L’État va injecter 3 milliards d’euros au capital d’EDF

L’État français, actionnaire majoritaire d’EDF, injectera 3 milliards d’euros dans le groupe électrique français à l’occasion d’une prochaine augmentation de capital. La décision a été rendue publique vendredi soir suite au conseil d’administration de l'entreprise qui s’était tenu dans l’après-midi. Une bouffée d’oxygène pour l’énergéticien français qui devrait pouvoir assurer ses arrières pour les trois prochaines années.

Une recapitalisation nécessaire

Electricité marché

EDF souffre de la baisse des prix de l'électricité.

Le leader mondial de la production électrique reprend du poil de la bête. Pour sortir du brouillard financier dans lequel il se trouve, son conseil d’administration a validé le principe d’une recapitalisation à hauteur de 4 milliards d’euros d’ici la clôture de l’exercice, c’est-à-dire à l’horizon février 2017. L’État français, qui détient 85% du capital d’EDF, a accepté d’injecter 3 milliards d’euros. Le solde d’1 milliard sera levé auprès d’autres actionnaires. 

En 2016 et 2017, l’énergéticien percevra par ailleurs ses dividendes sous forme d’actions et non en numéraire. Déjà consenti sur l’exercice 2015, cet effort a permis à EDF de dégager 1,8 milliard d’euros l’année dernière. Les montants devraient être du même ordre de grandeur pour 2016 mais pourraient être moins élevés en 2017. En cause ? Le recul attendu des flux de liquidité de l’entreprise, sur fond de baisse des prix de l’électricité sur les marchés de gros.

Lancement d’un plan d’austérité au sein du groupe

Le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, avait appelé de ses vœux des "efforts partagés". Demande entendue par EDF qui a annoncé la mise en œuvre d’un véritable plan d’austérité. Le groupe français entend tout d’abord durcir son plan d’économies annoncé en début d’année : l’objectif de réduction des coûts, évalué à 700 millions d’euros d’ici 2018, est désormais fixé à 1 milliard d’euros d’ici 2019. Sont notamment concernés les frais de fonctionnement, les achats, etc. sans accroître le nombre de suppressions de postes déjà prévues (environ 3 500).

Autre effort consenti : l’électricien s’engage à céder 10 milliards d’euros d’actifs, dont une partie des actions qu’il détient dans le Réseau de transport d’électricité (RTE). Des centrales au charbon en Pologne ainsi que des activités dans l’exploration et la production d’hydrocarbures devraient également être cédées. Enfin, EDF entend réduire ses investissements de 2 milliards d’euros par an d’ici à 2018 pour atteindre 10,5 milliards d’euros.

Hinkley Point sur le banc de touche ?

La centrale nucléaire de Hinkley Point en Angleterre

Le projet Hinkley Point est encore une fois au cœur des débats.

Ces mesures ne devraient pas remettre en cause les deux grands investissements prévus par le groupe : le programme du grand carénage visant à la maintenance du parc nucléaire français et la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, en Grande-Bretagne. Mais le projet nucléaire britannique, sujet à de vives inquiétudes en interne, risque bien de faire parler de lui...

Jean-Bernard Lévy, le PDG du groupe, a annoncé vendredi qu’il consulterait pour avis le Comité Central d’Entreprise (CCE) d’EDF SA, dans un souci de "dialogue social apaisé", selon le quotidien Les Échos. Au regard des délais légaux et de la demande probable d’une expertise par le CCE, la consultation devrait de nouveau retarder le projet d’EPR anglais. La décision finale d’investissement avait été annoncée dans les prochains jours, avant l’assemblée générale du 12 mai mais devrait finalement être reportée à septembre prochain. Interviewé hier par le JDD, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, a toutefois exclu un report sur plusieurs années du projet.

Un soutien coûte que coûte à l’énergie nucléaire

La recapitalisation d’EDF a de quoi étonner les Français alors que les caisses de l’État touchent le fond. Dans son interview au JDD, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron a expliqué que le gouvernement appliquait "une stratégie de refonte de la filière nucléaire décidée par le président de la République en juin dernier. (…) EDF a besoin de visibilité sur le long terme et pas de mesures de court terme." C’est que l’électricien fait face à une mutation sans précédent : EDF assume 37 milliards d’euros de dettes. Dans le même temps, le programme du grand carénage, destiné au maintien des centrales nucléaires, devrait s’élever à 100 milliards d’euros d’après le dernier rapport public annuel de la Cour des Comptes, contre 55 milliards d’euros prévus initialement.

La centrale nucléaire de Fessenheim à la frontière allemande

La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim a été confirmée aujourd'hui.

L'avenir d'EDF ne rend pas le sommet de l'État indifférent : entre les annonces d'Emmanuel Macron et une réunion à l'Élysée deux jours avant le conseil d'administration du groupe, l'énergéticien français est au coeur des préoccupations gouvernementales. Et en venant au secours d’EDF, le gouvernement rappelle une nouvelle fois son engagement en faveur de l’énergie nucléaire, compétitive et bon marché. Si la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte vise à réduire la part du nucléaire de 75% à 50% dans la production d’électricité d’ici à 2025, la ministre de l'Énergie, Ségolène Royal a précisé la semaine dernière qu’aucune décision ne serait prise avant 2019 sur le nucléaire hormis la fermeture de la centrale de Fessenheim. Une annonce qui fait mouche pour les écologistes tandis que s'ouvre aujourd'hui la quatrième conférence environnementale du quinquennat.... 

Le gouvernement a donc souhaité éviter de nouveaux remous politiques à l'ouverture de cette grande messe annuelle de l'écologie. Dans son discours d'inauguration, le président de la République, François Hollande, a annoncé qu'EDF devra proposer après 2018 un calendrier concernant la "fermeture de certaines centrales" nucléaires et la "prolongation d'autres". L'occasion également de confirmer que la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, serait la première à fermer, sans toutefois préciser la date. Le décret qui abrogera l'autorisation d'exploitation devrait être pris "cette année". Enfin, Segolène Royal, ministre de l'Énergie, a fait savoir que le gouvernement publierait une feuille de route sur le nucléaire "d'ici le 1er juillet", incluant une fourchette du nombre de réacteurs à fermer, en fonction de deux scénarios d'évolution de la consommation électrique... Une chose est sûre : le couple politique Hollande-Royal veut garder la main !

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