document technique publié d’ici au 1er octobre. Pour mesurer ce que votre installation vous rapporte réellement aujourd’hui, un comparateur d’offres reste le point de départ, le contrat pesant davantage que l’onduleur sur le rendement financier.

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