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EPR : EDF peut-il encore relever le défi ?

Le nucléaire, stratégie de développement du groupe EDF pourrait le conduire à davantage de difficultés.

L’EPR, le réacteur nucléaire pressurisé européen était censé être une promesse d’avenir pour le fournisseur historique. Toutefois, au vu des difficultés de la filière et les retards des chantiers, EDF semble dans l’impasse.

Le nucléaire, une activité en difficulté toujours plus polémique

L'atome suscite toujours plus de scepticisme. La Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) sera présentée en octobre et définira le rôle du nucléaire dans la production d’électricité. Or, de nombreux acteurs s’y opposent, pour des raisons tant environnementales qu’économiques.

Ce sont en ces termes que Nicolas Hulot, ex-ministre de l'écologie, s'exprimait à ce sujet : « une des raisons pour lesquelles EDF se retrouve en difficulté, c'est que notamment la filière nucléaire, pardon de le dire, nous amène dans une dérive. » Concernant le chantier de l’EPR de Flamanville, il s’avère très critique :  « On voit bien qu'économiquement, il y a une espèce de règle d'or qui est en train de s'imposer dans cette filière, c'est qu'en réalité, on ne tient jamais nos promesses. » précise l'ancien ministre. 

L’ONG Greenpeace reprend d’ailleurs le message en affirmant qu’EDF témoigne de « 74 milliards de dette... et avec le nucléaire, ce n'est pas fini ! »

Un réacteur au calendrier mal maîtrisé aux surcoûts importants

Lancé en 2007, le chantier de l’EPR de Flamanville devait durer 5 ans. Mais les retards continuent et portent maintenant la fin des travaux à 2020 engendrant ainsi des coûts supplémentaires. Ainsi, le projet est passé de 3,3 millards à 10,9 millards d’euros. 

Beaucoup reprochent à EDF d’avoir engagé le chantier sans être réellement prêt. Un haut cadre du groupe a par exemple admis les erreurs commises : « Le chantier a été lancé alors que le design n'était pas gelé ». D’où les retards : « on a fait et défait énormément, on a perdu beaucoup de temps. » précise le salarié.

Pourtant, il ne s’agit pas d’un problème lié simplement à EDF mais à l’ensemble des EPR. Pour l’heure, seul un seul EPR a pu être raccordé à un réseau de distribution en Chine. En Finlande, un chantier lancé par Areva a également pris du retard. Il en va de même au Royaume-Uni où le chantier d'Hinkley Point ne devrait pas voir le jour dans les délais. Le problème est partagé par les autres constructeurs. Ainsi, un ancien dirigeant d'Areva explique : « Le problème n'est pas l'EPR, c'est d'abord un problème industriel : EDF est un très bon exploitant mais ne sait plus construire ».

Le problème n'est pas l'EPR, c'est d'abord un problème industriel » Un ancien dirigeant d'Areva.

Une stratégie de développement à l’international mal engagée

Pourtant EDF a fait du nucléaire sa stratégie de long terme. Pour l’opérateur, il s’agit d’un moyen de montrer son leadership technologique et de se maintenir sur le marché. Une stratégie assumée, selon Xavier Ursat, directeur du Nouveau Nucléaire, qui fait savoir la volonté d’EDF : « d'avoir un réacteur de forte puissance, ce qui permet de produire une grande quantité d'électricité sur une surface extrêmement réduite. » 

Xavier Ursat maintient que « le choix d'origine de l'EPR est un bon choix », et qu'EDF promettre le réacteur le plus sûr du monde à ses futurs clients mais également le plus puissant produisant 1 650 mégawatts, alors que les réacteurs actuels produisent jusque 1 450 mégawatts.

Une promesse qui pourrait s’avérer difficile à tenir puisque l'énergéticien cherche à réaliser une structure au design simplifié pour faire baisser le prix du chantier.

Par ailleurs depuis l’accident de la centrale de Fukushima, les Etats demeurent très frileux quant à l’achat de réacteurs nucléaires. Un phénomène amplifié par les retards et le manque de preuves du fonctionnement de l’EPR. « A l'international, l'EPR s'est avéré un mauvais produit : trop gros, trop cher, trop difficile à maîtriser pour des pays qui n'ont pas d'expérience dans le domaine », met en lumière Yves Marignac, un expert du nucléaire. Des propos corroborés par le cabinet Bearing Point : « Quand on parle de l'EPR, on parle d'un investissement sur un siècle. Or, on est dans une période dans laquelle les gens veulent des rendements à plus court terme, même dans les infrastructures » qui ajoute « On ne va pas se bousculer pour financer un projet qui n'a pas encore fait ses preuves alors que c'est bien plus rentable et moins risqué de financer des énergies renouvelables ».

Un scepticisme également partagé par le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, peu convaincu par le produit : « Aujourd’hui, EDF ne peut pas nous dire quelle va être la date de mise en service. (…) Donc avant d’envisager d’en construire d’autres ou même d’en commander d’autres, il faut quand même apporter la preuve que ça fonctionne » expose ainsi François de Rugy.

Un enjeu de survie pour l’électricien

La dette de l’entreprise est considérable : 33 milliards d'euros en 2017. Or, les Français sont de plus en plus séduits par les offres d’énergie proposées par des fournisseurs alternatifs. EDF se déleste donc sans le vouloir 100 000 clients particuliers chaque mois, partis chez la concurrence. 

En effet, si le groupe veut se maintenir, il doit donc engager de nouveaux chantiers de réacteurs et faire valoir les compétences créées à Flamanville. Une problématique bien connue de Jean-Bernard Lévy qui devant l'Assemblée la résumait ainsi : « Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d'un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s'arrêter de pédaler. ».

Mais comment continuer à « pédaler » quand les finances vont mal ? Voilà toute la difficulté dans laquelle se trouve EDF aujourd’hui. Le groupe a réussi à signer un gros contrat avec la Grande-Bretagne sur une durée de trente ans, il vendra son électricité à un prix deux fois plus cher que celui pratiqué aujourd’hui sur le marché. Mais pour cela, l’entreprise a dû engager de forts investissements financier. Ainsi, les deux tiers du projet d'Hinkley Point seront supportés par EDF.

Des choix qui pourraient la conduire dans une impasse et qui expliqueraient la démission, en 2015, de l’ancien directeur financier du groupe, Thomas Piquemal. En effet, le chantier britannique est selon lui trop périlleux : « Qui parierait 60 % à 70 % de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne, alors que ça fait dix ans qu'on essaie de la construire ?  », avait-il argué en 2016 dans l’hémicycle du Palais Bourbon.

En continuant de miser sur le nucléaire, EDF prend donc une trajectoire dangereuse pour sa pérennité à l’heure où les énergies vertes deviennent davantage rentables et se posent comme véritable filière d'avenir. 

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