Elle s'installe dans un salon sans conduit, sans fumée et sans ramonage, et beaucoup de vendeurs la présentent comme un chauffage d'appoint. La cheminée au bioéthanol est pourtant d'abord un objet de décoration : sa flamme revient 2,4 fois plus cher que la même chaleur produite par un radiateur électrique, elle relâche dans la pièce tout ce qu'elle brûle, et son usage tient à des règles de sécurité que les notices expédient en quelques lignes.

Électricité −8 %

sur le prix du kWh vs tarif réglementé Écart entre le prix du kWh TTC de l'offre PleniWeb Électricité de Plenitude et celui du tarif réglementé de vente (TRV) en vigueur, à option tarifaire (Base) et puissance (9 kVA) identiques. Comparaison sur le prix du kWh seul (hors abonnement), donnée indicative.

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Un objet de décoration vendu comme un chauffage d'appoint

Le principe tient en une phrase : un brûleur rempli d'alcool éthylique dénaturé à 95 ou 96 %, allumé à la main, sans aucun raccordement à un conduit d'évacuation. L'appareil se pose n'importe où et se transporte, y compris en fonctionnement. Au moment de l'expertise officielle, aucun texte ne fixait de règles de conception propres à ces foyers : ils relevaient de la seule obligation générale de sécurité des produits.

Les brûleurs courants contiennent de 1,5 à 5 litres et affichent une autonomie de 2 à 8 heures, pour une consommation moyenne de 0,6 litre par heure annoncée par les fabricants, d'après l'avis officiel consacré aux foyers à éthanol par la Commission de la sécurité des consommateurs, l'autorité publique alors chargée de ces expertises. Le même document retient 6,2 kWh par litre d'éthanol : cela représente 3,7 kW sur le papier.

Cette puissance théorique ne dit rien de la chaleur réellement utilisable. Il n'y a ni thermostat, ni régulation, ni ventilateur, ni masse capable de stocker la chaleur : la flamme réchauffe la pièce où elle brûle, tant qu'elle brûle, puis tout retombe.

Ces appareils ne sont pas conçus pour emmagasiner ou restituer la chaleur produite (rayonnement, soufflerie, radiance), ce qui en limite les performances.
Commission de la sécurité des consommateurs Avis relatif à la sécurité des foyers à éthanol, 11 décembre 2008

Un vrai chauffage d'appoint ou un poêle font exactement l'inverse : ils diffusent et ils se pilotent. Le foyer à éthanol, lui, tient une seule pièce pendant la durée d'un réservoir.

Du bidon de 20 litres au kilowattheure de chaleur à 0,48 €

Le combustible se vend en bidons, et le format le plus économique reste le bidon de 20 litres. Au relevé du 1er septembre 2026 chez les spécialistes du combustible, il va de 60 € à 85 € selon les enseignes et le degré d'alcool, soit de 3 € à 4,25 € le litre. Les flacons de 1 litre vendus en rayon reviennent nettement plus cher rapportés au litre, et les mélanges parfumés davantage encore.

Un litre de bioéthanol libère 6,2 kWh. En retenant 3 € le litre, soit le bas de cette fourchette, le kilowattheure de chaleur revient à 0,48 €. Au tarif réglementé de l'électricité, le même kilowattheure coûte 0,2001 € en option base 6 kVA depuis le 1er août 2026. Le rapport tient donc dans une division : 0,48 divisé par 0,2001, soit 2,4 fois le prix du kilowattheure sorti d'un radiateur électrique.

Coût du bioéthanol comparé au chauffage électrique, pour une consommation de 0,6 litre par heure
Durée d'utilisationCoût du bioéthanolMême chaleur au radiateur électrique
1 heure (0,6 litre)1,80 €0,74 €
3 heures (1,8 litre)5,40 €2,23 €
20 soirées de 3 heures (36 litres)108 €44,66 €

Calcul Selectra, septembre 2026, sur la base de 6,2 kWh par litre de bioéthanol, d'un combustible à 3 € le litre et du tarif réglementé de l'électricité en vigueur depuis le 1er août 2026 (0,2001 €/kWh en option base 6 kVA).

Le calcul est volontairement favorable à la cheminée : il retient le bas de la fourchette de prix relevée et suppose que la totalité de la chaleur produite profite au logement, ce qui n'est jamais le cas dans une pièce qu'il faut aérer.

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Face à un radiateur électrique, 2,4 fois le prix

Une soirée de 3 heures consomme 1,8 litre, soit 5,40 € de combustible pour 11,2 kWh de chaleur. Un simple radiateur électrique restitue les mêmes 11,2 kWh pour 2,23 € au Tarif Bleu : le rapport de 2,4 se retrouve intact, quelle que soit la durée retenue. Sur 20 soirées d'hiver, l'écart dépasse 63 €.

La raison est mécanique. Un radiateur transforme en chaleur la totalité de l'électricité qu'il consomme, livrée par le réseau à un tarif encadré. La cheminée, elle, brûle un alcool dénaturé acheté au détail, dont chaque litre part en flammes en moins de 2 heures, et aucun réglage ne vient réduire la note : sans thermostat, le brûleur consomme tant qu'il reste du combustible dans le réservoir.

Le constat n'est pas nouveau, et l'écart s'est même resserré. Le même avis chiffrait en 2008 le kilowattheure produit par ces foyers à 0,30 €, contre environ 0,11 € pour les radiateurs électriques, et y voyait un coût de revient triple de celui du gaz et du fioul. Le combustible comme l'électricité ont augmenté depuis, l'électricité davantage en proportion : le rapport est passé d'environ 2,7 à 2,4, mais le classement n'a pas bougé.

La comparaison vaut pour tous les appoints à combustible liquide : le poêle à pétrole ne bat pas non plus l'électricité une fois le rendement pris en compte. Avant d'ajouter un appareil, vérifiez d'abord le prix du kWh de votre contrat : quelques minutes sur le comparateur d'offres de Selectra suffisent à savoir si votre chauffage principal est facturé au bon tarif.

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L'aération n'est pas un conseil, c'est une obligation

Sans conduit, tout ce que produit la combustion reste dans la pièce. Chaque litre brûlé y dépose 1,4 kg de dioxyde de carbone et près de 0,9 litre d'eau, soit environ 1,6 litre d'eau pour une soirée de 3 heures, avec la condensation qui va avec sur les vitrages.

Surtout, la combustion n'est jamais complète. Lors des essais du Laboratoire national de métrologie et d'essais réalisés pour cet avis, dans une pièce dont l'air était renouvelé 0,4 fois par heure, le monoxyde de carbone est monté, sur l'un des 4 foyers testés, de 5,8 ppm la première heure à 43,5 ppm en fin de combustion. Au total, 3 appareils sur 4 dépassaient les valeurs toxicologiques de référence retenues, dont la plus basse est fixée à 9 ppm pour 8 heures d'exposition.

Boucher les entrées d'air pour garder la chaleur est donc le pire réflexe, et c'est interdit : l'arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements impose une aération générale et permanente du logement, avec des entrées d'air réglables par l'occupant mais non obturables. Une pièce de bon volume, des grilles dégagées et un détecteur de monoxyde de carbone à quelques dizaines d'euros forment le minimum vital.

Cette contrainte pèse aussi sur le calcul. Garder la pièce saine impose de renouveler l'air davantage qu'un logement chauffé à l'électricité, et une part de la chaleur payée 0,48 € le kilowattheure s'échappe avec cet air. Le rapport de 2,4 est donc un plancher, jamais un plafond.

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Le remplissage à froid, la règle que la notice expédie

L'éthanol s'évapore dès 16 °C. Un brûleur encore chaud continue donc de dégager des vapeurs inflammables au-dessus du foyer, même flamme éteinte. Verser du combustible à ce moment déclenche l'effet flash, un embrasement brutal de ces vapeurs accompagné d'un bruit de souffle.

Le même avis rappelle que les professionnels ont fixé à 60 °C la température maximale admise pour rallumer un appareil, et rapporte le cas d'un utilisateur brûlé aux mains au second degré après un débordement de combustible à l'allumage : le front de flammes avait dépassé le cadre de la cheminée. Le remplissage se fait brûleur froid, appareil éteint et complètement refroidi, avec un godet doseur.

Les gestes qui provoquent l'accident

  • Remplir ou rallumer un brûleur encore chaud.
  • Verser le combustible directement depuis le bidon, sans godet doseur.
  • Utiliser de l'essence ou du superéthanol E85 à la place du combustible prévu par le fabricant.
  • Laisser l'appareil allumé sans surveillance, ou à portée d'un enfant.
  • Poser le foyer près d'un voilage, d'un meuble rembourré ou sur un support instable.

Reste l'essentiel : une cheminée au bioéthanol s'achète pour la flamme, pas pour la facture. Vue sous cet angle, elle remplit son office. Présentée comme une solution de chauffage, elle coûte 2,4 fois plus cher qu'un radiateur électrique et impose de ventiler la pièce en continu, ce qui la disqualifie face au moindre radiateur d'appoint.

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