Cinq degrés de moins dans une pièce, sans électricité, sans moteur et sans entretien, pour moins de 7 € de matériel de récupération. La promesse ressurgit à chaque vague de chaleur, portée par des plans téléchargeables gratuitement et par plus de 25 000 foyers qui l’auraient déjà adoptée. Voici la recette exacte de ce climatiseur en bouteilles plastique, et ce que des chercheurs ont trouvé en le passant en soufflerie.

ÉLECTRICITÉ −16 % sur le prix du kWh vs tarif réglementé
Écart entre le prix du kWh TTC de l'offre Confort+ de Primeo Energie et celui du tarif réglementé de vente (TRV) en vigueur, à option tarifaire (Base) et puissance (6 kVA) identiques. Comparaison sur le prix du kWh seul (hors abonnement), donnée indicative.

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Comment le fabriquer pour moins de 7 €

La liste des courses tient en deux lignes : des bouteilles en plastique vides de deux litres, une plaque de carton rigide ou de contreplaqué aux dimensions de votre fenêtre, un cutter et de quoi fixer le tout. Le coût de fabrication est estimé à 6,50 € maximum, et les plans ont été mis en ligne gratuitement par leurs concepteurs.

Infographie du montage en quatre étapes : percer la plaque, couper les bouteilles, monter la grille, poser le panneau en fenêtre
Le montage tel que le décrivent les plans diffusés en ligne : des demi-bouteilles engagées dans une plaque percée, goulots tournés vers l’intérieur du logement. Infographie Selectra.
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Percer la plaque

Tracez une grille régulière sur le carton, puis découpez des trous du diamètre d’un goulot de bouteille. Comptez une trentaine d’ouvertures pour une fenêtre standard.

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Couper les bouteilles

Sectionnez chaque bouteille en deux et conservez la partie haute, celle qui porte le goulot. Retirez le bouchon : c’est par là que l’air doit ressortir.

03

Monter la grille

Engagez chaque goulot dans un trou, la partie large tournée vers l’extérieur. Les cônes doivent tous pointer dans le même sens, vers l’intérieur du logement.

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Poser le panneau

Fixez la plaque dans l’encadrement de la fenêtre, face large exposée au vent dominant. Aucun branchement, aucune pièce mobile : le dispositif est censé fonctionner seul.

Le principe annoncé, et d’où vient l’idée

L’explication avancée paraît élégante. En s’engouffrant dans la partie large puis en ressortant par le goulot, l’air se détendrait et perdrait quelques degrés au passage, sur le modèle du refroidissement adiabatique. C’est ce que résume souvent l’image du souffle : bouche grande ouverte, votre haleine est tiède ; lèvres pincées, elle paraît fraîche.

L’idée revient à Ashis Paul, directeur créatif de la branche bangladaise de l’agence Grey, qui raconte s’en être aperçu en révisant la physique avec sa fille. Elle visait des familles vivant sous des toits de tôle, où la température dépasse 40 °C l’été, et qui n’ont ni les moyens ni parfois l’accès à l’électricité qu’exige un climatiseur. Le dispositif a été installé dans plusieurs villages du Bangladesh, puis repris par la presse internationale, notamment par le quotidien espagnol El País en 2019. De nombreux sites francophones le présentent encore aujourd’hui comme une solution qui fonctionne.

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Ce que 92 expériences en soufflerie ont révélé

C’est là que l’histoire se complique. En novembre 2024, une équipe internationale a publié dans la revue npj Climate Action une évaluation complète du dispositif. Les chercheurs, issus notamment de l’Institut de santé mondiale de Heidelberg, de l’université de Lund, de l’université BRAC de Dacca et de Stanford, ont reconstruit l’objet à partir des plans publics et l’ont installé dans une soufflerie, en chambre climatique.

Le protocole est solide : 92 expériences, sept modèles de bouteilles, dans des conditions reproduisant le climat bangladais, soit 30, 35 et 40 °C, des taux d’humidité de 40 à 70 % et des vents de 0,2 à 4 mètres par seconde.

Le verdict tient en une fourchette : les variations de température mesurées s’échelonnent entre −0,20 °C et +0,20 °C. L’effet est donc indétectable, et dans certaines configurations le dispositif réchauffe très légèrement l’air au lieu de le refroidir. L’effet sur l’humidité, de 0,1 à 1 %, est tout aussi négligeable. La conclusion des auteurs ne laisse aucune place au doute : rien n’indique que l’eco-cooler soit un dispositif de rafraîchissement passif efficace.

Les calculs expliquent pourquoi. Dans le meilleur cas théorique, la baisse plafonne à 0,85 °C, et surtout ce refroidissement ne dépasse pas la sortie du goulot : il ne se propage jamais dans la pièce. Pour obtenir les 5 °C annoncés, il faudrait une différence de pression de 95,8 kilopascals, soit un air sortant des bouteilles à 100 mètres par seconde, ou 360 km/h. Aucune brise entrant par une fenêtre ne produira jamais cela.

Rien ici ne met en cause l’intention, sincèrement altruiste. Les auteurs en tirent une leçon plus large : les solutions de rafraîchissement destinées aux populations vulnérables devraient être testées avant d’être déployées, et non après avoir fait le tour du monde.

Ce qui rafraîchit vraiment un logement

La bonne nouvelle, c’est que les gestes efficaces sont connus, et souvent gratuits. Fermer volets et fenêtres dès le lever du soleil, puis ouvrir en grand la nuit quand l’air extérieur redescend sous la température intérieure, reste la méthode la plus rentable. Un store extérieur, qui arrête le rayonnement avant qu’il n’atteigne la vitre, fait mieux que n’importe quel rideau intérieur.

Le ventilateur, lui, souffre du même malentendu que les bouteilles : il ne refroidit pas l’air, il le brasse. Son intérêt est réel, mais il agit sur votre peau en accélérant l’évaporation de la transpiration, pas sur la pièce. Au-delà d’une trentaine de degrés, il ne fait plus que déplacer de l’air chaud, et la vitesse choisie pèse sur la facture plus lourdement qu’il n’y paraît.

Quant à la climatisation, elle fonctionne, mais elle se paie. Deux réflexes suffisent à contenir la note : ne pas descendre sous 26 °C de consigne, et faire tourner l’appareil en priorité pendant vos heures creuses. Et puisque l’été s’annonce long, quelques minutes suffisent pour comparer votre offre d’électricité.

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L’histoire de l’eco-cooler dit surtout quelque chose de notre époque : une solution gratuite, visuellement convaincante et moralement irréprochable circule bien plus vite qu’une mesure de laboratoire. Huit ans auront été nécessaires pour que quelqu’un prenne la peine de la brancher sur un capteur. En pleine canicule, mieux vaut miser sur les volets fermés et la ventilation nocturne, dont l’efficacité, elle, ne fait aucun doute.

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