Quatre Canadair au-dessus de Fontainebleau, des renforts réclamés à Houeillès : les étés de canicule posent tous la même question, combien la France compte-t-elle de ces avions jaunes et rouges devenus le symbole de la lutte contre les feux ? La réponse tient en un chiffre plus fragile qu'il n'y paraît : douze. Et derrière ce chiffre, une flotte trentenaire qui tire la langue.
Douze Canadair, mais pas tous disponibles
La Sécurité civile aligne officiellement 12 Canadair CL-415, tous basés à Nîmes-Garons, d'où ils rayonnent sur l'ensemble du territoire. En pratique, la flotte est réduite à 11 appareils depuis l'avarie du « Pélican 35 » en 2025, et le vieillissement fait le reste : 2 à 3 avions sont immobilisés en permanence en maintenance lourde.
Les plus anciens dépassent les 30 ans de service, et le constructeur a arrêté la production du CL-415 en 2015 : chaque pièce, chaque cellule fatiguée devient un casse-tête. Les jours de crise, la France dispose donc réellement de huit à neuf bombardiers d'eau amphibies opérationnels, appuyés par les avions Dash, qui larguent du retardant, et des hélicoptères bombardiers d'eau.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Canadair CL-415 en parc | 12 (11 après l'avarie du Pélican 35) |
| Immobilisés en maintenance en permanence | 2 à 3 |
| Âge des plus anciens | plus de 30 ans |
| DHC-515 neufs commandés | 4, livrés entre 2028 et 2033 |
| Flotte visée à l'horizon 2033 | 16 appareils |
Sécurité civile, base de Nîmes-Garons, été 2026.
Fontainebleau mobilise plus d'un tiers de la flotte disponible
C'est là que l'actualité rejoint l'arithmétique. Les 4 Canadair engagés sur Fontainebleau, appuyés par 2 Dash et 3 hélicoptères, représentent plus du tiers des amphibies réellement disponibles, mobilisés sur un seul feu, à 600 kilomètres de leur base. Pendant ce temps, le Sud-Ouest sort à peine du feu de Houeillès et la saison des grands incendies méditerranéens ne fait que commencer.
Ce dilemme, arbitrer entre plusieurs fronts avec une flotte comptée, est la hantise de la Sécurité civile chaque été. Il explique la doctrine française du « guet aérien armé » : des avions qui patrouillent au-dessus des zones à risque pour frapper les départs de feu dans les dix premières minutes, quand quelques largages suffisent encore. Une doctrine efficace, mais qui suppose des avions en état de voler.
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Un renouvellement commandé... pour 2028-2033
La relève est officielle. Lors du lancement de la campagne feux de forêts 2026, le ministère de l'Intérieur a signé la commande de deux DHC-515 supplémentaires, le successeur du CL-415 : un investissement de près de 200 millions d'euros, pour lequel De Havilland a accepté de relancer des chaînes de fabrication fermées depuis plus de dix ans. Ils s'ajoutent aux deux premiers exemplaires commandés en 2024 avec le soutien de la Commission européenne, dont la livraison est attendue en avril et novembre 2028 ; les deux derniers suivraient vers 2032-2033, selon la presse spécialisée.
Ces quatre appareils concrétisent la promesse présidentielle de 2022 de renforcer la flotte des 12 Canadair : à l'horizon 2033, elle doit ainsi atteindre 16 appareils. D'ici là, les mécaniciens de Nîmes-Garons devront maintenir en vol des avions quadragénaires, pendant que le dérèglement climatique étend la saison des feux et la fait remonter, comme cette semaine, jusqu'aux forêts d'Île-de-France, où les bombardiers d'eau ont volé pour la première fois de leur histoire.
Le Canadair reste l'un des outils les plus efficaces jamais conçus contre le feu, 6 000 litres écopés en douze secondes sur un plan d'eau. Encore faut-il en avoir assez : l'été 2026 est en train d'en faire la démonstration grandeur nature.
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